Un site lié au Forex fait face à une plainte pénale

EscroquerieUn boursicoteur vaudois porte plainte contre la société Prime FMS, une plate-forme à la nature douteuse

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A l’aide d’un site efficace et d’une stratégie téléphonique particulièrement bien rôdée où des courtiers en devises promettent monts et merveilles à leurs clients, Prime Financial Management Services (Prime FMS), une société dont on ignore relativement tout, sait très bien attirer les chalands.

Mésaventure d’un Vaudois

Il y a quelques mois, un Vaudois en a fait les frais et a laissé un trou dans ses économies de plusieurs dizaines de milliers de francs. «A la mi-août de l’année dernière, un de leurs courtiers me contacte et me propose d’investir sur le Forex par l’entremise de Prime FMS», raconte Stéphane*, qui décide de lui faire confiance. Au début, tout se passe bien pour le boursicoteur en herbe. Les quelques milliers de francs investis au départ semblent même faire des petits.

Ce dernier vérifie toutefois le «sérieux» du site en demandant le rapatriement de mille francs, chose faite un jour plus tard. A la fin du mois, Prime FMS lui fait alors miroiter les bienfaits de leur compte présidentiel (50 000 dollars minimum, un montant soi-disant sécurisé). A la fin d’août, il en ouvre un et verse encore plus d’argent.

A partir de là, la machine se grippe. «Cher Monsieur, comme vous avez pu le constater, suite à un revirement des marchés financiers, nous sommes en appel de marges, peut-on lire dans un message de Prime FMS figurant dans le procès-verbal de la plainte pénale pour escroquerie déposée à la Police de l’Ouest lausannois et daté du 9 septembre. Pour contrecarrer cette position indélicate, il vous faut être réactif et déposer urgemment des milliers de dollars en plus sur votre compte sans quoi vous pourriez tout perdre.»

La goutte d’eau qui fait déborder le vase est cet e-mail daté du 6 octobre dans lequel Prime FMS lui promet le versement d’une somme conséquente pour autant que le Vaudois verse plusieurs milliers de dollars supplémentaires et pour autant qu’il accepte que ce virement passe par une banque luxembourgeoise (avec des versements anonymes réalisés toutes les sept heures).

Multiplication d’alertes

Au vu des alertes qui se multiplient sur les blogs et sites spécialisés, tous les feux concernant Prime FMS, qui se vend comme une «plate-forme de trading leader du Forex» sont au rouge.

Parmi les indices qui laissent douter de la nature de cette entreprise se trouvent le fait qu’elle assure être active depuis plus de dix ans, période où elle aurait vécu un fort développement à travers le monde. Or son site n’a été enregistré qu’au printemps 2014.

«Certains éléments de langage peu professionnels, remplis de redites ou de phrases mal ou pas du tout traduites en français laissent penser qu’il s’agit d’une escroquerie», prévient Solange Ghernaouti-Hélie, professeur au Département des systèmes d’information de l’Université de Lausanne.

Même les autorités de surveillance en Suisse comme en Europe en ignorent l’existence. «Après vérification, il semble que cette société ou plate-forme ne soit pas autorisée à fournir des services d’investissement en France dans la mesure où elle ne figure pas sur le fichier des établissements financiers autorisés (ndlr:Regafi)», confirme Caroline Leau, responsable de la communication pour l’autorité française des marchés financiers (AMF).

«Prime Financial Management Services n’a aucune autorisation de la FINMA et n’est pas surveillé par un organisme d’autorégulation», assure Tobias Lux, porte-parole de l’organisme de surveillance des marchés en Suisse.

Quant à nos questions envoyées à de multiples reprises à Prime FMS, elles sont restées sans réponse.

Faire preuve de prudence

A cette occasion, les professionnels rappellent qu’il n’existe pas sur les marchés de martingale. «Dans le secteur financier, il faut faire preuve de prudence supplémentaire en vérifiant par exemple que la société est licenciée auprès de la FINMA», recommande Marc Bürki, le patron de Swissquote. «Nous alertons depuis plusieurs années le grand public vis-à-vis de ces sites, qui à grand renfort de publicités vantant des rendements parfois irréalistes, harponnent les internautes», souligne Caroline Leau en rajoutant que «le marché des changes est non régulé et s’adresse aux professionnels».

Depuis le dépôt de la plainte du boursicoteur vaudois à la fin de l’année dernière, une enquête est en cours. Ses espoirs de récupérer un jour ses avoirs sont maigres. «La question est de savoir s’il reste de l’argent sur les comptes (ndlr: se trouvant apparemment en Allemagne) de cette société», déclare son avocate qui recommande fortement dans des cas similaires le dépôt d’une plainte. «Même s’il y a peu d’espoir de récupérer l’argent, il est important que les auteurs des infractions soient au moins dénoncés.»

*Nom fictif connu de la rédaction (TDG)

Créé: 15.02.2015, 20h09

Solange Ghernaouti-Hélie, professeur au Département des systèmes d’information de l’Université de Lausanne, détaille les méthodes d’arnaques développées à l’aide d’Internet et des réseaux sociaux.

Comment les escroqueries ont-elles évolué ces dernières années?

Nous sommes passés d’un système d’arnaque de masse à des escroqueries désormais plus ciblées, sur mesure. Très perfectionnées, elles jouent le plus souvent sur la vulnérabilité des gens. Grâce à une collecte pointue d’informations, les escrocs sont capables de jouer sur les sentiments, les points sensibles des personnes visées et donc de mieux les leurrer.

A qui la faute?

En partie aux réseaux sociaux et à la diffusion en masse de données privées sur la Toile. Ces informations offrent à ce type d’escrocs tout ce qu’il faut pour piéger au mieux les gens et contribuent à l’essor qualitatif de ces arnaques.

Comment lutter contre?

Il faut se méfier de «tout ce qui paraît trop beau pour être vrai», car le plus souvent ça l’est, surtout lorsque vous êtes confronté à du démarchage spontané. Face à Internet, le devoir de chacun est de se renseigner au mieux, quitte à demander l’aide d’institutions sérieuses.

Les Suisses ne sont-ils pas trop confiants?

Effectivement. Or dans un environnement où l’escroquerie s’est mondialisée et largement multipliée, la confiance me paraît aujourd’hui être une valeur bafouée par Internet.

O.W

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