De zéro, ils se lancent en «migrantrepreneurs»

IntégrationLa SINGA Factory accompagne depuis le début du mois, à Genève, réfugiés et migrants tentant de se lancer à leur compte. Portraits.

Ligne du haut de gauche à droite : Fatima El Hassni (Maroc); Kindy Sylla (Guinée-Conakry); Ekaterina Golubeva (Russie).
Ligne du bas de gauche à droite : Pablo Gamez (Venezuela); Yasmine Sadri (Belgique, Iran); Ali Alshweiki (Syrie).

Ligne du haut de gauche à droite : Fatima El Hassni (Maroc); Kindy Sylla (Guinée-Conakry); Ekaterina Golubeva (Russie). Ligne du bas de gauche à droite : Pablo Gamez (Venezuela); Yasmine Sadri (Belgique, Iran); Ali Alshweiki (Syrie). Image: Georges Cabrera

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Comment aider ceux ayant laissé leur réseau, leur légitimité professionnelle, leurs certitudes parfois, à se reconnecter au monde du travail? C’est le défi de SINGA, association qui a ouvert en septembre à Genève, deux ans après Zurich. Cinquante participants sont soutenus par les deux bureaux. La moitié disposent du statut de réfugié, et tous doivent avoir des papiers de séjour. Soutenue par Engagement Migros et, à Genève, par le programme G’innove, cette émanation d’un réseau parti de Paris en 2012 revendique la création de cinq PME en Suisse. Et a permis à dix participants de trouver un emploi, même si ce n’est pas sa vocation première.

«L’idée est d’établir un environnement dans lequel les personnes issues de la migration vont développer un réseau pour construire leur vie en Suisse et non rester en marge», esquisse Giordano Neuenschwander, responsable du bureau de Genève. «Nombre de ces migrants disposent souvent d’une longue expérience, mais échouent à trouver un job du fait de la non-reconnaissance de leurs diplômes, d’une maîtrise imparfaite de la langue ou des a priori», remarque sa collègue Elody de Brito. D’où l’idée de les aider à se lancer en indépendant ou à créer leur société.

Dans des locaux prêtés par l’Université de Genève et la «pépinière» Fondetec, le programme SINGA Factory, qui a démarré fin avril, propose des ateliers animés par des bénévoles à treize participants. L’association a réussi à convaincre assez de chefs d’entreprise ou de cadres salariés pour permettre à chaque participant de disposer d’un «mentor». Le terme «intégration» reprend alors un sens des plus concrets.


Sur la route de l’huile d’argan

Fatima El Hassni (Maroc)
Longtemps à son compte à Casablanca – elle dirigeait une agence de recrutement et un cabinet de formation et de «coaching» en vue, après quinze ans dans les ressources humaines, elle décide de «tenter autre chose» en rejoignant son mari à Genève au début de l’année. Son projet Terre d’Argan vise à promouvoir les produits de «coopératives de femmes» dans les zones rurales du Maroc. Un labo qui transforme en cosmétiques aux normes européennes la précieuse huile d’argan de la région d’Essaouira est déjà dans la boucle. «Le site web était la partie facile, reste à décrocher des partenariats avec des cabinets de phytothérapie, des spas, participer à des salons…»


Entre codage et tissage

Kindy Sylla (Guinée-Conakry)
Depuis deux ans à Genève, cette informaticienne a rejoint la SINGA Factory par le biais de l’Association découvrir, qui aide les femmes migrantes qualifiées. Afin de lancer, seule, la gamme de sacs en cuir et tissus africains sur laquelle elle planche depuis des années «comme [elle] concevait ses programmes informatiques». Tissus de Guinée, couture en Éthiopie… l’idée reste de rendre quelque chose aux artisans du continent africain. La collection SYBA Designs est sur Facebook, mais une présence physique, «pour que les gens puissent toucher», reste «importante»: elle veut ouvrir une boutique éphémère, parler à des enseignes.


Les maths à la sauce russe

Ekaterina Golubeva (Russie)
Elle est arrivée il y a sept ans en Suisse avec son père. Image caricaturale d’étudiante en mathématiques, petite voix mais convictions bien trempées. Dans un français sans accroc, elle décrit «les écarts béants des niveaux en maths tout au long du cursus scolaire» découverts en Suisse. Par exemple «entre la maturité professionnelle et les hautes écoles, ce qui réduit d’entrée les chances». Marquée par «la perte de confiance» que provoquent, en Russie, les lacunes en maths chez les étudiants, elle veut créer ici un «réseau de tuteurs» et leur fournir «un programme d’enseignement adapté». L’idée est née «de discussions avec des enseignants».


Migrant, bis repetita

Pablo Gamez (Venezuela)
«C’est la deuxième fois que je recommence tout à zéro», ironise ce dessinateur d’architecture spécialisé dans les images 3D. La première fois, c’était à Madrid, où il avait fini par intégrer un cabinet d’architecture avant de fuir le chômage, au début de la décennie. Direction Genève, armé d’un passeport européen, où il restera trois ans sans papiers, avant qu’une société de nettoyage – où il travaille encore – ne lui fasse un contrat, ouvrant la voie à une régularisation. «À Genève comme ailleurs, les cabinets d’archi restent un monde fermé, alors si en plus vous avez 41 ans…» ironise celui qui vient à la SINGA Factory apprendre à se lancer en indépendant.


Enseigner, se retrouver

Yasmine Sadri (Belgique, Iran)
L’exil comme un rhumatisme transmis par les galères de son père, footballeur pro débarqué en Belgique juste avant la révolution de 1979. Blessure au genou, départ pour Los Angeles, économies englouties dans une maison à crédit… «La difficulté à s’intégrer dans une nouvelle société, l’absence de confiance pour se vendre à un employeur, j’y ai assisté au premier rang», explique-t-elle. À l’été 2018, son cœur l’amène à Genève. Prête pour l’enseignement, elle cherche autre chose. Et imagine But make it count, une structure qui vise à «redonner confiance à ceux qui ont tout laissé» en leur offrant l’opportunité de «donner des cours aux autres, cuisine, mécanique, codage…»


Codeurs sans frontière

Ali Alshweiki (Syrie)
Il dit Syrie, on imagine naufrage en mer Egée. Mais il est arrivé par avion en 2013, au bénéfice d’un regroupement familial, alors qu’il venait de décrocher un bon job à Damas. Tout est à refaire. Durant un an et demi, il alterne cours de français et bénévolat afin d’obtenir un ticket d’entrée à la HES-SO Lausanne. Master en poche, l’Association Powercoders lui permet de trouver un job d’analyste consultant à Coppet. Fin de l’histoire? Pour l’instant. Lui aussi est habité par le souvenir de murs auxquels il s’est heurté. Et aimerait «lancer sa boîte», plus tard. Dans l’informatique, en faisant appel aux réfugiés, à ceux «considérés comme trop syriens ou trop Mohamed (sic) par les employeurs».

Créé: 24.05.2019, 22h18

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Après l'accord avec l'UE, Johnson doit convaincre le Parlement
Plus...