Sanctions et cyberattaques redoublent contre Téhéran

Guerre économiqueWashington retient ses escadrilles mais place l’Iran sous pression maximale. L’écroulement de la production de brut accule le régime.

Après les révélations de l’annulation in extremis, jeudi, de frappes de l’US Air Force contre des cibles en République islamique, la presse américaine a révélé au cours du week-end le feu vert donné par la Maison-Blanche à des représailles sous forme de cyberattaques.

Après les révélations de l’annulation in extremis, jeudi, de frappes de l’US Air Force contre des cibles en République islamique, la presse américaine a révélé au cours du week-end le feu vert donné par la Maison-Blanche à des représailles sous forme de cyberattaques. Image: Keystone

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Mêlant guerre informatique et feu roulant de sanctions économiques, la pression américaine sur Téhéran s’accroît par paliers depuis une semaine, sur fond de guerre psychologique par médias interposés. Un nouvel accès de fièvre qui fait craindre un embrasement, alors que Téhéran indique que les dernières mesures prises par les États-Unis entraînent «la fermeture définitive du canal diplomatique».

Lundi soir, Washington a annoncé mettre en place des sanctions visant le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, ainsi que le chef de la diplomatie, Mohammad Javad Zarif – pourtant considéré comme l’homme de la détente avec l’Occident. Le secrétaire d’État américain au Trésor, Steven Mnuchin, a prévenu que Washington allait geler «des milliards de dollars» d’avoirs iraniens supplémentaires. «La combinaison des sanctions et d’autres pressions amènera l’Iran à la table» des négociations, déclarait mardi à Jérusalem le conseiller à la Sécurité nationale de la Maison-Blanche, John Bolton, en pleine tournée auprès des rivaux de l’Iran dans la région.

Un peu plus tard, Téhéran a répliqué en annonçant, selon l’agence Fars, son intention de s’affranchir, dès le 7 juillet, de deux autres engagements pris sur la limitation de son programme nucléaire, dissolvant un peu plus l’accord historique signé en 2015 avec l’Occident.

Escalade de cyberattaques

Après les révélations de l’annulation in extremis, jeudi, de frappes de l’US Air Force contre des cibles en République islamique, la presse américaine a révélé au cours du week-end le feu vert donné par la Maison-Blanche à des représailles sous forme de cyberattaques. Selon le «Washington Post», elles visaient les ordinateurs contrôlant le lancement des missiles iraniens, le site Yahoo! News évoquant un réseau de surveillance de la noria de supertankers doublant le détroit d’Ormuz. «Nous faisons face de longue date au cyberterrorisme, comme [le virus] Stuxnet, [et nous] avons neutralisé l’an dernier 33 millions d’attaques», a réagi le ministre iranien des Télécoms, selon la chaîne Al Jazeera.

Ces tentatives de désactiver les serveurs de Téhéran auraient été déployées par l’état-major américain à la suite d’attaques ayant ciblé deux pétroliers, il y a dix jours, près d’un détroit qui reste le principal point chaud des routes du brut. Mardi encore, les États-Unis ont appelé leurs alliés – Arabie saoudite et Émirats en tête – à former une coalition afin de protéger les navires circulant dans le golfe Persique.

Patron de ZENData à Genève, Steven Meyer dit craindre une escalade dans ce conflit cybernétique. Ce dernier évoque une augmentation sensible depuis le week-end dernier de l’envoi par l’Iran de logiciels dits «wipers» – destinés à effacer les données des serveurs – contre les infrastructures américaines. Une tactique similaire avait été mise en place en 2012 lors d’une cyberattaque «désastreuse» contre Aramco, le bras pétrolier de l’Arabie saoudite.

«Aujourd’hui, les cyberattaques sont considérées par l’OTAN comme des opérations en zone de combat», prévient le patron de cette société de cybersécurité, qui rappelle que l’armée israélienne y a répondu par des bombardements par le passé. Cet expert s’interroge sur cette démonstration de force des États-Unis. Cela «dévoile leurs capacités à désactiver les systèmes de missiles iraniens et pourrait attirer l’attention sur d’autres agents informatiques dormants (Advanced Persistent Threat, APT) qui y ont été placés.»

Embargo pétrolier total

Au-delà des mesures visant les avoirs des caciques du régime, le cœur des sanctions américaines vise, depuis le 5 novembre, un secteur pétrolier vital pour l’Iran. En avril, Washington a annulé les dérogations accordées aux huit derniers pays encore autorisés à acheter du pétrole iranien.

Les raffineries italiennes et grecques qui en bénéficiaient avaient déjà réduit quasi à zéro leurs achats. Selon le «Moscow Times», la Russie est prête à aider financièrement l’Iran dans ses exportations de pétrole si le mécanisme Instex promis par les Européens pour tenter de sauver l’accord de 2015 sur le nucléaire n’est pas mis en place.

«Nous les pousserons à zéro», avait claironné le secrétaire d’État Mike Pompeo en avril, au sujet des exportations de pétrole iranien. L’agence Reuters estime que l’Iran ne parvient plus à expédier à l’étranger que 0,3 million de barils de brut par jour. Le pays recelant les troisièmes réserves pétrolières du monde n’exporterait ainsi guère plus que ce qui est nécessaire à un pays comme l’Autriche.

Production au plus bas

«La destination finale du pétrole iranien est devenue plus difficile à établir depuis que la compagnie pétrolière nationale – la NIOC – a ordonné l’extinction des systèmes de navigation satellite» de ses supertankers, décrivait il y a dix jours l’Agence internationale de l’énergie dans son dernier pointage. «La plupart des barils doivent arriver en Asie – difficile de savoir où –, une partie étant probablement stockée dans des réservoirs», décrit l’agence.

Face à ces difficultés d’écoulement du brut, le rythme d’extraction des puits iraniens continue de plonger. Selon l’Agence internationale de l’énergie, il était limité en mai dernier à 2,4 millions de barils par jour – son plus bas niveau depuis la guerre avec l’Irak au début des années 1980. Cette production ne dépasse plus que faiblement les 2,1 millions de barils dont a besoin chaque jour le pays pour ses propres besoins.

Créé: 25.06.2019, 20h21

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