Shell plie face aux investisseurs

PétroleLe pétrolier accepte de fixer des objectifs précis sur son empreinte carbone. Le salaire de ses dirigeants en dépendra en partie.

Jusqu’ici, le patron de Shell, Ben van Beurden, voulait éviter d’exposer le groupe à des risques juridiques.

Jusqu’ici, le patron de Shell, Ben van Beurden, voulait éviter d’exposer le groupe à des risques juridiques. Image: Sergio Moraes

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Les investisseurs font bouger les choses dans le monde du brut. Le groupe Royal Dutch Shell va fixer des objectifs précis de réduction de son empreinte carbone, qui figureront parmi les critères passés au crible lorsqu’il s’agira de fixer la rémunération de ses dirigeants. Un revirement complet pour le géant pétrolier, obtenu sous la pression de plusieurs actionnaires emblématiques, dont l’Église d’Angleterre et Robeco.

Si ses concurrents Total et BP s’étaient déjà engagés à fixer des objectifs précis, Shell s’était toujours opposé à cela. Son directeur général, Ben van Beurden, estimait qu’il n’était pas prudent de se profiler trop précisément dans ce domaine en raison des risques juridiques.

Le vent a tourné

Mais le vent a tourné. À partir de 2020, Shell fixera chaque année des objectifs en termes d’émissions de gaz polluants à trois ou cinq ans. Pourquoi cette décision? «Les investisseurs institutionnels ne se contentent plus de déclarations d’intentions mais veulent pouvoir mesurer la progression des entreprises sur les grands enjeux environnementaux et sociaux, confie Antoine Mach, directeur de l’agence ESG Covalence à Genève. En prévoyant de lier ces objectifs à la rémunération de ses dirigeants, Shell reconnaît qu’il s’agit d’un enjeu stratégique qui pénètre au cœur de la gouvernance de l’entreprise.»

D’UBS Asset Management à Calpers, la caisse de retraite des fonctionnaires californiens, les financiers institutionnels regroupés sous la bannière Climate Action 100+ s’étaient émus de voir le géant pétrolier ne fixer que de très vagues objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050.

Regroupant plus de 300 institutionnels totalisant 32 000 milliards de dollars sous gestion, la plateforme Climate Action 100+ veut pousser les gros pollueurs de la planète à réduire leurs émissions afin d’atteindre les objectifs fixés à la Conférence de Paris sur le réchauffement en 2015. Il s’agit de limiter la hausse des températures à 1,5 degré d’ici à 2100 (par rapport à l’ère préindustrielle).

Cette initiative vient à point nommé. Elle coïncide avec l’ouverture de la COP24, qui réunit jusqu’à la mi-décembre les représentants de 195 pays à Katowice, en Pologne, réunion cherchant à mettre en place des règles d’application strictes de l’Accord de Paris.

Les pétroliers savent qu’ils ne peuvent plus temporiser. La lutte contre le réchauffement met leur modèle d’affaires à risque. Le «Financial Times» note que les investisseurs sont de plus en plus inquiets pour les firmes pétrolières, et pas seulement pour leur rôle dans le réchauffement climatique, mais aussi parce que les projets pétroliers et gaziers risquent de se révéler non économiques dans un monde qui bascule vers les énergies renouvelables.

Alternatives au pétrole

Il faut dès lors trouver des alternatives. Aux États-Unis, ExxonMobil se profile dans les biocarburants à base d’algues et vise une production de 10 000 barils par jour d’ici à 2025. Chevron, lui, a fait de la captation du CO2 l’une de ses spécialités. En Europe, Total investit massivement dans l’énergie solaire et les batteries.

La compagnie pétrolière norvégienne Statoil, rebaptisée cet été Equinor, va même diriger de 15 à 20% de ses dépenses d’investissement à destination «de nouvelles solutions énergétiques», selon Luke Fletcher, analyste chez CDP, cité par «Les Échos». L’éolien en mer devient sa spécialité.

Ce chiffre est à mettre en relation avec l’ensemble du secteur. La transition vers les énergies vertes ne constitue qu’un petit 1,3% du total des dépenses en capital dans le monde. Un taux atteignant toutefois 7% en Europe, et qui va grimper avec la pression mise par les institutionnels sur les pétroliers.

(TDG)

Créé: 03.12.2018, 19h58

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