«Nous pouvons devenir un Actelion lémanique»

Traitement contre la sclérose en plaquesRencontre avec le patron de GeNeuro, dix jours après sa cotation à Paris.

«On parle d’un marché de 20 milliards par an», esquisse Jesús Martin-Garcia (au centre)de la fondation Eclosion.

«On parle d’un marché de 20 milliards par an», esquisse Jesús Martin-Garcia (au centre)de la fondation Eclosion. Image: PIERRE ABENSUR

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On parle souvent d’introduction en Bourse comme on dirait premier chapitre. Mais c’est tout autant l’épilogue de la première vie de GeNeuro qu’a marqué sa cotation le 14 avril à Paris. Une existence entre les laboratoires lyonnais de l’Institut Mérieux et de l’Inserm – qui ont financé ses recherches près de quinze ans durant – et les couloirs sans âme d’Eclosion, pouponnière pour sociétés «biotechs» située aux confins de la zone industrielle de Plan-les-Ouates.

Tout commence en 1991. Le thésard français Hervé Perron découvre un nouveau rétrovirus chez les patients atteints de sclérose en plaques. Il lui faudra près d’une décennie pour comprendre que l’ennemi vient de l’intérieur, que l’être humain le porte dans son génome.

En 2004, BioMérieux cherche des partenaires pour transformer la découverte – ce sera l’incubateur Eclosion, qui vient d’ouvrir ses portes à Genève. Une société est créée en 2006. Tandis que la recherche fondamentale reste à Lyon – et qu’un laboratoire s’occupe des biomarqueurs à Archamps – le développement de la molécule et des tests cliniques reviennent à Plan-les-Ouates, où sont installés la moitié des 25 employés.

Résultat attendu fin 2017

La société avait attiré à elle une trentaine de millions de francs au cours de ses vingt premières années. Sans compter le partenariat avec les laboratoires Servier, qui lui offre des paiements allant jusqu’à 400 millions.

Son arrivée sur la Bourse de Paris lui permet d’accéder à l’apport de 35 millions supplémentaires. Ses principaux actionnaires restent le fonds de placement Eclosion 2, l’Institut Mérieux, BioMérieux et les laboratoires Servier. «C’était la première entrée en Bourse depuis sept ans d’une biotech installée en Suisse romande», se réjouit Miguel Payró, directeur financier.

La société vaut aujourd’hui l’équivalent d’un peu moins de 190 millions de francs. L’argent frais levé lors de la cotation paiera notamment les tests cliniques démarrant cette année aux Etats-Unis. En Europe, Servier finance la phase de tests sur 260 patients, un programme d’une vingtaine de millions d’euros. Premiers résultats: fin 2017.

Un traitement en 2022

GeNeuro garde en revanche tous les droits sur les recettes tirées du futur traitement contre la sclérose en plaques en Amérique du Nord – «les deux tiers du marché mondial», pointe Jesús Martin-Garcia. Mais également sur les autres applications de ses travaux – notamment la PDIC, une maladie rare aussi appelée sclérose en plaques des nerfs périphériques, mais aussi le diabète de type 1.

La société n’évoque aucune prévision de bénéfices dans le dossier déposé lors de son entrée en Bourse. Si tout se passe bien, le processus devrait déboucher sur la commercialisation d’un traitement entre 2022 et 2024. D’ici là, de nouvelles campagnes de tests auront été nécessaires, cette fois sur des milliers de patients.

Tout change d’échelle. La PME, qui fêtait l’obtention de quelques millions de francs il y a huit ans, dispose des ressources et d’une voie clairement tracée pour le lancement d’un nouveau médicament. Objectif? Proposer un traitement radicalement différent de ceux proposés – et dont le mode d’action consiste à diminuer la réponse du système immunitaire face à la maladie. GeNeuro s’attaque à un facteur potentiellement causal de la sclérose en plaques afin de freiner, voire de stopper sa progression.

«On parle d’un marché de 20 milliards par an», esquisse Jesús Martin-Garcia. Un marché dont l’un des poids lourds reste Merck Serono, le groupe qui a laissé 1250 employés sur le carreau à Genève il y a quatre ans. «Si le produit réussit, nous avons le potentiel d’être un Actelion lémanique», avance l’ancien chef de file de l’incubateur Eclosion qui, depuis la fin de l’an dernier, se dédie entièrement à la direction de GenEuro. (TDG)

Créé: 24.04.2016, 17h32

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