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Le Sud reste en marge des autoroutes de l'e-commerce

Le quart de la population mondiale achète en ligne. L'accès des pays pauvres à ce marché est très limité, prévient le sommet de la CNUCED

Torbjörn Fredriksonn, responsable des politiques liées aux technologies de l’information au sein de la CNUCED. «La question pour les pays les plus pauvres est loin de se résumer à une connexion haut débit», a alerté ce dernier lors de l'E-commerce Week qui se tient depuis lundi à Genève.
Torbjörn Fredriksonn, responsable des politiques liées aux technologies de l’information au sein de la CNUCED. «La question pour les pays les plus pauvres est loin de se résumer à une connexion haut débit», a alerté ce dernier lors de l'E-commerce Week qui se tient depuis lundi à Genève.
CNUCED/Jean Marc Ferré

Alors que 1,3 milliard de personnes font des achats sur internet - une sur dix ne le faisait pas douze mois auparavant - la Commission des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCED) réunit depuis lundi matin à Genève plus de 1300 représentants du secteur à l'occasion de sa «E-commerce Week». Objectif de cette soixantaine de conférences mêlant représentants gouvernementaux, chefs d'entreprise du Sud, géants du secteur - comme Google ou Alibaba - et associations régionales de commerce en ligne? Éviter que les pays les moins avancés ne se retrouvent totalement déconnectés du faisceau numérique se tissant entre usines, détaillants et consommateurs - une adaptation qui reste un défi même pour des PME helvétiques pourtant autrement favorisées.

400 milliards de ventes directes

Le basculement paraît irrémédiable. Selon le dernier décompte de la CNUCED, les échanges réalisés via internet flirtaient avec les 30'000 milliards de dollars en 2017, plus de six fois les importations et exportations cumulées de la Chine. Au niveau mondial, les ventes de produits expédiés directement à l'étranger vers des particuliers dépassent de leur côté les 400 milliards de dollars - pas loin du double des exportations annuelles de la Suisse.

«Ce fossé béant va exacerber les inégalités avec les pays hyperconnectés»

Pourtant, près de la moitié de la population mondiale ne dispose d'aucune connexion à internet. «Si rien n'est fait, ce fossé béant ne va qu'exacerber les inégalités avec les pays hyperconnectés», prévient l'ancien ministre kényan Mukhisa Kituyi, aujourd'hui secrétaire général de la CNUCED. Cette agence onusienne a été formée en 1964, dans le but de faire changer les règles commerciales, pour prendre en compte les besoins de ce qui commençait à être appelé le tiers-monde. La moitié du monde sans internet Alors qu'en Europe, 70 à 80% de la population réalise désormais des achats sur le web, cette proportion est inférieure à 10% sur le continent africain - et tourne souvent autour de 1 ou 2% en dehors du Kenya, du Nigeria ou de l'Afrique du Sud. Un état de fait qui explique pourquoi les autorités locales n'en font pas une priorité, au risque de voir leurs entreprises peu à peu exclues de cette liaison directe avec les marchés internationaux.

«Les pays donneurs ne sont pas prêts»

«La question pour les pays les plus pauvres est loin de se résumer à une connexion aux réseaux haut débit; s'insérer dans le commerce en ligne mondial suppose de rejoindre des réseaux de paiement, de mettre en place des lois de protection des consommateurs, de disposer d'un système d'expédition postale efficace, de financements, de spécialistes... autant d'éléments qui font encore largement défaut, par exemple sur un continent comme l'Afrique», prévient Torbjörn Fredriksonn, responsable des politiques liées aux technologies de l'information au sein de la CNUCED.

Ses équipes ont procédé à une évaluation de l'état de préparation de dix-sept des nations les moins avancées. Des différences profondes séparent sur ce front les deux derniers pays audités - l'Afghanistan, qui sort de la guerre civile, et le Bangladesh, qui lançait dès 2008 son plan gouvernemental «Digital Vision».

Mirages des plateformes de marché «Les pays donneurs ne sont pas davantage prêts», prévient le spécialiste, rencontré lundi en marge du sommet. Sur le front de l'aide au développement dédiée à l'intensification, seul un centième de l'argent envoyé par les pays riches est destiné à ce défi de l'e-commerce.

Le manque d'infrastructures - en particulier financières et juridiques - au niveau local empêche également les PME de ces pays de livrer directement aux consommateurs occidentaux, comme le font miroiter les technologies actuelles. Résultat, les grandes plateformes d'e-commerce leur restent souvent fermées.

Dans le même temps, ces plateformes prennent peu à peu le contrôle de la distribution en ligne dans ces régions: l'an dernier, Walmart a racheté le géant indien Flipkart, tandis qu'Amazon s'est offert la plateforme moyen-orientale Souqet qu'Alibaba injectait des milliards dans Lazada, sa porte d'entrée sur le Sud-Est asiatique.

Il y a deux ans, Jack Ma, le fondateur du géant chinois du commerce en ligne, avait lancé lors du sommet de la CNUCED une initiative visant à intégrer des PME de pays du Sud sur sa plateforme de vente eWTP. L'automne dernier, le Rwanda a été le premier pays africain à rejoindre ce programme. «La concentration du secteur dans les mains de ces multinationales et la méfiance qu'elles suscitent chez de nombreux gouvernements rendent leur présence ici d'autant plus cruciale», rappelle cependant Torbjörn Fredriksonn. Dernier exemple en date, l'Inde, qui a durci de façon drastique ses règles sur la concurrence afin de tenter de desserrer cette emprise des géants du Net.

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