Un «tycoon» hongkongais envoie sa petite-fille porter 2,5 millions à Genève

PhilanthropieLe don de Lui Che-Woo à l’Organisation météorologique mondiale révèle le rôle des fondations caritatives privées.

Jessica Cheng, directrice du Lui Che Woo Prize qui récompense l’observatoire des risques météorologiques coordonné par l’OMM.

Jessica Cheng, directrice du Lui Che Woo Prize qui récompense l’observatoire des risques météorologiques coordonné par l’OMM. Image: Laurent Guiraud

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Qui connaît Lui Che-Woo en Suisse? Une poignée de gérants de fortune peut-être. Et, depuis une semaine, les employés d’une agence onusienne basée à Genève. Le «tycoon» hongkongais de nonante ans fait partie des quelque 2750 (multi-) milliardaires recensés dans le monde par Wealth-X, bureau spécialisé dans l’observation d’une espèce rare mais loin d’être en voie d’extinction. Leur influence surgit subrepticement, le temps d’une apparition publique à un événement caritatif, culturel ou lors d’un procès.

Oiseau rare

C’était le cas avec le bref passage, la semaine dernière à Genève, de la petite-fille de Lui Che-Woo, un magnat dont le patrimoine est estimé à 18 milliards de dollars par le magazine américain «Forbes».

Jessica Cheng se présente comme la directrice du Lui Che Woo Prize, l’une des activités philanthropiques du magnat. Cette institution alloue chaque année trois enveloppes de 20 millions de dollars hongkongais – l’équivalent de 2,5 millions de francs. Afin, selon la volonté du fondateur du conglomérat immobilier K. Wah, «d’honorer ceux qui se sont dévoués avec abnégation à la civilisation mondiale en développant l’exploitation de ressources durables, en améliorant le bien commun de l’humanité et en promouvant une attitude positive».

Catastrophes climatiques

Vaste programme. Cette année, l’Organisation météorologique mondiale – l’OMM, installée à Genève – a été identifiée le 24 août comme l’un des acteurs clés.

Les deux autres lauréats sont Hans-Josef Fell, figure du parti écologiste allemand et des énergies renouvelables, ainsi que l’une des plus grandes ONG indiennes, la Pratham Education Foundation. Depuis le lancement du prix, en 2015, la fondation Jimmy Carter, Médecins sans frontières ou l’agronome Yuan Long-Ping – père du riz hybride – ont été soutenus.

«Nous nous sommes focalisés cette année sur la réduction de l’impact des catastrophes naturelles et avons ainsi voulu saluer l’observatoire des risques météorologiques coordonné par l’OMM et auquel participent 191 pays», décrit Mlle Cheng. Instrument clé dans le programme mondial de réduction des risques naturels, ce réseau coordonnant les données recueillies par 10 000 stations météo, 7300 navires, 4000 avions et 50 satellites «a joué un rôle majeur dans la division par dix du nombre de victime de catastrophes climatique au cours du dernier demi-siècle», rappelle l’héritière de la sixième fortune de Hongkong. Le lien avec l’ex-colonie britannique? Son observatoire météorologique, qui traque l’arrivée des typhons, gère le centre d’alerte international sur les cyclones – le SWIC – de l’OMM.

«Ce prix était une surprise totale – et un honneur», explique-t-on au sein de l’organisation. La fondation Lui Che-Woo n’attache aucune condition à l’utilisation du prix décerné. Au sein de l’OMM, rien n’est encore décidé, même si l’on évoque un possible «soutien aux systèmes d’alerte des risques climatiques mis en place dans les pays en voie de développement».

Chasse aux fondations

Qui dit fondation pense également gestion de fortune, ce type d’entité étant utilisé pour placer des patrimoines importants. Des oiseaux rares prisés par les banques. Rien qu’en Suisse, le dernier rapport sur les fondations de l’institut bâlois CEPS recense plus de 13 000 entités de ce type – dont plus d’un millier dans le seul canton de Vaud. Et estime la fortune qui leur est allouée à près de 100 milliards de francs. Soit, à titre de comparaison, trois fois ce qui est confié à une banque privée de la taille de Mirabaud.

Retour à Hongkong. Dans un recoin de l’empire constitué par le patriarche chinois apparaît ainsi une Lui Che Woo Foundation dotée de l’équivalent de 2,3 milliards de francs, tandis que l’entité gérant le prix décerné, la Lui Che Woo Prize, dispose d’environ un demi-milliard. Une véritable société financière employant treize personnes et auprès desquelles Credit Suisse joue, avec d’autres banques, «un rôle auprès de sa partie dédiée à la gestion des investissements», reconnaît la petite-fille du magnat. De quoi faire fructifier l’immense fortune familiale. Tout en affichant les convictions philanthropiques d’un homme à l’indévissable casquette de gavroche, dont le conglomérat emploie 30 000 personnes dans le monde.

(TDG)

Créé: 02.09.2018, 15h48

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De l’immobilier aux casinos de Macao

Issu d’une famille de réfugiés de la province de Canton ayant fui l’occupation japonaise dans les années 30, Lui Che-Woo a commencé dans les affaires avec l’exploitation de carrière. Avant de faire fortune grâce au boom immobilier ayant accompagné le développement de l’ex-colonie britannique. Comme tous les autres «tycoons» de sa génération ayant régné sur Hongkong durant des années et dont les plus en vue, comme Li Ka-Shing et Stanley Ho, ont annoncé ces derniers mois leur retrait des affaires.
L’irruption, il y a près de vingt ans, de Lui Che-Woo dans les casinos de Macao en a fait la sixième fortune de la ville. Et sa filiale Galaxy Entertainement, dirigée par l’un de ses fils, vise aujourd’hui à transformer l’ancien comptoir portugais connu pour ses tripots en une destination touristique familiale, façon Las Vegas. P-A.SA.

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