«Les raisons de notre implantation aux États-Unis sont tout sauf fiscales»

TechnologieÀ l’heure du protectionnisme, André Kudelski livre sa vision des enjeux économiques et des défis technologiques du moment.

André Kudelski, patron du groupe, passe en moyenne 30% de son temps au siège de Cheseaux-sur-Lausanne.

André Kudelski, patron du groupe, passe en moyenne 30% de son temps au siège de Cheseaux-sur-Lausanne. Image: Patrick Martin

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Kudelski négocie son virage américain. Voici deux ans, l’entreprise vaudoise spécialisée dans la télévision numérique, les systèmes d’accès, l’internet des objets et la cybersécurité a implanté un deuxième siège en Arizona. Plus de 800 personnes sont aujourd’hui actives sur ses différents sites aux États-Unis, soit un nombre équivalent au total d’employés du site historique de Cheseaux. Du protectionnisme de Trump aux défis posés par une installation aux États-Unis, le point avec André Kudelski, président et directeur général de la firme.

Vous êtes aujourd’hui à Cheseaux-sur-Lausanne. En termes de géographie, comment se déroule une semaine type pour vous?

Je passe en moyenne 30% de mon temps ici. Je suis le reste du temps aux États-Unis ainsi que sur les divers sites du groupe à travers le monde.

Qu’implique au plan fiscal l’implantation d’un siège aux États-Unis?

Les raisons de l’implantation de notre siège américain sont tout sauf fiscales. La vraie motivation est liée aux débouchés pour les technologies que nous développons, que cela soit dans le domaine de la TV digitale, de la cybersécurité, de l’internet des objets ou des systèmes d’accès public. Dans ces domaines, le marché américain est de loin le plus dynamique de la planète.

Et pour vous qui êtes établi en Arizona, à titre personnel?

Vous savez, chaque fisc a sa spécificité. Je paie des montants importants en Suisse et aux États-Unis.

Pourquoi avoir choisi les États-Unis plutôt que la Chine?

Si les deux pays sont dynamiques et offrent les meilleures perspectives en matière de technologies numériques, les États-Unis restent nettement plus ouverts et donc accessibles. Cela se serait avéré beaucoup plus compliqué d’établir un siège en Chine.

Vous mettez en avant l’ouverture américaine. N’est-ce pas un peu paradoxal alors que l’administration Trump dresse des barrières protectionnistes à ses partenaires économiques?

J’ai le sentiment qu’à sa façon, le président Trump essaie de rééquilibrer un certain nombre de choses. J’ai aussi l’impression qu’il s’agit d’une posture pour commencer à négocier en position de force avec la Chine et l’Europe qui, elles aussi, ont leurs barrières, peut-être plus discrètes mais bien réelles.

Vraiment?

Oui, l’Union européenne est plus fermée qu’elle n’en a l’air. Il est facile pour une société suisse d’investir ou de s’implanter aux États-Unis, alors qu’il y a toutes sortes d’éléments qui bloquent dans les pays de l’Union européenne.

Vous auriez un exemple?

En matière de télévision numérique, nous avons conclu nos premiers contrats aux États-Unis. Il a ensuite fallu des années avant de pouvoir investir ce segment en Europe, en raison des contraintes légales et de la fragmentation du marché, ou plutôt des marchés.

Que diriez-vous à un actionnaire pour le convaincre d’acheter une action Kudelski, dont le prix a beaucoup baissé ces dernières années?

Je lui demanderais ce qu’il recherche. Si c’est un retour sur un investissement à court terme, ce n’est sans doute pas le bon moment d’investir, en raison de la volatilité d’un titre comme le nôtre. Une volatilité liée aux risques que nous sommes prêts à prendre.

Pourquoi?

Le groupe se transforme, adapte ses structures pour mieux saisir les opportunités et construire des bases solides pour l’avenir. Nos investissements s’inscrivent dans le moyen et le long terme. Je suis personnellement convaincu de notre potentiel, avec de bonnes perspectives de croissance, en particulier dans la cybersécurité et l’internet des objets. Mais l’investisseur devra probablement faire preuve de patience.

Êtes-vous impliqué dans la sécurité Internet du WEF à Davos?

Sans entrer dans les détails, nous sommes effectivement un partenaire stratégique du WEF.

En quoi consiste exactement votre offre dans le domaine de la cybersécurité?

Nous proposons du conseil, notamment technologique, et des services dits «managés», qui permettent de gérer à distance la sécurité des réseaux de nos clients.

Pratiquement, que cela implique-t-il?

Il faut être capable de mesurer les risques qui pèsent sur un système informatique et, le cas échéant, pouvoir contre-attaquer. Préventivement, il faut aussi pouvoir appréhender l’impact que peut avoir une cyberattaque – telle que WannaCry – sur une organisation et ses données.

Du coup, la protection des données est centrale. Des projets dans ce segment?

Nous offrons aussi des solutions dans ce domaine. Nous allons commercialiser avant la fin de l’année une capsule hypersécurisée permettant à une société d’isoler, dans un «coffre-fort numérique», ses données sensibles du reste de ses données. Ces dernières, elles, restent stockées dans un système informatique classique ou dans le cloud.

Qui sont vos clients dans le domaine de la cybersécurité?

Ce sont aussi bien des multinationales, de grosses PME et des organisations internationales que des administrations publiques.

Pourriez-vous imaginer fusionner avec une autre firme?

Nous investissons chaque année près de 200 millions de dollars dans la recherche et le développement dans le but de rester un acteur important sur nos marchés. Nous avons une solide marge de développement à l’interne et avons l’intention de garder notre indépendance.

Pensez-vous qu’il sera toujours aussi facile d’attirer les compétences de l’EPFL avec un modèle qui bascule vers les États-Unis?

Je pense même que c’est un avantage. Nous sommes toujours arrivés à attirer les meilleurs. Nous recherchons des personnes ouvertes d’esprit, souvent désireuses d’effectuer une carrière à l’étranger. À côté de la Suisse, nous pouvons ainsi leur proposer une carrière internationale avec des étapes dans plusieurs régions très attractives, telles que les États-Unis, l’Australie, l’Amérique latine ou l’Asie.

En matière de télévision numérique, craignez-vous la compétition de Netflix?

Netflix et les autres acteurs du secteur sont des partenaires. Il y a une redistribution des cartes, les modes de consommation changent. Internet a amené une fragmentation du marché de la télévision numérique. Mais nous avons su faire évoluer notre offre et proposons des solutions – sur télévision, smartphone, tablette ou ordinateur – qui permettent aussi bien au «geek» qu’à un utilisateur de base de s’y retrouver face à la multitude des offres. Cela permet notamment de ne pas payer deux fois pour un même contenu, comme cela peut arriver parfois sans que l’on ne s’en rende compte.

Comment s’articulera votre société dans cinq ans?

En termes de répartition du chiffre d’affaires, il est fort probable que les secteurs de la cybersécurité et de l’internet des objets auront dépassé ceux de la TV numérique et de l’accès public.

Créé: 30.03.2018, 20h16

L’internet des objets monte en puissance

L’internet des objets est en croissance. Qu’est-ce qui se cache derrière ce concept?

De nombreux domaines et objets sont aujourd’hui connectés: les avions, les voitures, les hôpitaux… Dans le domaine médical, les technologies de monitoring permettront par exemple à un malade connecté à un hôpital de recevoir, à distance, le bon dosage d’un produit en fonction de l’évolution de son état de santé. Cela offre une réelle amélioration de la qualité de vie. Mais il faut que la liaison soit sécurisée, et c’est là que nous intervenons.

Ces objets ne fonctionnent donc pas de manière autonome. Êtes-vous présent dans le domaine des objets doués d’autonomie?

Nous développons des algorithmes dans le cadre du développement d’objets autonomes, dont le fonctionnement ne repose pas sur une liaison Internet. Cela peut être déterminant en médecine, où un problème de liaison Internet peut avoir des conséquences graves.

Peut-on s’attendre à une cession de certaines activités, notamment dans le domaine de l’accès public, activité moins tournée vers les technologies de pointe (accès au ski, etc.) que la cybersécurité?

Non. Au contraire, les synergies avec notre division de systèmes d’accès public sont de plus en plus importantes. Vous pouvez imaginer une voiture autonome, qui serait connectée à un système de reconnaissance du numéro de plaques lui permettant d’entrer dans les parkings. On a donc là un objet autonome, sécurisé par nos technologies développées pour l’internet des objets, utilisant un accès sécurisé, développé par notre entité Skidata, pour entrer dans un parking. N.P.

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