Le Portugais Rui Pinto revendique la fuite de donnée des «Luanda Leaks»

Emprisonné pour piratage informatique au Portugal, le jeune homme dit avoir agi par «devoir citoyen» en révélant quelque 715'000 documents sur la fortune de la milliardaire angolaise Isabel dos Santos.

Rui Pinto interviewé en janvier 2019 à Budapest, avant son extradition vers le Portugal.

Rui Pinto interviewé en janvier 2019 à Budapest, avant son extradition vers le Portugal. Image: Maria Feck

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Le mystère est levé sur l’origine de la fuite de données des «Luanda Leaks». Le Portugais Rui Pinto, 31 ans, actuellement détenu à Lisbonne pour piratage informatique, a révélé lundi être le «lanceur d’alerte» qui a permis la remise de ces quelque 715'000 documents à la presse.

Publiés la semaine dernière, les «Luanda Leaks» exposent la manière dont Isabel Dos Santos, la fille de l’ancien président angolais, a accumulé une immense fortune en profitant de fonds de l’Etat. Cette masse de documents a d’abord été transmise à une ONG française, la Plateforme de protection des Lanceurs d’Alerte en Afrique. Elle a ensuite été exploitée par le consortium de journalistes d’investigation ICIJ, dont la cellule enquête de Tamedia est membre.



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«Monsieur Rui Pinto assume la responsabilité de la remise à la Plateforme de Protection des Lanceurs d’Alerte en Afrique (PPLAAF), fin 2018, d’un disque comportant l’ensemble des données à l’origine des récentes révélations relatives à la fortune de Madame Isabel Dos Santos», écrivent ses avocats dans un communiqué diffusé lundi matin.

Les avocats, le français William Bourdon et son confrère portugais Franciso Texeira da Mota, précisent que leur client a agi «dans l’accomplissement de ce qu’il considère comme un devoir de citoyenneté et sans contrepartie». Ils se félicitent de l’énorme impact qu’ont eu les révélations des «Luanda Leaks» au Portugal, où la justice et les autorités boursières ont ouvert des enquêtes sur la fortune d’Isabel dos Santos, très implantée dans le pays.

Isabel dos Santos et son mari Sindika Dokolo en 2018 lors d'un événement mondain à Cannes.

Mais les avocats déplorent aussi que Rui Pinto soit détenu depuis mars dernier à Lisbonne. Le jeune homme est notamment poursuivi par la justice portugaise pour sabotage informatique, violation de correspondance ou extorsion aggravée dans une autre affaire, celle des «Football Leaks».

Car Rui Pinto est aussi à l’origine de cette fuite de plus de 70 millions de documents concernant le monde du football. Ils ont été publiés en 2018 par le magazine «Spiegel» et les médias partenaires d’un autre groupe de journalistes, European Investigative Collaborations ou EIC, dont la cellule enquête de Tamedia est également membre. En Suisse, les Football Leaks ont notamment mis au jour les rencontres informelles entre le procureur général Michael Lauber et le patron de la FIFA Gianni Infantino.

Avec ces deux fuites au retentissement majeur, le jeune Portugais fait son entrée dans le club restreint des grands lanceurs d'alertes internationaux, comme Edward Snowden. En mars dernier, Rui Pinto avait été extradé par la Hongrie vers le Portugal, où il est accusé d’avoir tenté de faire chanter le fonds d'investissement Doyen Sports avec des documents provenant de ses systèmes informatiques. Il affirme avoir renoncé de lui-même à sa tentative de chantage.

Selon la presse portugaise, Rui Pinto n’aurait pas seulement ciblé le monde du football. Il aurait aussi pénétré des centaines de boîtes e-mail appartenant entre autres à des cabinets d’avocats portugais. C’est de là que pourraient provenir les documents des «Luanda Leaks». Isabel dos Santos et son mari ont en effet affirmé que leurs sociétés au Portugal ont été victimes d’un hacker, agissant selon eux pour le compte du nouveau gouvernement angolais. Une version que Rui Pinto a démentie: selon ses avocats et l’ONG PPLAAF, il n’aurait obéi à aucune motivation politique.

Créé: 27.01.2020, 17h41

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