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Une rencontre secrète s’est tenue à Genève pour contrer Trump

Des représentants de l’UE, du Canada, du Japon, du Mexique et de la Corée du Sud ont posé les jalons d’une riposte commune.

Preuve des inquiétudes du secteur: Daimler, qui produit les Mercedes, affiche un bénéfice net sur un an en chute de 30%.
Preuve des inquiétudes du secteur: Daimler, qui produit les Mercedes, affiche un bénéfice net sur un an en chute de 30%.
REUTERS

Ils étaient tous là. Ça avait le goût et la couleur d’une rencontre au sommet sous les ors de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), mais cela n’en était pas une. Mercredi, le ministre adjoint canadien au Commerce international, Timothy Sargent, son homologue japonais aux Affaires étrangères, Kazuyuki Yamazaki, le sous-secrétaire d’État mexicain au Commerce extérieur, Juan Carlos Baker, et le directeur général au Commerce de l’Union européenne, Jean-Luc Demarty, se sont rencontrés à Genève, dans un lieu secret, pour discuter des mesures communes à prendre au cas où le président états-unien, Donald Trump, déciderait de taxer à hauteur de 25% les importations de voitures étrangères aux États-Unis.

«On se prépare au pire»

Avec la Corée du Sud, tous les gros pays producteurs d’automobiles ont, mercredi, décidé «de partager leurs points de vue et des éventuelles options à prendre», a déclaré à Bloomberg le Mexicain Juan Carlos Baker, à l’issue du meeting de Genève. Prudence dans le langage, et pour cause. Fort logiquement, les États-Unis n’étaient pas conviés et tous les acteurs de cette alliance de circonstance veulent encore croire qu’un accord sur l’automobile pourra être trouvé. Officiellement, donc, il n’y a pas eu de sommet de crise antiaméricain, mais juste des discussions sur divers sujets liés au libre-échange, auxquelles le directeur général de l’OMC, Roberto Azevedo, a d’ailleurs partiellement pris part.

Mais, officieusement, tous «ont décidé de se préparer au scénario du pire», affirme un membre de la délégation sud-coréenne. Qu’en est-il ressorti? Aucune décision, à ce stade, n’a été prise, mais les options d’une plainte commune contre les États-Unis devant l’OMC, voire des mesures communes de représailles, ont bel et bien été abordées. En cette fin de juillet, les membres de cette «alliance» destinée à sauver leur industrie automobile attendent juste de voir si l’administration Trump va activer ou non la «section 232» de la Constitution des États-Unis, qui lui permet de fermer les frontières du pays si la sécurité nationale est menacée.

Cette «section 232» a ainsi déjà «autorisé» Washington à hausser les taxes douanières sur l’acier et sur l’aluminium, respectivement à hauteur de 25% et 10%, une décision qui a récemment poussé la Suisse à poser plainte contre les États-Unis devant l’OMC. La décision concernant un droit de douane à 25% sur les voitures étrangères pourrait tomber durant ce mois d’août, voire en septembre. Ainsi, pour l’Union européenne – qui représente des pays aussi exposés à l’industrie automobile que l’Allemagne, la France ou l’Italie –, le Japon, la Corée du Sud, le Canada et le Mexique, il est certes encore temps d’attendre un peu, mais minuit moins cinq a sonné. Tous ensemble, ils exportent en effet annuellement pour un montant de quelque 1000 milliards de dollars de voitures dans le monde, dont un tiers outre-Atlantique.

Dès lors, un seul coup de frein américain et ce serait l’ensemble d’une industrie, sur laquelle les nuages s’amassent déjà, qui tousserait très, très fort. «Les éléments ne manquent pas pour se faire peur face à ce secteur: le Brexit, Trump, les nouvelles normes d’homologation européennes, les objectifs CO2 ou les conséquences du diesel», affirme ainsi Gaëtan Toulemonde, analyste chez Deutsche Bank, dans «Les Échos».

Secteur automobile saturé

Et, pour le coup, la trêve signée la semaine dernière entre le président états-unien et celui de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, n’y change rien. Certes, elle lève provisoirement certains nuages, puisque l’Union européenne et les États-Unis visent à nouveau un accord transatlantique «avec zéro tarif douanier» dans l’industrie ou l’énergie. Mais, pour l’heure, ce dernier ne concerne pas l’automobile. «Nous continuons nos investigations quant à savoir si les importations de voitures représentent une menace pour notre sécurité nationale, a ainsi affirmé le ministre états-unien au Commerce, Wilbur Ross, le 26 juillet. Nous suspendons juste une potentielle hausse des taxes d’importation tant que les négociations avec l’UE seront en cours.» Incertitudes politiques persistantes, normes environnementales accrues ou saturation du marché automobile: le secteur présente en tout état de cause les premiers signes de nervosité en cette moitié d’année 2018. La semaine dernière, les constructeurs General Motors, Ford, Daimler, Nissan, Fiat Chrysler et Hyundai ont ainsi tous annoncé de mauvaises nouvelles lors de leurs résultats semestriels. Les américains GM et Ford – qui va lancer un énorme plan de restructuration – ont prévu une baisse de leurs objectifs 2018, due notamment aux mesures de rétorsion de la Chine sur les produits états-uniens. L’allemand Daimler, qui produit les Mercedes, affiche quant à lui un bénéfice net sur un an en chute de 30%, tandis que le franco-japonais Nissan a vu ses ventes aux États-Unis plonger de 10% en six mois.

Or donc, si la réunion de mercredi à Genève n’était pas un meeting au sommet, elle ressemble fortement à un sommet de crise.

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