La transition verte coûte très cher à Daimler Benz

AutomobileLe géant allemand annonce des suppressions massives d’emplois et réduit de manière drastique son dividende.

Le bénéfice de Daimler (Mercedes) s’est effondré. Non seulement à cause du Dieselgate, mais surtout en raison du besoin d’investissements massifs dans la recherche.

Le bénéfice de Daimler (Mercedes) s’est effondré. Non seulement à cause du Dieselgate, mais surtout en raison du besoin d’investissements massifs dans la recherche. Image: EPA

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Cette fois, c’est le symbole même de l’économie allemande qui est touché par la révolution électrique. Malgré une nouvelle hausse du chiffre d’affaires de 3% (172,7milliards d’euros), le bénéfice de Daimler — le constructeur des Mercedes — s’est effondré de plus de 60% à 2,7milliards, la plus mauvaise performance depuis dix ans! Pour le nouveau patron du groupe, le Suédois Ola Källenius, ces mauvais résultats, qui ont été présentés mardi à Stuttgart, s’expliquent par les 5milliards consacrés au règlement du Dieselgate, un scandale qui n’a pas frappé que Volkswagen.

Mais l’effondrement des bénéfices s’explique surtout par un besoin d’investissements massifs dans la recherche. «La situation de Daimler illustre celle de toute l’industrie automobile allemande, qui doit investir des sommes gigantesques dans l’électromobilité pour réussir la transition», explique Ferdinand Dudenhöffer, expert du secteur automobile à l'Université de Duisburg-Essen.

En retard

Par rapport aux Japonais et aux Français, les Allemands sont partis avec un train de retard. «Il a fallu attendre 2016 pour qu’ils engagent une nouvelle stratégie», rappelle Stefan Bratzel, directeur du Center of Automotive Management à l’IUT de Bergisch Gladbach (FHDW).

Cette mutation va être coûteuse pour ce secteur exportateur dans un contexte de refroidissement de la conjoncture mondiale. Le chiffre d’affaires hors d’Allemagne, qui représente 80% des ventes, a reculé en 2019 de 13% à 3,5millions d’unités vendues. C’est le plus mauvais résultat depuis vingt ans!

La hausse possible des droits de douane sur les voitures allemandes aux États-Unis, la concurrence des constructeurs chinois, les incertitudes autour du Brexit mais aussi les nouveaux plafonds d'émissions de CO2 arrivent également au moment même où les constructeurs allemands ont besoin d’investir.

Changements radicaux

La disparition progressive des véhicules à combustion fossile oblige à repenser l’ensemble de la chaîne de production. Pour construire un modèle électrique, il faut un tiers du personnel nécessaire pour une voiture avec un moteur à combustion. «L’entreprise va devoir changer radicalement. Les trois prochaines années seront très dures», a prévenu Ola Källenius.

Daimler veut donc tailler dans les effectifs et faire ainsi 1,4milliard d’économies d'ici à 2022 pour dégager des fonds pour la recherche. En termes d’emplois, la facture sera lourde, surtout en Allemagne, où un emploi sur six dépend indirectement de l’automobile. Plus de 410000 emplois sont menacés, selon les calculs du groupe d’experts chargés par le gouvernement d’évaluer l’impact de cette mutation.

Daimler a annoncé plus de 10000 suppressions d’emplois sur 300000 salariés. Opel — passé dans l’escarcelle du français Peugeot — table sur 2000 licenciements. De son côté, Volkswagen compte supprimer au moins 50000 emplois.

Pour les équipementiers, la transition devrait être plus difficile. Ceux qui fabriquent les pièces des moteurs à combustion pourraient être obligés de se séparer de neuf salariés sur dix. Les plus gros, comme Bosch, Conti ou ZF, sont capables de surmonter cette révolution. «Mais ceux qui n’ont pas encore engagé de stratégie de diversification auront peu de chances de survivre», estime Ferdinand Dudenhöffer.

Chute des actions

Les actionnaires devront eux aussi supporter une partie des coûts. Chez Daimler, le dividende par action chute cette année à 90centimes, contre... 3,35euros l’année précédente. Pas étonnant que l’action ait été divisée par deux en cinq ans! Le géant Google — nouveau concurrent de Mercedes dans la voiture autonome — pourrait sans problème se payer cash le plus prestigieux des constructeurs allemands.

La course contre la montre qui est engagée sera décisive pour l’avenir du secteur clé de l'économie allemande. Mais pour le président du conseil de surveillance de Daimler, Dieter Zetsche (ancien chef du groupe), plus rien ne garantit aujourd'hui la survie de Mercedes. «La loi de la nature n’a pas décidé que Daimler était éternel», ironisait-il lorsqu’il était encore chef du groupe.

Créé: 11.02.2020, 19h45

Les absents du Salon

Si Mercedes-Benz sera bel et bien présent au prochain Salon de l’auto de Genève, début mars, avec plusieurs nouveautés en magasin, plusieurs marques renoncent à faire le déplacement. Parmi les grandes absentes, Peugeot et Citroën. Mais le groupe PSA sera tout de même présent avec la marque DS. Un peu comme Volvo, absent depuis l’an passé, mais qui garde un pied dans la manifestation avec la Polestar hybrid plug-in. D’autres marques font l’impasse sur cette édition, comme Nissan, empêtrée dans les suites de l’affaire Carlos Ghosn, Lamborghini, Maserati, qui devrait organiser un événement propre en mai pour présenter son nouveau modèle, Mitsubishi et Subaru. Elles viennent allonger la liste des marques qui avaient brillé par leur absence l’an dernier déjà, comme Land Rover, Ford, Jaguar, Opel (qui appartient à PSA), SsangYong, Tesla, Mini et l’Indien Tata Motors. «Par contre, d’autres font un retour remarqué, comme Hyundai par exemple, souligne le directeur du Salon Olivier Rihs. En tout, 17 marques manquent à l’appel, ce qui ne représente que 25% du volume des voitures vendues en Suisse.»

À signaler aussi une belle présence des constructeurs et équipementiers chinois, dont la fidélité aux grandes foires automobiles est à géométrie variable. Aiways, qui avait présenté son SUV électrique en 2019, sera à nouveau là pour son lancement sur le marché européen. Signalons aussi Changan Automobile, Apex, de Hong Kong, qui annonce une «super car», ainsi
que VMax, Qingdao Sentury Tire et Globber dans l’espace GIMS Tech. «Comme leur marché se contracte, les constructeurs chinois tentent de gagner des parts en Europe», observe Olivier Rihs. Les organisateurs se croisent les doigts, mais tout laisse à penser jusqu’ici qu’ils seront bien là, malgré le coronavirus et les liaisons aériennes
incertaines. «En tout cas, les stands et le matériel sont déjà arrivés», rassure Olivier Rihs.

Ivan Radja

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