Schneider-Ammann lance son fonds d'innovation pour les PME suisses

FinancementL’ancien ministre de l’Économie, La Mobilière, UBS ou Credit Suisse veulent lever 500 millions de francs, notamment auprès des caisses de pension.

La task force du SwissEF (de g. à dr.): Urs Berger (La Mobilière), Peter Stähli, directeur du SwissEF, Johann Schneider-Ammann, Didier Denat (Credit Suisse) et Lukas Gähwiler (UBS).

La task force du SwissEF (de g. à dr.): Urs Berger (La Mobilière), Peter Stähli, directeur du SwissEF, Johann Schneider-Ammann, Didier Denat (Credit Suisse) et Lukas Gähwiler (UBS). Image: PETER SCHNEIDER/Keystone

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Un seul chiffre, avancé jeudi par l’ancien conseiller fédéral et père spirituel de la toute nouvelle Swiss Entrepreneurs Foundation (SwissEF) Johann Schneider-Ammann, résume à lui seul le problème qui touche l’innovation en Suisse: «Lorsqu’une start-up helvétique ou une PME active dans les secteurs d’avenir et qui atteint un certain stade de maturité cherche des fonds pour se développer et commercialiser ses produits y compris à l’international – généralement quelque 5 millions de francs –, ces dernières se voient, à 70%, financées par des investisseurs étrangers, au risque de voir leur savoir-faire et les emplois quitter à terme notre pays.» Avec le lancement d’un fonds d’investissement 100% suisse, qui ambitionne 500 à 600 millions de francs de dotation, c’est clairement l’inversion de cette tendance que vise ce partenariat privé-public tout à fait inédit.

Certes, l’accouchement fut long: près de deux ans. «Il a fallu recueillir et établir un nombre incalculable de documents pour obtenir l’agrément de la FINMA (ndlr: Autorité de surveillance des marchés)», raconte Urs Berger, président de l’assurance La Mobilière. «Nous sommes effectivement partis de zéro», ajoute Didier Denat, responsable de la division Corporate et Investment Banking chez Credit Suisse (Suisse). Et pour cause. Johann Schneider-Ammann, qui était encore conseiller fédéral en charge de l’Économie, a impérativement voulu que ce fonds de capital-risque soit de droit suisse, ce qui n’existe presque pas dans notre pays. «Nous avons dû pratiquement tout débroussailler pour répondre aux existences réglementaires de la FINMA.» Ce fut chose faite la semaine dernière.

Jeudi, la SwissEF, dont le but est de soutenir les start-up suisses et les PME innovantes durant leur phase de croissance «pour qu’elles se développent et créent des emplois en Suisse plutôt qu’à l’étranger», affirment Johann Schneider-Ammann et son successeur à la tête du Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche, Guy Parmelin, a franchi un pas de géant. Son bras financier, le Swiss Entrepreneurs Fund, a enfin vu le jour.

Son objectif: atteindre un montant de 500 millions de francs. «Avec 100 millions de francs investis et en tant qu’investisseur principal, La Mobilière joue un rôle clé dans l’orientation stratégique de la fondation», affirme Urs Berger. À côté d’elle, UBS et Credit Suisse ont marché main dans la main – une première – pour créer non seulement ce véhicule d’investissement en capital-risque, mais surtout pour conseiller leurs gros clients privés et les caisses de pension helvétiques de placer une petite partie de leurs avoirs dans les jeunes pousses innovantes suisses.

Le danger de l’adolescence

«Ce qui manque en Suisse, explique pour sa part Lukas Gähwiler, président d’UBS Suisse, ce ne sont plus tant des investisseurs de départ, lorsqu’une personne veut créer une entreprise. Des véhicules financiers ainsi que des mises de fonds personnelles ou des prêts octroyés par les proches permettent aujourd’hui assez aisément de se lancer.» Non, ajoute-t-il, aujourd’hui, la phase la plus périlleuse pour une jeune pousse est celle de la croissance, où un entrepreneur doit passer de quelques dizaines, voire centaines de milliers de francs de chiffre d’affaires à plusieurs millions, où rien n’est encore gagné, surtout pas la conquête de nouveaux marchés, tant en Suisse qu’à l’étranger, mais où peu d’acteurs bancaires, de caisses de pension, voire de gros clients privés n’osent se risquer. «Leur regard, en Suisse, reste encore très prudent», nous explique Didier Denat, de Credit Suisse, qui compte quelque 100 000 PME helvétiques parmi ses clients. Au sein de la grande banque, le Genevois sait de quoi il parle, lui qui fut longtemps responsable de ce type d’investissements dans les sociétés innovantes à Londres. «Aux États-Unis, par exemple, les fonds de pension consacrent entre 7 et 10% de leur fortune dans ces placements alternatifs. En Suisse, ces investissements ne représentent encore qu’une part infime par rapport à la pierre, par exemple.»

Ce nouveau mégafonds va intervenir de deux façons différentes: soit en investissant directement dans le capital-actions d’une start-up, soit en prenant des parts dans des fonds de capital-risque déjà existants, avec une très grande priorité donnée aux sociétés suisses. Les secteurs privilégiés seront la santé, la mécanique de précision et le numérique. L’appel à l’investissement «patriotique» est lancé.

Créé: 07.02.2019, 20h19

Deux licornes lémaniques sans Suisses

Pour attirer les 400 millions de francs manquants, le nouveau Swiss Entrepreneurs Fund n’a rien d’une initiative philanthropique. Les filiales helvétiques d’UBS et de Credit Suisse vont mettre à disposition toutes les compétences en matière de gestion de fonds de capital-risque, ainsi que leurs immenses réseaux de clients. Mais pour ce faire, affirment de concert Lukas Gähwiler et Didier Denat, «il faut rétribuer les investisseurs prêts à prendre des risques», c’est-à-dire à voir ces PME innovantes – où le taux de mortalité dépasse les 50% durant les cinq premières années – disparaître. Tous deux visent donc un rendement annuel de 10 à 15%, un objectif jugé «raisonnable et compétitif par rapport à des fonds concurrents». Et, surtout, apte à attirer les caisses de pension helvétiques encore frileuses dans la diversification de leur allocation d’actifs.

On joue donc le gagnant-gagnant, tant pour les investisseurs que pour les jeunes pousses suisses. Didier Denat nous présente ainsi deux exemples de petites licornes lémaniques, toutes deux issues de l’écosystème de l’EPFL – MindMaze et Sophia Genetics –, qui font aujourd’hui la fierté de la Suisse, mais qui n’ont pas reçu un centime helvétique pour leur développement mondial.

En 2016, MindMaze, fondée en 2012 et qui combine neurosciences et réalité virtuelle, a ainsi levé 100 millions de francs auprès de Hinduja Group, d’origine indienne. Depuis sa création en 2011, Sophia Genetics, spécialisée dans l’analyse des données génétiques, a déjà levé 140 millions de dollars, dont le dernier tour de table de 77 millions de dollars en janvier dernier. Mais, là aussi, point de Suisses: l’opération a été menée par la société de placements durables britannique Generation Investment Management et souscrite notamment par les fonds anglais Balderton et Invoke Capital et par l’entrepreneur belge Marc Coucke.

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