Un scandale de «scalp» boursier passe par Genève

FinanceUne arnaque sur de petites sociétés aurifères mises à jour par la justice américaine a fait appel à deux banques suisses et un gérant genevois.

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«Avec Southern USA Resources, vous avez une chance d’empocher rapidement des gains de 3193%». Simpliste, le message diffusé au début de l’année 2013 à partir de la Floride a pourtant fonctionné à merveille. «Ne laissez pas passer les trains, les actions Goff assurent des plus-values considérables pour les premiers servis», martelait un autre publipostage parti d’une agence de communication ouverte non loin des plages de Boca Raton.

Des gogos ont mordu à l’hameçon. L’ancien comptable à l’origine des courriers a réalisé sur leur dos des gains illicites de plus de 1,2 million de dollars. Une partie de l’argent a transité par le compte de deux banques suisses – l’une basée à Genève, l’autre à Lugano. Et ce, avec l’aide d’une société de gestion d’actifs également genevoise, révèle une plainte déposée à la fin de février par la SEC, la police boursière américaine. L’homme de 46 ans a été arrêté jeudi dernier en Floride. Il risque jusqu’à 25 ans de prison. À Berne, l’Office fédéral de la justice dit n’avoir reçu aucune demande de coopération judiciaire sur cette affaire qui mène jusqu’aux confins de l’Alabama.

C’est dans cet État du «Deep South» que se cachait la mine d’or de la Southern USA Resources, un filon «gigantesque» selon les prospectus diffusés il y a quatre ans. C’est le versant créatif de la carambouille. Auparavant, il aura fallu que son concepteur acquière en Bourse un maximum d’actions de cette société aurifère oubliée – elles ne valent rien. Ensuite, il a dû faire assez de battage pour que le peuple des boursicoteurs commence à les acheter et à les faire sortir de leur coma. Facile pour un homme dont le métier consiste, depuis 1998, à promouvoir des valeurs oubliées de la Bourse. Dans le cas de Southern USA Resources, un catalogue de 16 pages a été imprimé à un million d’exemplaires. Le «scalp» des victimes, selon l’expression consacrée à Wall Street, peut alors commencer. La dernière étape consiste à se débarrasser de ces actions qui ne vaudront jamais rien. Incognito.

Voilà pour la théorie. La pratique, décrite en détail par la SEC, nécessite d’autres talents, notamment pour ne pas apparaître sur les écrans radars. Grâce à la mise en place d’un circuit de paiements. Ou d’un réseau de sociétés écrans – échafaudé à partir de Genève – masquant le bénéficiaire des opérations boursières.

Celui qui travaillait dans une grande firme d’audit dans les années 90 a eu le temps d’affiner son système. L’homme a «régulièrement utilisé les services de la société suisse de 2005 à 2015», décrit ainsi la SEC. Des gérants genevois qui se chargeront, par la suite, de régler en toute discrétion la résidence balnéaire de l’éditeur véreux sur la côte Pacifique du Nicaragua. Et c’est d’un compte suisse que seront payées, par carte Visa, ses dépenses lors d’un séjour à Bali en 2015.

Cette année-là, la belle mécanique tournait toujours. Ce n’était alors plus l’eldorado de l’Alabama qui était promu au fil des courriers, mais celui de la marijuana «médicale». La mine des collines de Talladega avait, elle, mis un cadenas à son grillage et remercié ses ouvriers depuis longtemps.

(TDG)

Créé: 13.03.2018, 21h08

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