La Suisse va commencer à évaluer le risque Huawei

ParlementLa Commission de politique de sécurité interrogera bientôt le Service de renseignement de la Confédération sur le géant chinois.

Huawei Suisse emploie 350 personnes entre Köniz (BE) et Dübendorf (ZH). Ici, les bureaux de Dübendorf.

Huawei Suisse emploie 350 personnes entre Köniz (BE) et Dübendorf (ZH). Ici, les bureaux de Dübendorf. Image: Gaetan Bally/Keystone

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Huawei inquiète le monde. Les relations de confiance demeurent cependant encore intactes entre la Suisse et la firme chinoise. Les partenariats avec les opérateurs Swisscom et Sunrise se poursuivent. La création de plusieurs dizaines de nouveaux postes de travail dans le pays cette année n’est pas remise en cause. Mais la Commission de politique de sécurité du Conseil des États (CPS-CE) commencera l’évaluation des risques liés au leader mondial des équipements télécoms, lors de sa séance des 1er et 2 avril.

«Nous allons avant tout nous informer pour savoir de quoi il s’agit exactement. À cette fin, nous inviterons probablement des représentants du Service de renseignement de la Confédération et du Département fédéral de la défense. Sur la base des informations obtenues, il devra être décidé si, pour des raisons de politique de sécurité, le sujet doit être abordé de façon approfondie», prévient le président de la CPS-CE, le libéral-radical uranais Josef Dittli.

Mais le temps presse. La Commission fédérale de la communication (ComCom) doit en effet attribuer incessamment, par voie de vente aux enchères, les concessions pour les fréquences permettant aux opérateurs de déployer cette année leurs réseaux 5G.

Les soupçons s’accumulent

Huawei a déjà démontré ses ambitions dans la cinquième génération de standards pour réseau mobile (ou 5G), en Suisse. Notamment lors d’essais effectués avec Sunrise, l’an dernier à Zurich. Les soupçons contre Huawei s’accumulent pourtant dans le monde.

Lundi le Département de la justice américain a ouvert une procédure contre Huawei portant sur treize chefs d’accusation. Dont l’espionnage industriel et la fraude bancaire. Ces éléments n’ébranlent en rien la présomption d’innocence. Mais aux soupçons états-uniens et australiens se sont ajoutés entre-temps ceux du Japon et de la Nouvelle-Zélande. Sans oublier quelques précautions prises chez nos voisins directs.

L’opérateur français Orange a ainsi abandonné le projet d’une coopération avec Huawei pour la construction des réseaux mobiles de cinquième génération. Deutsche Telekom évalue la pertinence d’un choix comparable. Selon des témoignages recueillis par l’agence Reuters, l’attribution imminente des fréquences 5G attise les craintes aussi outre-Rhin.

Risques d’abus

De plus en plus de responsables politiques y évoquent le même danger: les équipements 5G de Huawei risquent d’être utilisés par les autorités chinoises pour obtenir des informations critiques et stratégiques, mettant en danger la sécurité nationale.

La 5G apportera aussi des débits permettant, notamment au travers de l’internet des objets, de contrôler les infrastructures d’un État (rail, fourniture d’électricité, aéroports, hôpitaux). Sans oublier les actes malveillants susceptibles d’affecter les transports, publics et privés, du fait de véhicules de plus en plus autonomes et connectés.

Face à l’adversité, Huawei ne doute pourtant pas que la Suisse continuera de lui accorder toute sa confiance.


«Notre compagnie n’a rien à cacher»

Dans ce contexte tellement délicat, le directeur général de Huawei Technlogies Suisse, Haitao Wang, met les points sur les i et garde toute sa foi dans les perspectives helvétiques. Entretien.

Le DoJ (Département dela justice américain) retient treize chefs d’accusation contre Huawei. Votre entreprise inquiète de nombreux États. Dans une telle situation, pouvez-vous confirmer tous vos grands projets en Suisse?

Les charges retenues contre notre entreprise nous ont déçus. Après l’arrestation de Meng Wanzhou (ndlr: directrice financière de Huawei et fille de son fondateur, Ren Zhengfei, actuellement en liberté surveillée au Canada), la société a cherché une possibilité de parler des investigations conduites par les autorités de l’État de New York avec le DoJ. Mais notre requête a été rejetée. Sans explication! Les accusations portées dans le district ouest de l’État de Washington, relatives au secret industriel, ont déjà fait l’objet d’une action civile. Celle-ci s’est conclue par un accord entre les parties. Un jury n’avait d’ailleurs constaté ni dommage ni comportement délibéré et malveillant en lien avec le secret industriel. Quant à la Suisse, celle-ci reste très importante pour notre groupe. C’est un pays disposant d’excellentes infrastructures. À force d’expérimentations de grande envergure, nous y développons diverses nouvelles technologies, destinées au marché global. À ce titre, la technologie G. fast constitue un bon exemple. Elle permet d’offrir du haut débit sur le réseau fixe dans tout le pays (ndlr: fruit d’une coopération de plusieurs années avec Swisscom). Nous allons encore accroître nos investissements dans ce domaine.

Huawei Suisse emploie 350 personnes. Combien de nouveaux postes la firme prévoit-elle de créer dans le pays d’ici à 2024 ou 2030?

Huawei Suisse emploie en effet 350 collaborateurs, répartis entre Köniz (canton de Berne) et Dübendorf (canton de Zurich). Nous avons actuellement vingt postes vacants et nous prévoyons de recruter encore vingt collaborateurs de plus cette année. Honnêtement, je ne pourrais pas articuler de prévisions sur les dix prochaines années. Notre industrie évolue en effet de façon très rapide. Je reste néanmoins optimiste et je m’attends encore à davantage de croissance en Suisse.

L’été dernier, le président de votre directoire, Eric Xu, a évoqué l’ouverture d’un centre de recherche et développement à Lausanne. Est-ce pour bientôt?

C’est exact. Nous prévoyons d’ouvrir un centre de recherche et développement avec l’EPFL (École polytechnique fédérale de Lausanne). Le projet n’est cependant pas encore finalisé. Il est donc prématuré d’en parler publiquement.

La Commission de politique de sécurité du Conseil des États commencera en avril une évaluation des risques liés à votre groupe. Inquiet?

Nous encourageons toutes les discussions reposant sur des faits. Huawei est une compagnie transparente. Nous n’avons rien à cacher. Notre bilan en cybersécurité s’avère irréprochable pour les trente dernières années. La cybersécurité constitue un sujet technique. Il devrait être traité entre spécialistes. Nous gardons cependant notre optimisme à ce sujet en Suisse, car, dans ce pays, les politiques sont basées sur des faits. P.RK

(TDG)

Créé: 01.02.2019, 20h00

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