Un premier procès s’ouvre pour faire la lumière sur le «Dieselgate»

AllemagneLe premier grand procès contre le géant automobile dans l’affaire des moteurs diesel truqués démarre ce lundi à Brunswick.

Le «Dieselgate» a déjà coûté 27 milliards d’euros au groupe Volkswagen.

Le «Dieselgate» a déjà coûté 27 milliards d’euros au groupe Volkswagen. Image: Reuters

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Le président du tribunal veut entendre tout le monde! Plus de 30 témoins sont attendus à la barre au premier procès contre Volkswagen qui s’ouvre ce lundi à Brunswick pour faire la lumière sur le plus grand scandale de l’économie allemande: le «Dieselgate».

Deux anciens ministres des transports, plusieurs managers de Volkswagen et de Porsche (la maison mère), des managers de Bosch (fabricant du logiciel manipulateur) et des experts ont été convoqués par le juge Fabian Reuschle, qui compte même se rendre dans la cellule d’un ancien technicien de Volkswagen, Oliver Schmidt, condamné à 7 ans de prison aux États-Unis pour escroquerie.

Il attend surtout de pied ferme le dernier témoin convoqué pour ce procès: l’ancien président de Volkswagen, Martin Winterkorn, pourtant blanchi par la direction et le conseil de surveillance. Malgré les soupçons qui pèsent sur lui, ce dernier a continué à toucher son salaire jusqu’en 2016, un an après sa démission. Il touche même encore une retraite complémentaire d’entreprise de 3100 euros… par jour.

Le juge est persuadé que Martin Winterkorn a menti. Si la culpabilité de Volkswagen n’est plus à prouver (le groupe a reconnu les faits), Fabian Reuschle veut désormais prouver que la direction était au courant des manipulations avant que l’Agence américaine de protection de l’environnement ne rende l’escroquerie publique le 18 septembre 2015.

Procès des actionnaires

Savoir à quelle date les patrons ont été informés: voilà l’un des buts principaux du procès. L’autre enjeu concerne les actionnaires. Plus de 1600 plaintes ont été déposées contre Volkswagen pour ne pas avoir informé les marchés boursiers dans les délais impartis.

Les investisseurs réclament près de 10 milliards d’euros d’indemnité pour les pertes subies par la chute brutale de l’action en Bourse (–40% en quelques jours). «Si ces derniers avaient été alertés à temps, ils n’auraient pas acheté les actions au prix fort», estime Andreas Tilp, l’avocat des plaignants.

La direction de Volkswagen a toujours plaidé son innocence dans cette affaire, qui lui a déjà coûté 27 milliards d’euros. Tous les patrons du groupe assurent n’avoir rien su avant le 18 septembre 2015. Les manipulations ont été faites à leur insu par des ingénieurs dans les étages inférieurs, disent-ils. «Je ne comprends pas pourquoi je n’ai pas été informé plus tôt. J’ai peut-être raté un signal», s’était étonné à l’époque Martin Winterkorn devant la commission d’enquête parlementaire.

Selon l’avocat des plaignants, la direction savait. Andreas Tilp assure qu’une rencontre avec les Américains avait eu lieu dès le 3 septembre au cours de laquelle Volkswagen aurait avoué les manipulations, soit trois semaines avant l’annonce publique. «Les marchés boursiers auraient dû être informés à cette date», dit-il.

Le magazine d’investigation «Der Spiegel» fait également état de documents du Parquet de Brunswick prouvant des réunions internes au groupe sur le logiciel manipulateur, en présence de Martin Winterkorn et de l’actuel président de Volkswagen, Herbert Diess, ancien patron de la marque Volkswagen. Enfin, la justice américaine détient la preuve que la direction a été informée du problème le 27 juillet 2015 lors d’une réunion de routine avec ses ingénieurs.

Remonter dix ans en arrière

Le juge veut remonter l’affaire sur dix ans en interrogeant notamment le patron de Bosch, l’entreprise qui a livré le logiciel manipulateur. Pourquoi le groupe avait-il demandé en 2008 à être exempté de ses responsabilités sur le développement et de l’installation d’un logiciel embarqué?

Il veut également entendre Rupert Stadler pour lui demander des explications sur une «note d’information» adressée à son chef en 2012. L’ancien patron d’Audi, qui appartient au groupe, a été mis en garde à vue en juin dernier car il s’apprêtait à dissimuler des preuves de l’escroquerie. Va-t-il dire la vérité au procès?

Certes, le constructeur enregistre des bénéfices record. Mais malgré des milliards d’amendes payées, le «Dieselgate» continue de menacer Volkswagen alors que le groupe a déjà pris du retard dans la transition vers le tout électrique et la voiture autonome. Pour les Allemands, l’enjeu est surtout économique. Ce qui explique aussi que le gouvernement d’Angela Merkel continue de protéger le secteur. Plus de 600 000 emplois dépendent directement de ce fleuron industriel. «Ce n’est pas dans notre intérêt d’affaiblir les constructeurs avec des décisions politiques», estime la chancelière. (TDG)

Créé: 10.09.2018, 07h34

Un mois clé pour les clients suisses lésés

En septembre, une nouvelle étape devrait être franchie pour les 2000 clients suisses qui ont rejoint, il y a un an, le vaste recours collectif (class action en anglais) entamé en Allemagne contre Volkswagen par plusieurs associations européennes de consommateurs. «Le délai donné au groupe allemand pour répondre à ces plaintes civiles tombera durant le mois», confirme Florence Bettschart, juriste à la Fédération romande des consommateurs (FRC). Pour mémoire, depuis un an, l’association faîtière a fourni un gros travail de coordination avec ses homologues européennes et de conseils juridiques auprès des clients suisses concernés par le «scandale du Dieselgate».

À première vue, le géant automobile devrait rester inflexible sur ses positions, la principale étant de ne pas dédommager ses clients européens lésés. Cette approche agace d’autant plus les Européens que VW a adopté l’approche inverse aux États-Unis. Florence Bettschart prédit que le procès risque d’être inévitable et que les clients suisses devront faire preuve de patience pour savoir si un jour ils auront gain de cause.

Une chance qui s’est amenuisée par contre pour les clients suisses alémaniques qui ont préféré suivre une autre approche en s’attaquant directement à AMAG et VW en Suisse même, soit en déposant une plainte collective auprès du Tribunal de commerce de Zurich.

Ce dernier a en effet rejeté la demande des consommateurs à la fin du mois d’août. «Les manipulations du groupe VW sont connues depuis longtemps et il n’existe plus de tromperie au sens juridique du terme», avait estimé le tribunal zurichois. Si la SKS plie, elle ne rompt pas puisque l’association a confirmé qu’elle ferait recourt de cette décision auprès du Tribunal fédéral. O.W.

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