Le site hôtelier Amoma fait naufrage

Réservations en ligneBasée à Genève, la société ne répond plus depuis huit jours. Un responsable évoque une procédure de faillite et vise les géants du secteur.

La page d’accueil d’«amoma.com» a été remplacée par une annonce de cessation d’activité.

La page d’accueil d’«amoma.com» a été remplacée par une annonce de cessation d’activité. Image: DR

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Depuis le 13 septembre, une réservation en cours sur amoma.com rime avec frustration pour des centaines de voyageurs. «Cessation d’activité – votre réservation va probablement être annulée», placarde le site proposant des nuitées d’hôtels à prix cassé. Rien d’autre.

Le service client sonne dans le vide, tout comme le siège genevois de la société lancée en 2014. Dans l’escalier de cet immeuble cossu donnant sur les quais, un responsable finit pourtant par lâcher quelques explications, alors que les rumeurs les plus folles se multiplient sur des sites dédiés aux hôteliers – arnaque, faillites précédentes des fondateurs – pas mécontents de ce naufrage. Refusant de donner son nom, ce dernier confirme que les 330 employés de la société dans le monde – les bureaux avec vue sur le Léman ne semblent guère à même d’en accueillir plus d’une dizaine – ont été «avertis» et qu’une procédure de liquidation doit être ouverte «la semaine prochaine». Une étape cruciale pour que ses fournisseurs – grossistes en nuitées notamment – mais aussi ses clients puissent faire valoir leurs droits.

«Dès que j’ai reçu le message, j’ai appelé l’hôtel où je dois me rendre, à Porto, le 1er octobre; on m’a répondu que la réservation était confirmée et que la facture serait envoyée à Amoma», explique un client genevois, inquiet des actions à mener. Sur les forums, beaucoup ne peuvent en dire autant et les témoignages de voyageurs indiquant que l’hôtel prévu ne confirme pas la réservation et dit «n’avoir rien reçu d’Amoma» se multiplient depuis huit jours.

«Les clients qui avaient réservé un séjour peuvent faire opposition au règlement en invoquant simplement un «service non rendu» auprès de la société exploitant leur carte de crédit», assure pourtant le responsable d’Amoma rencontré. Mais si la carte a été débitée, devront-ils régler leur chambre une deuxième fois sur place – au plein tarif cette fois – avant d’espérer un dédommagement, des semaines plus tard? In fine, c’est la banque d’Amoma qui «réglera le montant», répète ce dernier, pour qui «qu’il n’y aura pas de préjudice pour les clients».

Guerre des prix sans merci

Cette faillite intervient dans un climat très tendu. Sur son site paralysé, Amoma accuse de façon sibylline les grandes agences de voyages en ligne – la société ne cite pas explicitement les géants Expedia et Booking, qui ont fait main basse les enseignes les plus connues, de hotels.com à Trivago – qui lui auraient imposé des «conditions financières intenables». Selon le salarié rencontré, les avocats de la société envisagent une plainte auprès des autorités de la concurrence suisses et européennes, «pour abus de position dominante».

Ce naufrage ne serait que «la pointe de l’iceberg», estime de son côté le spécialiste Dori Stein, patron de la société israélienne de logiciels hôteliers Fornova.

Sur son site, ce dernier décrit comment que les agences de voyages les plus puissantes du Net se transforment, depuis un an, en «places de marchés» vendant les nuitées qu’elles ont négociées avec les hôtels mais aussi celles obtenues à prix réduit auprès de grossistes, comme le faisait jusque-là Amoma. Sans compter que «la plupart des hôtels gèrent aujourd’hui eux-mêmes leurs tarifs en fonction de la demande – notamment grâce à nos logiciels – afin de réduire le nombre de nuitées restant à disposition des grossistes», poursuit Dori Stein.

Selon lui, les chaînes hôtelières parviennent désormais à identifier à qui ces séjours sont revendus au final… avant de «prendre des mesures» pour qu’un bradeur comme Amoma n’y ait plus accès.

Créé: 20.09.2019, 20h23

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