Un Suisse a contribué au dévoilement du Dieselgate

Economie Les recherches d’un ingénieur biennois, actif aux Etats-Unis, ont favorisé l’éclatement du scandale. Témoignage.

Marc Besch, ingénieur suisse

Marc Besch, ingénieur suisse Image: Ellis Gregory

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C’est le genre d’histoire à la David et Goliath dont raffole le cinéma. Dans le rôle du géant, le constructeur automobile Volkswagen. Face à lui, une bande de héros malgré eux composée de deux Indiens et d’un Suisse. Les travaux de ces scientifiques, au sein de la peu connue Université américaine de Virginie-Occidentale, ont contribué à faire éclater le scandale planétaire des moteurs truqués, comme le rappelait récemment le magazine Der Spiegel.

«Nous n’avions aucune idée de l’impact qu’aurait ce qui était pour nous un tout petit travail de recherche», raconte Marc Besch. L’ingénieur suisse de 35 ans a grandi à Bienne, où son père possédait un garage Opel. Joint par téléphone, il participait la semaine dernière, à Berlin, à une conférence sur les nouvelles règles européennes que sa découverte a conduit à adopter. Depuis un mois, les tests d’homologation en matière d’émission de gaz polluants se sont durcis pour éviter un nouveau «Dieselgate».

En 2013, lorsqu’ils commencent leurs travaux sur mandat d’une ONG, Marc Besch et ses acolytes n’ont aucun soupçon. Au contraire, la mission confiée au Centre sur les moteurs alternatifs (CAFEE) vise à montrer qu’il est possible de fabriquer des diesels écologiques, comme s’en vante alors Volkswagen aux Etats-Unis.

Intervention de la police Réalisées dans un laboratoire en simulation de conduite sur route, les premières mesures confirment les atouts des deux modèles testés. Mais les chercheurs sortent du cadre habituel en testant les voitures dans des conditions réelles. En plein air, les limites légales explosent!

Le trio croit d’abord à une erreur de sa part. Il avale les kilomètres pour vérifier ces données. Sur le bitume américain, les scientifiques ne passent pas inaperçus. Destinés à des camions, les appareils de mesure embarqués dans le coffre sont volumineux et les génératrices qui les alimentent bruyantes. Intriguée par le tintamarre et les câbles s’échappant de cet étrange véhicule, la police interpelle même un jour les conducteurs.

Plusieurs mois d’essais n’y changeront rien, les valeurs restent les mêmes. «Nous n’avions pas d’explication et pas les moyens de faire des recherches plus étendues. Mais jamais nous n’aurions imaginé que Volkswagen aurait osé tricher.» Marc Besch compile le fruit des recherches, qu’il présente publiquement un jour de 2014. Dans l’assistance, il pique l’intérêt d’officiels.

Les autorités américaines dévoilent la supercherie en septembre 2015: Volkswagen a programmé des moteurs diesel pour gruger les tests de pollution. Un logiciel permet à des millions de véhicules de détecter une simulation de conduite, déclenchant alors une retenue des émissions. Le constructeur n’avait jamais imaginé que quelqu’un procède à des examens sur route…

Le retentissement est mondial. Terré dans son bureau, Marc Besch n’y prête guère attention, trop occupé à préparer sa défense de thèse. «J’ai mis une semaine à saisir réellement ce qui se passait. Mon sentiment? Je suis heureux du rôle, même petit, que nous avons joué.» Il évoque aussi de la tristesse. «Volkswagen a terni l’image du diesel, alors que si on utilise correctement la technologie, il est possible de réduire les émissions.»

La célébrité n’a pas aidé

Cette affaire et l’attention des médias ont bousculé la vie de l’ingénieur pendant quelques mois. Puis les choses se sont calmées. «On me reconnaît dans un cercle plus large de spécialistes. Mais pour le reste, rien n’a vraiment changé.»

Le Biennois poursuit son travail au sein du CAFEE. Son supérieur et directeur du centre, Dan Carder, a été nommé parmi les 100 hommes les plus influents du monde par le magazine Time. Une renommée qui n’a pas aidé les finances de sa structure. «On peine toujours à obtenir des fonds», relate Marc Besch. Le CAFEE avait touché 70 000 dollars pour le mandat qui a conduit au Dieselgate. Découverte qui a coûté à ce jour près de 30 milliards de dollars à Volkswagen, en amendes notamment.

Le Suisse a tiré une leçon de cette expérience: «Aussi insignifiant que puisse paraître un projet, il faut toujours le réaliser au mieux. On ne sait jamais ce qui peut en sortir.»


Scandale planétaire

Deux ans après l’écatement du Dieselgate, Volkswagen continue d’en subir les frais. Le scandale des moteurs truqués lui a coûté à ce jour 30 milliards de dollars (29,5 milliards de francs) en amendes ou en coûts de rappel et de réparation. Une demi-douzaine de procédures a été lancée à travers le monde. En Suisse, la Fédération romande des consommateurs s’est récemment associée à la plate-forme MyRight pour prendre part à une action collective contre le groupe.

D’autres constructeurs ont été éclaboussés, comme Renault, Fiat Chrysler et PSA, soupçonnées eux aussi d’avoir manipulé leurs moteurs diesel afin qu’ils émettent moins d’oxyde d’azote, un gaz polluant, lors des tests d’homologation.

(TDG)

Créé: 22.10.2017, 20h51

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