La transition numérique met les banquiers au défi

SuisseLes banques craignent une pénurie d'experts locaux et plaident comme d'habitude pour l'immigration facilitée de spécialistes formés à l'étranger.

Marcel Rohner est le président de l'Association des banques de gestion (ABG).

Marcel Rohner est le président de l'Association des banques de gestion (ABG).

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Face aux défis que représentent la numérisation, l'interconnexion et la globalisation des marchés, les acteurs de la place financière helvétique recherchent des solutions à même de concilier sécurité du patrimoine et protection de la vie privée.

«La capacité de faire face à la cybercriminalité est appelée à devenir un facteur toujours plus important pour la compétitivité de la place financière», a plaidé Marcel Rohner, président de l'Association des banques de gestion (ABG), à l'occasion de la 4ème édition du «Private Banking Day» qui s'est tenue vendredi à Lucerne.

Les cyberattaques occasionnent des coûts énormes pour les entreprises et ont parfois des répercussions qui dépassent le cadre privé, a-t-il souligné. A ce titre, il juge nécessaire la collaboration entre les entreprises et les autorités, ainsi qu'une meilleure coordination internationale pour lutter efficacement contre les cybercriminels.

Selon lui, les banques suisses sont attachées à ce que la protection des données soit alignée sur les standards européens. Et de rappeler que deux tiers des recettes issues de la gestion de fortune helvétique sont générés hors des frontières helvétiques.

La Suisse «dispose d'une infrastructure financière solide» et est «bien positionnée dans la transition numérique», mais celle-ci soumet également le secteur bancaire à une forte pression sur les coûts et suppose des investissements importants, dans un contexte de globalisation croissante du marché.

Asymétries et facteur humain

Les conférenciers ont signalé les asymétries existant entre les cybercriminels (pro-actifs et sans entraves) et leurs cibles (réactives et soumises à un cadre réglementaire), ainsi que l'importance négligée du facteur humain dans la course effrénée à des solutions technologiques toujours plus complexes.

Thomas Süssli, chef de la Base d'aide au commandement de l'armée, a qualifié de «sonnerie de réveil» la cyberattaque dont a été victime l'entreprise d'armement Ruag - au cours de laquelle 20 gigaoctets (Go) de données avaient été volés - et signalé que «les cybercriminels, eux, ne dorment jamais».

Il a déploré le fait que nombre d'entreprises s'estiment à l'abri du risque informatique par le simple fait de disposer d'un pare-feu et d'un logiciel antivirus. «Cela ne suffit plus», a asséné le divisionnaire, lui-même ancien cadre de la banque Vontobel, citant parmi les principaux facteurs de risque l'ignorance d'avoir été pris pour cible.

Le président de l'Association de banques privées suisses (ABPS) Yves Mirabaud, associé-gérant senior du groupe bancaire privé éponyme, a insisté sur la nécessité de sensibiliser les collaborateurs des banques à l'identification et à la défense face aux attaques informatiques.

Manque de spécialistes

«Un grand assureur suisse (Zurich Insurance) a estimé en novembre dernier que les cyberattaques font partie des cinq principaux risques auxquels font face les entrepreneurs et que celles-ci pourraient leur coûter quelque 8000 milliards de dollars sur les cinq prochaines années», a-t-il rappelé.

Saluant le renforcement de la filière de formation en cybersécurité de la part des écoles polytechniques fédérales (EPF), le banquier genevois craint cependant la pénurie d'experts locaux et plaide pour l'immigration facilitée de spécialistes formés à l'étranger.

Le président de l'ABPS voit dans la technologie des chaînes de blocs (blockchain), ou plus largement des registres distribués, un domaine d'avenir, estimant que «si les données sont conservées et vérifiées à plusieurs endroits, il sera bien plus difficile de les modifier de façon illégale». (ats/nxp)

Créé: 17.05.2019, 15h37

Articles en relation

Les banques privées désirent un accord-cadre

Suisse Les banques veulent élargir l'accès des gestionnaires de fortune suisses au marché européen, qui est aujourd'hui très limité. Plus...

La précarité numérique en question à Zurich

Internet Les ministres germanophones se sont retrouvés, dans la cité de la Limmat lundi, pour plancher sur les risques sociaux liés au Web. Plus...

Gare au retard dans la formation au numérique

OCDE La reconversion des travailleurs dans le numérique accuse un retard important, alerte l'OCDE. La moitié des adultes n'a que des compétences «basiques» ou inexistantes. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

)6 nouveaux projets en faveur des piétons et des cyclistes
Plus...