Traqué au Brésil, caché à Genève

CorruptionUn homme impliqué dans un scandale historique dévastant l’Etat sud-américain se trouve en Suisse.

B. F., soupçonné de blanchiment en lien avec Petrobras, s’est installé dans cette maison au bord du Rhône en octobre.

B. F., soupçonné de blanchiment en lien avec Petrobras, s’est installé dans cette maison au bord du Rhône en octobre. Image: Olivier Vogelsang

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Il est Suisso-Brésilien, il est recherché par la police fédérale brésilienne et, depuis peu, il réside avec son épouse à Genève. Dans un – ou deux – appartement d’une discrète maison située au bord du Rhône, au cœur de Genève. B. F. est une pièce centrale d’un gigantesque scandale de corruption au Brésil, le plus important qu’a connu le pays dans toute son histoire, selon les médias locaux.

Le groupe pétrolier Petrobras, la plus grosse entreprise sud-américaine avant cette affaire, est impliqué jusqu’au cou. Des centaines de firmes partenaires et des politiciens des trois partis de la coalition gouvernementale sont aussi concernés. Même Dilma Rousseff n’est pas épargnée: la présidente du Brésil a en effet également présidé le conseil d’administration de Petrobras au moment des faits. Depuis 1997, et de façon très régulière de 2003 à 2013, la société d’Etat géante a gonflé les prix de ses contrats avec des compagnies partenaires. Les surplus? Reversés sous forme de pots-de-vin aux dirigeants de Petrobras, à leurs partenaires et à des politiciens locaux. Pas moins de 1,4 milliard de francs auraient été subtilisés. Jusqu’à 3% de la valeur des contrats en jeu auraient été volés. PT, le Parti des travailleurs de Dilma Rousseff, aurait dans ce cadre engrangé jusqu’à 200 millions de dollars entre 2003 et 2013. Cette histoire passe d’autant plus mal que Petrobras s’est terriblement endetté pour explorer des gisements en haute mer et que, vu les cours très bas du pétrole, rembourser ces emprunts s’annonce particulièrement difficile.

Dénoncé au pays

Le scandale a été révélé aux autorités par un nombre croissant de personnes impliquées depuis que l’ex-directeur de Petrobras Paulo Roberto Costa est passé aux aveux en septembre dernier. La pression serait devenue insupportable depuis que les autorités ont lancé une vaste enquête en mars 2014 – connue de tous les Brésiliens sous le nom de «Lava Jato» (lavage de voiture en français). Selon la justice brésilienne, 232 entreprises sont actuellement sous enquête dans le cadre de cette opération. Pour voir sa peine atténuée, Paulo Roberto Costa aurait déballé à la justice tout ce qu’il savait.

Dont le nom de B. F. A la tête d’un fonds d’investissement, l’homme d’affaires est un «doleiro», un individu qui gère l’argent des plus riches et le blanchit. Plusieurs «doleiros» ont été mandatés par les dirigeants corrompus de Petrobras, mais le principal, selon les médias brésiliens, est de loin B. F. C’est lui qui s’occupait des pots-de-vin de Paulo Roberto Costa, selon ce dernier. L’hom­me avait tellement gagné sa confiance qu’il connaissait même les mots de passe de ses comptes bancaires.

B. F. a travaillé pour de nombreux autres clients, dont Pedro Barusco. Cet ex-gérant de Petrobras, l’autre principal délateur de ce scandale, a admis en décembre avoir reçu 100 millions de dollars de pots-de-vin dans ces affaires et dit avoir recouru à ses services. Le «doleiro» aurait notamment ouvert un compte au nom de la société de construction brésilienne Odebrecht au sein d’une banque zurichoise pour y déposer 5,6 millions de dollars obtenus illicitement dans le cadre de contrats avec Petrobras. Il aurait ouvert des comptes pour ses clients dans une vingtaine d’établissements suisses différents.

Selon un document que s’est procuré la Tribune de Genève, le Suisso-Brésilien aurait officiellement quitté Rio de Janeiro pour Genève en octobre. Un mois après les aveux de M. Costa. Selon la presse brésilienne, il a fui le pays. Selon son avocate, ce n’est pas vrai. Dans une lettre, elle indique qu’elle va démontrer qu’aucune activité illégale n’a été réalisée par son client.

Quand son adresse dans le canton de Genève a été rendue publique, la semaine dernière, trois équipes de journalistes brésiliens se sont rendues sur place dans l’espoir de le rencontrer. Les journalistes ont attendu deux jours durant. De 7 h du matin à 22 h. Ils n’ont pu que brièvement rencontrer une femme, peut-être la sienne, qui, disent-ils, leur a claqué la porte au nez. Les Brésiliens étaient très motivés à l’idée de photographier B.F., car il n’existe à ce jour qu’une seule photo de lui. Parue dans le journal Epoca à la fin du mois dernier, elle est accompagnée d’un titre indiquant que l’homme est «procurado». «Wanted», dirait-on dans un western.

L’homme semble se cacher. Son nom n’apparaît pas dans l’annuaire. Vendredi et hier matin, quand la Tribune de Genève a tenté de lui rendre visite, les boîtes aux lettres de la maison indiquaient que la famille occupait deux appartements et personne ne répondait à l’interphone. Hier en début d’après-midi, son nom n’était plus indiqué que sur l’une d’entre elles. Serait-il parti? Au Portugal? Selon une source, il possède des biens immobiliers dans ce pays.

La justice suisse enquête

Contacté, le Ministère public genevois répond qu’aucune demande d’entraide judiciaire émanant du Brésil ne lui a été adressée dans ce cadre et qu’il n’y a «pas de procédure à ce stade» contre B. F. Le Ministère public de la Confédération ne mentionne aucun nom mais dit avoir ouvert une procédure pénale pour blanchiment d’argent dans le cadre de l’affaire Petrobras en avril. Quelques semaines après le début de l’opération «Lava Jato».

Créé: 02.03.2015, 22h14

A Rio,
des manifestations ont eu lieu devant le siège de la société, protégé par la police.

De nombreux Brésiliens dans les fichiers SwissLeaks

La justice brésilienne, qui enquête depuis un an sur une gigantesque affaire de corruption chez Petrobras, a annoncé samedi avoir ouvert une procédure
à l’encontre de citoyens brésiliens clients de HSBC. Il s’agit d’«analyser, d’enquêter sur de possibles actes illicites et d’adopter les mesures adéquates», a-t-elle indiqué.

La banque britannique est au cœur d’un vaste scandale. Plusieurs médias l’ont accusée d’avoir fait transiter 192 milliards de francs de clients entre novembre 2006 et mars 2007 sur des comptes en Suisse pour leur éviter d’avoir à payer des impôts dans leur pays.

Selon la presse brésilienne, 8667 Brésiliens détenant 7 milliards de dollars figurent dans les fichiers SwissLeaks. Il n’a pu être établi jusqu’à présent lesquels d’entre eux se sont rendus coupables d’évasion fiscale.

Cette affaire serait en partie liée avec le scandale chez Petrobras. Des clients apparaissant dans la liste SwissLeaks sont en effet impliqués dans le scandale de corruption autour de Petrobras, selon des journalistes
au Brésil. Selon ces derniers, la banque britannique a été utilisée pour blanchir de l’argent obtenu par des cadres corrompus de Petrobras.

R.ET.

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