Un polar hallucinant secoue la Paradeplatz

Credit SuisseLe numéro deux de la grande banque Iqbal Khan a été suivi, voire menacé par des détectives privés. Les révélations pleuvent.

Iqbal Khan (à g.),transfuge de poids de CS chez UBS. Tidjane Thiam (à d.), CEO de Credit Suisse, est sous pression.

Iqbal Khan (à g.),transfuge de poids de CS chez UBS. Tidjane Thiam (à d.), CEO de Credit Suisse, est sous pression.

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Les scénaristes les plus audacieux de Suisse n’auraient osé imaginer une telle histoire, tant elle aurait semblé caricaturale. Et pourtant. L’affaire secoue le Tout-Zurich, jette une ombre douteuse sur Credit Suisse à l’étranger et pourrait même coûter les têtes du No 1 de la grande banque, Tidjane Thiam, et celle du transfuge chez UBS, Iqbal Khan, responsable jusqu’au 30 septembre de la puissante division de gestion de fortune privée internationale. Retour sur ce polar qui connaît chaque jour de nouveaux rebondissements.

Les faits

L’affaire a explosé mardi 17 septembre dernier, à un jet de pierre de la Paradeplatz où siègent, côte à côte, UBS et Credit Suisse. Iqbal Khan et son épouse se garent à la Fraumünsterstrasse, venus en ville pour y faire des courses. Le No 2 de la grande banque a pourtant ses sens en éveil. Il a remarqué qu’une voiture à plaques vaudoises les suivait depuis le départ de leur maison de Herrliberg, sur la Goldküste zurichoise, et que le véhicule s’est même arrêté lorsque le couple a déposé son fils au centre sportif de la riche commune.

Arrivés au cœur de Zurich, Iqbal Khan et son épouse décident d’en avoir le cœur net. Repérant l’auto de leurs suiveurs parquée non loin de la leur, le banquier de Credit Suisse s’en approche pour prendre les plaques d’immatriculation en photo, tandis que sa femme surveille la scène. Un «homme chauve et à l’air menaçant», selon certains proches du dossier, s’avance alors vers Iqbal Khan et lui ordonne de lui donner son portable. Ce dernier refuse et se met à crier: «Police, police, à l’aide!» L’homme et ses acolytes s’enfuient alors dans leur véhicule. La police et le Ministère public zurichois sont saisis de l’affaire et une enquête pour contraintes et menaces est ouverte.

L’enquête

Très vite et grâce aux photos prises par Iqbal Khan, la police retrouve les trois hommes incriminés et les arrête. Il s’agit en réalité de trois détectives privés, œuvrant pour la société Investigo, sise à Otelfingen (ZH), spécialisée dans la traque aux fraudeurs à l’aide sociale… Se déclarant innocents de tout geste agressif, ils avouent pourtant «avoir été engagés par Credit Suisse».

Les enquêteurs interrogent alors le responsable de la sécurité de la grande banque, Remo B., qui finira par craquer et avouera qu’il est le mandataire de la société Investigo pour surveiller le haut responsable de la gestion de fortune privée internationale. Pourquoi? A priori, affirme la «Frankfurter Allgemeine Zeitung», qui, avec le site Inside Paradeplatz, a eu vent de l’esclandre, il se serait agi d’empêcher Iqbal Khan de partir chez UBS, au 1er octobre prochain, avec d’autres stars du private banking de Credit Suisse. Une version des faits qui serait confirmée par une prise de position d’Investigo, dans un mémo rédigé le 17 septembre déjà où la société informait son mandant, le responsable de la sécurité de Credit Suisse, de l’esclandre.

Le ou les détectives privés – les versions divergent – aurai(en)t agi en toute légalité. Découvert(s), ils auraient immédiatement suspendu leur mission de surveillance. Un point, c’est tout.

La thèse de la rivalité

Mais, dans ses éditions du 25 septembre, le «Tages-Anzeiger» révèle une tout autre histoire que la simple surveillance d’un transfuge de poids chez le concurrent direct UBS. Tout aurait débuté en janvier dernier, lors d’une fête au domicile de Tidjane Thiam à l’occasion de la nouvelle année. La plupart des cadres supérieurs de la banque y sont conviés. Le CEO de Credit Suisse et Iqbal Khan sont amis de longue date; Khan et sa famille ont même acquis la maison voisine de Thiam et de sa compagne à Herrliberg. La soirée bat son plein et, écrit le «Tagi», «l’alcool coule à flots». À un moment donné, une vive dispute éclate entre les deux hommes, en présence de leur compagne.

Tidjane Thiam aurait accusé Iqbal Khan d’avoir eu un comportement déplacé envers son amie. Selon certaines versions, le CEO aurait carrément menacé physiquement son vieil ami, et l’épouse de Khan aurait dû les séparer. En réalité, le ton serait monté à ce point car Thiam aurait pris ombrage des succès et de la réputation croissante de son jeune poulain que d’aucuns voyaient déjà lui succéder. Toujours est-il que cinq mois après cette fête ratée, Iqbal Khan donne sa démission et annonce, en juillet dernier, qu’il va prendre la tête de la division internationale du private banking chez UBS… Stupeur!

Le président sous pression

Depuis lundi, tout le monde attend une prise de position du président de Credit Suisse, Urs Rohner, qui conduit en ce moment «une enquête interne approfondie». Après avoir publié une note parlant de faits «sensationnalistes» et «imprécis» reportés par la presse dominicale, Credit Suisse s’en tient désormais au «no comment».

Créé: 25.09.2019, 20h45

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