Le retour du franc fort?

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Le petit monde de la finance attend avec une certaine fébrilité ce que la direction générale de la Banque nationale suisse va annoncer jeudi, à l’occasion de sa conférence de presse trimestrielle de décembre. Les exégètes de la politique monétaire helvétique ne s’attendent pas à de grands changements et prédisent que la BNS va maintenir le cap qu’elle suit avec constance depuis des mois. On perçoit néanmoins ici et là des premiers appels à un resserrement des liquidités plus rapide que celui auquel l’Institut d’émission semble se préparer, avec un premier relèvement des taux programmé, dit-on, pour l’an prochain.

La marche à suivre, qu’on le veuille ou non, dépend en bonne partie de ce qui se décide à Francfort

L’impatience, de fait, grandit chez ceux qui considèrent que la politique actuelle de la BNS cause plus de problèmes qu’elle n’en résout. À leurs yeux, la défense d’un taux de change plus bas que nature (de l’ordre de 1,15 franc pour un euro) au prix d’achats massifs de devises à chaque pression à la hausse du franc, assortis du taux négatif frappant les avoirs à vue des banques auprès de la Banque centrale, se paie trop cher. Ils accusent ce dispositif, responsable du niveau extrêmement bas des taux d’intérêt toutes échéances confondues, d’avoir entretenu la bulle immobilière, favorisé l’exubérance boursière, fragilisé les banques qui vivent – essentiellement, pour certaines d’entre elles – de la marge d’intérêts et dépossédé les créanciers, qu’ils soient petits (les épargnants) ou grands (les fonds de pensions et les assureurs).

Cela fait beaucoup de reproches, plus bruyants en tout cas que le point de vue opposé que s’emploient à défendre ceux à qui un franc fort rend la vie dure, savoir les exportateurs, les hôteliers et les détaillants victimes du tourisme d’achat. D’autant que l’on commence à faire valoir, dans le camp des partisans d’un retour sans retard à des taux d’intérêt plus normaux, que l’économie se porte bien et supporterait du coup un franc plus fort. Tel est par exemple l’avis d’un Rudolf Minsch, l’économiste en chef d’EconomieSuisse – l’organisation faîtière du grand patronat helvétique – ou encore celui d’un Kurt Schiltknecht, qui occupait les mêmes fonctions à la Banque nationale du temps où celle-ci, sous la houlette d’un directoire présidé par Fritz Leutwiler, rompit avec les changes fixes. Ce sont là des poids lourds de l’intelligentsia financière alémanique, qui ont sans doute raison à certains égards, mais passent sous silence ce que les périodes prolongées de surévaluation du franc ont coûté en termes de croissance perdue et de désindustrialisation du pays.

En somme, on retrouve là le débat qui a opposé de manière récurrente place financière et place industrielle suisse depuis la «libération» du cours du franc et son envolée subséquente. Débat futile diront certains, inexistant même selon d’autres, tant les liens entre finance et industrie sont inextricables. Ce qui est sûr, c’est que la voie est étroite entre une politique monétaire trop généreuse et un retour rapide à l’orthodoxie qui ferait à nouveau basculer l’économie dans la récession.

Sans compter qu’en définitive la marche à suivre, qu’on le veuille ou non, dépend en bonne partie de ce qui se décide à Francfort, où la BCE pourrait bien réserver quelques surprises à ceux qui, comme chez nous, trouvent que cela a trop duré («Zu lange negativ», écrivait la FAZ la semaine dernière). Alors, retour d’un franc (trop) fort?

Créé: 11.12.2018, 19h13


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