Le procès de Christine Lagarde commence lundi

FranceLa patronne du FMI comparaît devant les juges pour «négligence». L’ex-ministre risque un an de prison.

Malgré l’affaire Tapie en cours, le FMI n’a pas hésité, en juillet 2016, à maintenir la Française Christine Lagarde pour un deuxième mandat de directrice générale.

Malgré l’affaire Tapie en cours, le FMI n’a pas hésité, en juillet 2016, à maintenir la Française Christine Lagarde pour un deuxième mandat de directrice générale. Image: Reuters

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Christine Lagarde répondra dès lundi de l’arbitrage très favorable rendu en faveur de Bernard Tapie devant la Cour de justice de la République. Cette instance est la seule chargée de juger les ministres pour des faits commis dans l’exercice de leurs fonctions.

Christine Lagarde est soupçonnée de «détournement de fonds publics commis par un tiers et résultant de (sa) négligence». L’ex-ministre de Nicolas Sarkozy, aujourd’hui à la tête du Fonds monétaire international (FMI), risque une peine allant jusqu’à un an de prison et 15 000 euros d’amende.

«Franchement, est-ce que j’ai une tête à être copine avec Bernard Tapie?» Par cette formule, lapidaire, Christine Lagarde a balayé, lors d’une première audience, les soupçons de collusion avec l’homme d’affaires et vedette médiatique Bernard Tapie. Il n’en reste pas moins que la décision de la ministre de l’Economie de faire appel en 2008 à un arbitrage privé pour solder cette affaire, et ce contre l’avis de sa propre administration, reste un mystère.

Selon les considérants de la Cour de justice, il apparaît que Christine Lagarde a agi de manière «précipitée», «sans étude préalable» ou encore «sans avoir consulté le service juridique de son ministère». Les magistrats ont même souligné que les explications «peu convaincantes, sinon affligeantes», de Christine Lagarde et son attitude face au dossier témoignaient «d’une précipitation et d’une légèreté constitutives de graves négligences de la part d’un ministre chargé de la conduite des affaires de l’Etat».

Gros mystère

Mystère d’autant plus épais que cette affaire est quasi la seule tache dans le CV de cette Parisienne de naissance (un 1er janvier 1956) et ayant grandi au Havre. Christine Lagarde, née Lallouette, est la première femme à diriger le cabinet d’avocats Baker & McKenzie. Elle sera encore la première femme ministre des Finances et encore la première femme à diriger le FMI. Un parcours presque sans faute. Celui-ci démarre par le sport, avec un titre de vice-championne de natation synchronisée, alors qu’elle a 15 ans. Cette femme toujours élégante dans ses tailleurs Chanel continue d’ailleurs à pratiquer la natation dès qu’elle le peut.

Et si Christine Lagarde a hérité lors de son passage au gouvernement du surnom de «Christine Lagaffe», c’est surtout pour des erreurs de communication. Ainsi, malgré cette affaire Tapie en cours, le FMI n’a pas hésité, en juillet 2016, à maintenir la Française pour un deuxième mandat de directrice générale.

«Il ne nous paraît pas approprié de commenter une affaire en cours devant la justice française. Néanmoins, le conseil d’administration du FMI continue d’exprimer sa confiance dans la capacité de la directrice générale de s’acquitter efficacement de ses fonctions», a communiqué l’instance qui représente tout de même 189 Etats. Bref, Christine Lagarde est une pionnière qui n’a connu aucun faux pas et qui passe encore pour une femme d’écoute et d’ouverture.

Dès lors, aurait-elle ainsi été instrumentalisée? Le nom de l’ex-chef d’Etat Nicolas Sarkozy est ainsi régulièrement cité dans cette affaire Tapie, sans que rien, à part l’amitié qui lie les deux hommes, ne puisse les relier. La justice a aussi perquisitionné l’appartement de Claude Guéant, le secrétaire général de l’Elysée lors du quinquennat de Nicolas Sarkozy.

Allusions sur un fusible

La presse de gauche, dont Libération, persiste dans les allusions qui font de Lagarde un fusible dans un vaste système de collusions d’intérêts. Hypothèses. Chose certaine en revanche: les avocats de Christine Lagarde vont demander dès l’ouverture le report du procès car l’existence même du détournement de fonds publics, la transaction Adidas en 1993, n’est pas établie par tous.

(TDG)

Créé: 09.12.2016, 19h32

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L’affaire Tapie devient l’affaire Lagarde

1993 Adidas est vendu par Bernard Tapie pour 315,5 millions d’euros à un groupe d’investisseurs dont le Crédit Lyonnais, alors sous contrôle public. Comme Bernard Tapie s’était financé auprès du Crédit Lyonnais, l’établissement se trouve être
à la fois l’actionnaire et le vendeur. La banque en profite pour l’acheter au prix minimum et ensuite la revendre au prix fort. Bernard Tapie dénonce la vente et réclame au Crédit Lyonnais les 229 millions d’euros de plus-value dégagés lors de la cession. En 1998, il réclamera 990 millions d’euros pour «montage frauduleux».

2008 Après des années de procédures, la ministre de l’Economie Christine Lagarde invoque la nécessité de mettre fin à une procédure judiciaire longue et coûteuse. C’est un tribunal arbitral, instance privée, qui condamne le CDR (organisme public gestionnaire du passif du Crédit Lyonnais) à verser 403 millions d’euros à Bernard Tapie. Le Ministère de l’économie renonce à tout recours.

2011 Ouverture d’une enquête sur Christine Lagarde pour «complicité de faux» et
«complicité de biens publics», passibles de dix ans de prison. Malgré cela, le FMI maintient sa confiance en sa directrice générale en poste depuis un mois.

2015 L’arbitrage en faveur de Bernard Tapie est annulé et qualifié de fraude. La Cour de cassation convoque Christine Lagarde pour «négligence». Elle n’est pas soupçonnée d’avoir participé à la fraude mais d’avoir accepté un arbitrage privé (en 2008) trop favorable à Bernard Tapie, ami de Nicolas Sarkozy, alors président de la République.

XA

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