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Une PME lie la physique genevoise à la Corée

L'état-major de SK Telecom explique son choix de reprendre la PME de chiffrage «quantique» issue des labos de l'Université.

Tout à gauche et au centre, Hugo Zbinden et Nicolas Gisin, professeurs à l'Université de Genève et animateurs du labo d'où est née ID Quantique en 2001. A droite de Nicolas Gisin, Jin Park, vice-président exécutif de SK Telecom.
Tout à gauche et au centre, Hugo Zbinden et Nicolas Gisin, professeurs à l'Université de Genève et animateurs du labo d'où est née ID Quantique en 2001. A droite de Nicolas Gisin, Jin Park, vice-président exécutif de SK Telecom.
Lucien Fortunati

Présents en force la semaine dernière à Barcelone lors d'un salon mondial de la téléphonie mobile très coréen – Samsung y a dévoilé son nouveau fleuron, le Galaxy S9 – les cadres de SK Telecom ont fait un crochet en fin de semaine à Genève, entre deux paralysies de l'aéroport. «Nous avons aussi beaucoup de neige en ce moment en Corée», ont-ils réagi avec tact en s'entassant dans les bureaux de ID Quantique. Ils y reviendront. La semaine dernière l'opérateur mobile coréen a investi 65 millions de dollars – en échange d'une part majoritaire au capital – dans cette PME de cybersécurité issue du laboratoire de physique appliquée de l’Université de Genève.

«En 1995, nous avions été les premiers à développer un réseau CDMA»

«Avec l'arrivée de la 5G nous avons besoin d'une sécurité plus importante – une pièce essentielle de ce dispositif ne pouvait provenir que d'ID Quantique», décrit Jin Park, vice-président exécutif de SK. L'opérateur coréen proposera à ses clients cette dernière génération de réseaux mobiles, dite 5G, en mars 2019. Ses besoins de cryptage dépasseront la seule protection de la vie privée: ces réseaux sont censés devoir gérer des millions d'objets connectés – dont les plus évolués pourraient bien être des véhicules autonomes.

SK Telecom a décidé, dès le début de la décennie, de porter ses efforts sur le chiffrage dit «quantique». «Notre groupe a toujours fait des paris techniques audacieux – en 1995 lors de l'émergence de la 2G nous avions par exemple été les premiers à développer un réseau au standard CDMA et non GSM», relate Jin Park. Un pari qui s'avérera payant lors du passage à la 3G, quelques années plus tard.

Son penchant pour l'approche de la PME genevoise s'explique par l'émergence d'ordinateurs «quantiques», d'une puissance de calcul sans commune mesure. Après avoir joué l'Arlésienne durant vingt ans, cette technologie devient soudain beaucoup plus concrète. IBM, Intel ou Google vont sortir cette année des processeurs «quantiques» d'une puissance de 50 Qbits. Une seule de ces puces sera alors capable de résoudre une série de calculs sur lequel même un super-ordinateur aurait de la peine.

«Les ordinateurs quantiques pourront casser tous les systèmes de chiffrage, dans dix, quinze ans»

Une puissance qui, mal utilisée, représente une menace pour toute la sécurité informatique actuelle. «Les ordinateurs qui atteindront un millier de Qbits pourront casser tous les systèmes de chiffrage, dans dix, quinze ans peut-être», esquisse Nicolas Gisin, professeur de physique à l'Université de Genève et animateur, avec son comparse Hugo Zbinden, du labo d'où est née ID Quantique en 2001. Quinze ans, c'est loin. «Les autorités ou les exploitants d'infrastructures comme SK Telecom ne peuvent se permettre d'attendre; toute donnée confidentielle – par exemple sur la santé de nos enfants – enregistrée dès aujourd'hui pourra alors être décodée», esquisse cette sommité du monde du chiffrage.

Reçus à l'Université de Genève, les responsables de SK Telecom ont salué l'accord qui lie leur nouvelle filiale ID Quantique à son laboratoire d'origine. Un engagement qui pourrait déboucher à terme sur un appui à des programmes de recherche ou sur l'accueil d'étudiants à Séoul.

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