Symboles du XXIe siècle, Uber, Facebook et Tesla sont fragilisés

TechnologieSans être encore enterrées, ces trois firmes, toutes américaines, vivent une période difficile et jouent désormais leur va-tout.

Mark Zuckerberg
Depuis le scandale de Cambridge Analytica, le modèle d’affaires originel de Facebook paraît lui aussi relativement compromis. Cette affaire risque surtout de coûter cher au fondateur d’un groupe dont le titre en Bourse a déjà chuté.

Mark Zuckerberg Depuis le scandale de Cambridge Analytica, le modèle d’affaires originel de Facebook paraît lui aussi relativement compromis. Cette affaire risque surtout de coûter cher au fondateur d’un groupe dont le titre en Bourse a déjà chuté. Image: Reuters

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Facebook, Tesla et Uber. Ces marques incarnent le début du XXIe siècle – la deuxième, la plus ancienne, n’a vu le jour qu’en 2003. Mais elles ont déjà acquis une dimension planétaire depuis plusieurs années. «C’était le bon vieux temps», seraient déjà tentés de dire certains investisseurs. La crédibilité des trois sociétés a, il est vrai, beaucoup souffert au cours des derniers mois. Sans être définitivement condamnées, les trois sociétés californiennes jouent maintenant leur va-tout.

Commençons par le cas d’Uber! En dépit d’une grave sanction contre la société en septembre, à Londres, SoftBank a maintenu sa confiance dans l’avenir de cette entreprise non cotée. Trois mois après l’annonce de cette punition, la banque d’investissement japonaise a en effet acquis 17,5% du capital d’Uber, valorisée à plus de 47 milliards de francs au moment de la transaction. Au début de cette année, le président du directoire de SoftBank, Rajeev Misra, a encore confirmé son enthousiasme: «Bien sûr que j’aimerais assister à une IPO (initial public offering ou entrée en Bourse) d’Uber d’ici à 2019.» Il soutenait ainsi les intentions manifestées un peu plus tôt par le nouveau patron du groupe, Dara Khosrowshahi.

Le modèle menacé d’Uber

D’autres acteurs financiers, actionnaires d’Uber, n’y croient pourtant plus depuis l’été dernier. À un moment où la société était encore valorisée à plus de 66 milliards de francs. Vanguard Group, Principal Funds et Hartford Funds ont eux-mêmes annoncé, dans le «Wall Street Journal», une baisse de 15% de leur propre estimation sur la capitalisation réelle d’Uber. Il est vrai que la société américaine pourrait être contrainte de modifier complètement son modèle d’affaires, à court ou moyen terme.

Sur plusieurs continents, la marque Uber est associée à des services de transport urbain, individualisé et très bon marché. Autrement dit, du taxi pas cher. Pour des raisons diverses, l’autorité de contrôle Transport for London lui a retiré sa licence l’automne dernier. Du fait d’un recours, Uber bénéficie d’un effet suspensif. Un verdict définitif devrait être rendu d’ici à juin. Même si le maire de Londres, Sadiq Khan, a émis l’hypothèse d’un délai de plusieurs années.

Une chose est sûre: des procédures, administratives ou judiciaires, visent Uber dans plusieurs pays de l’Union européenne et dans certains États américains. Uber tente souvent de faire valoir sa définition de ses activités. Il prétend agir en prestataire de services informatiques donnant accès au transport, soit se décrit comme le leader mondial de la réservation de voitures avec chauffeur.

Cette vision des choses ne convainc guère. Les conducteurs devront de plus en plus être traités en véritables employés. Les prix des courses de «taxis» Uber augmenteront probablement de 20% à 30% en Europe occidentale, du fait de nouvelles charges sociales et salariales. Perspective pénalisante, si ce n’est rédhibitoire. À la tête de SoftBank, Rajeev Misra anticipe: «L’avenir d’Uber relève non seulement du transport, mais aussi de services d’assurances et de leasing de voitures.»

Facebook face à la critique

Le modèle d’affaires originel de Facebook paraît lui aussi compromis. Le mois dernier, Cambridge Analytica, filiale américaine de la maison mère britannique SCL Group, se retrouve accusée d’avoir abusé, à des fins politiques, des données de 87 millions d’utilisateurs de Facebook. Au premier jour de cotation après ce scandale, le 19 mars, la valeur de l’action du réseau social américain s’effondre à la Bourse. Mais même après avoir effacé près de 80 milliards de dollars le mois dernier, Facebook reste l’une des dix plus grosses capitalisations boursières au monde. Le 8 avril, une nouvelle affaire éclate. Les utilisateurs du réseau social sont cette fois-ci victimes de Cubeyou, consultant en marketing.

Facebook jouit toujours d’une immense confiance sur les marchés financiers. Mais les lobbies consuméristes et de nombreux gouvernements ne peuvent plus accepter la perméabilité du réseau social. Le modèle originel est remis en cause. Actionnaire détenant la majorité des droits de vote, Mark Zuckerberg doit se préparer à des frais gigantesques. Facebook subira probablement une énorme mue, mais continuera à prospérer.

Tesla, perte de plus de 20%

Tesla se débat en revanche dans un contexte plus périlleux. Il est notamment marqué par le poids de sa dette: plus de 7 milliards de dollars à la fin de l’an dernier. Et depuis la fondation du constructeur de voitures électriques de Palo Alto en 2003, l’entreprise n’a bouclé que deux trimestres sur un léger bénéfice cumulé de 33 millions de dollars.

Heureusement, son patron, Elon Musk, promet d’atteindre la profitabilité aux troisième et quatrième trimestres de cette année. L’entreprise accuse cependant une faiblesse persistante: son destin dépend un peu trop du succès de sa voiture Model 3. Citée dans l’hebdomadaire «The Economist», la banque d’investissement new-yorkaise Jefferies & Company Inc. évalue que Tesla devra lever 3 à 3,6 milliards de francs supplémentaires en 2018.

Du coup, l’agence de notation Moody’s a décidé le mois dernier de dégrader la cote de solidité financière de Tesla de B3 à Caa1, «avec une perspective négative». Au cours du seul mois de mars, l’action de Tesla a perdu plus d’un cinquième de sa valeur. (TDG)

Créé: 22.04.2018, 19h17

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