Vols en retard: la Suisse est l’un des pires pays au monde

AviationCointrin, Kloten et Bâle figurent en quatrième position des mauvais élèves, loin devant l’Italie ou l’Australie. Pourquoi?

Avec un taux de 27,2% de retards et annulations en 2018, l’Aéroport de Cointrin fait à peine pire que Kloten et ses 26%.

Avec un taux de 27,2% de retards et annulations en 2018, l’Aéroport de Cointrin fait à peine pire que Kloten et ses 26%. Image: KEYSTONE/MARTIAL TREZZINI

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Annulations de vols? Retards? Déroutement sur un autre aéroport? Les étés se suivent et se ressemblent. Pire. Selon Philippe Strässle, expert aérien au sein la plateforme européenne d’assistance aux voyageurs Airhelp, «la situation va encore s’aggraver cet été». Airhelp vient d’ailleurs d’établir un hit-parade des pays où les problèmes de transport aérien ont été les plus importants. Le constat est sans appel: «Selon nos analyses, affirme Philippe Strässle, 20% des vols, en ce début de saison d’été 2019, présentent déjà des délais au départ et à l’arrivée». Et, au classement, la Suisse porte le quatrième bonnet d’âne international (voir infographie). Au pays de la ponctualité et du chronométrage olympique, quelles en sont les raisons?

La surcharge du trafic aérien

Chaque année, le nombre de personnes prenant les airs augmente sans discontinuer. Selon Eurostat, nous fûmes plus d’un milliard en 2018 à nous déplacer par avion, soit une croissance de 7% par rapport à 2017 et de 39% par rapport à 2009. Dès lors, même un couac de 5 minutes à Tunis, Barcelone ou Londres provoque immédiatement une réaction en chaîne. Face à un taux moyen de dix rotations par appareil et par jour sur des courts courriers, y compris en vol de lignes, on imagine immédiatement le problème. S’y ajoutent des problèmes climatiques, comme un orage, et cela peut vite être le désastre.

Aéroports congestionnés

En 2018, plus de 60 millions de passagers ont pris l’avion ou transité en Suisse par Cointrin, Zurich-Kloten ou Bâle-Mulhouse, soit une croissance de 60% depuis l’an 2000 et l’un des taux de croissance les plus élevés d’Europe. Or, comme vient de le reconnaître André Schneider, directeur général de l’Aéroport international de Genève, «nous avons atteint un stade de maturité pour les vols européens. Notre potentiel de développement est très limité». En clair, les infrastructures ne suivent plus. Et que les Romands se rassurent. Avec un taux de 27,2% de retards et annulations en 2018, Cointrin fait à peine pire que Kloten, avec ses 26%. «Entre le moment où la porte de la cabine s’ouvre et celui où l’avion quitte le parking, l’objectif est de ne pas dépasser les 35 minutes: 7 minutes pour débarquer, 7 minutes pour le ménage, et 20 minutes pour embarquer les nouveaux passagers», raconte, dans le magazine «Bilan», Boutros Maximos, responsable des opérations au sol à Genève pour EasyJet. Or, au milieu, il faut compter le temps de contrôle de sécurité (environ une heure). Là aussi, le moindre bug pénalise l’horaire.

Easyjet et les vols low cost sont-ils les gros coupables?

Oui et non. Dans un autre classement établi par Airhelp, la compagnie aérienne Swiss affiche un taux record de 27,4% de manque de ponctualité, contre 20,8% pour EasyJet ou de 7,3% pour la compagnie charter suisse Edelweiss. Swiss s’en défend: «Ce taux de retards provient du fait que nous offrons, depuis la Suisse, le plus grand réseau de liaisons aériennes internationales et que nous sommes la seule compagnie de ligne qui a son «hub» en Suisse», en l’occurrence Kloten où transitent plus de 31 millions de personnes par année, affirme sa porte-parole Karin Müller. Mais, côté EasyJet, principale compagnie aérienne de l’Aéroport de Genève, on se montre plus critique: «L’été dernier, nous avons dû supprimer 219 vols à Cointrin, sans compter les nombreux et importants retards, dénonce Jean-Marc Thévenaz, directeur de la compagnie low-cost en Suisse. Nous ne pouvons pas nous permettre de répéter ça». EasyJet va ainsi doubler les avions de réserve dans son réseau et d’en positionner deux à Genève.

2030, risque d’asphyxie

Qu’on se rassure! Entre les grèves qui se succèdent dans le secteur du trafic aérien et qui, en Europe, représente la cause majeure des retards, selon Eurostat, et la météo capricieuse, les touristes suisses ne sont pas les seuls à être mal lotis. Nos enfants verront bien pire. D’ici 2030, selon Boston Consulting Group, 78 millions de personnes décolleront ou atterriront en Suisse, avec ou sans taxe carbone. «Dans ce contexte et si rien n’est fait en matière d’extension ou d’optimisation des capacités des trois aéroports helvétiques, prévient son directeur Daniel Kessler, près d’un quart de la demande en sièges passagers ne pourra plus être satisfait dans dix ans». Et pour le moment, on vous recommande les créneaux à éviter: juillet-août, décembre-janvier. samedi et dimanche. Bonnes vacances à tous.

Créé: 12.07.2019, 22h16

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