L’avocat, cette profession qui murmure à l’oreille des start-up

ConseilSurfant sur le succès croissant des start-up, les études sont de plus en plus nombreuses à vouloir proposer leurs services.

Sur le campus de l’EPFL, le Parc de l’Innovation est un vivier de start-up de haute technologie.

Sur le campus de l’EPFL, le Parc de l’Innovation est un vivier de start-up de haute technologie. Image: Keystone

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Tous les classements et dernières études en date le démontrent. En une petite décennie, le monde des start-up a bien grandi en Suisse. Telle une ruche bourdonnante, il compte chaque jour plus d’abeilles et produit donc toujours plus de miel. En 2018, le cap symbolique du milliard de francs de fonds levés était franchi et, en tout, cette nouvelle colonie donne désormais naissance à quelque 300 larves supplémentaires chaque année.

L’analogie pourrait continuer au vu des multiples métiers qui se sont peu à peu greffés sur cette ruche entrepreneuriale et sans lesquels elle ne fonctionnerait pas ou mal. Parmi eux, l’un en particulier s’y est installé en toute discrétion, allant jusqu’à devenir incontournable: la profession d’avocat. Surfant sur le succès croissant des start-up, les études sont de plus en plus nombreuses à vouloir proposer leurs services.

Rien que dans le dernier Swiss Venture Capital Report, à l’aide d’annonces publicitaires, elles étaient huit à y signaler leur présence. Pourtant la profession voit d’un mauvais œil ce genre de pratiques commerciales, longtemps proscrites. «Les règles se sont légèrement assouplies depuis le début du XXIe siècle. Pour autant que les publicités ne soient pas tapageuses, cette manière de faire est tolérée», explique Michel Jaccard, fondateur de l’étude Id est avocats.

Exlusivement

Ce dernier, qui a passé son brevet d’avocat à New York, s’intéresse depuis plus de vingt ans aux start-up. En 2012, il s’est même décidé à consacrer tout son temps à cet écosystème en fondant sa propre étude. Aujourd’hui, ils sont une dizaine, dont sept avocats, à travailler pour Id est avocats. Et l’équipe devrait encore augmenter une fois que l’étude emménagera dans ses nouveaux locaux lausannois courant 2019.

Cette longue expérience lui permet aujourd’hui de comprendre les besoins de cette clientèle particulière. «Les entrepreneurs qui nous consultent ne recherchent pas tant des avis de droit détaillés ou des modèles simples de contrats gratuits, mais ont besoin d’un véritable appui pour les guider et les aider dans des phases difficiles», explique-t-il.

Comme Michel Jaccard, Thomas Steinmann partage cette analyse. Associé chez Python Avocats, où il est le seul aujourd’hui à compter au sein de son étude une clientèle composée de jeunes pousses. «Dans ce secteur, tout est question d’implication personnelle. La mienne remonte à 1987, lorsque nous aidions la marque Breguet et ses deux employés à démarrer», raconte-t-il. Aux yeux de celui qui a fondé avec son fils la start-up Tomplay (application musicale), son travail dépasse «la simple casquette de conseiller juridique».

Arrivée des grandes études

Désormais même les plus puissantes études veulent conquérir cette nouvelle clientèle, à l’exemple de Kellerhals Carrard, une firme d’ampleur nationale. Avec Seed Up, une jeune pousse fondée fin 2017, la puissante firme a même développé une toute nouvelle offre à l’attention des entrepreneurs en herbe. «Une start-up pour parler aux start-up», peut-on lire sur le site internet de cette filiale. «Au départ, l’objectif était de trouver une nouvelle activité pour Carrard Consulting, une entité créée à l’origine pour liquider la banque Espirito Santo», explique Alexandre Gachet, associé chez Kellerhals Carrard et directeur de Seed up. «Nous avons estimé qu’il y avait un vrai besoin de redynamiser l’offre dans les services juridiques proposés aux start-up», raconte-t-il.

Seed Up permettrait surtout de briser la barrière psychologique des honoraires – souvent onéreux – de l’avocat, un vrai problème dans un monde où chaque franc dépensé devrait l’être à bon escient. «Nous avons renoncé à appliquer des tarifs horaires classiques, préférant rémunérer nos services en fonction des fonds levés par la start-up», explique Pierre Bovet, responsable du développement commercial chez Seed Up. Selon lui, cette façon de procéder a plusieurs avantages, dont celui d’établir une relation sur le long terme avec leurs clients. «Nous voulons privilégier ce modèle et éviter au maximum les prestations uniques», confirme Alexandre Gachet.

Seul bémol propre à un tel système de rémunération: le risque latent de conflit d’intérêts. «L’indépendance de l’avocat peut être remise en cause si ses honoraires sont liés au succès d’une négociation ou d’un financement, et le client se sentir captif d’une telle relation», explique Michel Jaccard. Alexandre Gachet assure être conscient du risque. «Vous pourrez faire valoir vos intérêts au détriment de la start-up une fois certes, mais ce sera un one shot! Car vous n’aurez jamais de seconde chance», affirme-t-il.

Offre encore trop limitée

Cette nouvelle initiative est saluée par le fondateur de l’étude Id est avocats. Car selon lui, malgré la pléthore croissante d’études s’intéressant à cet écosystème en plein essor, l’offre reste encore pauvre en termes de qualité des services rendus. À en croire l’avocat lausannois, les études sachant s’adresser à cette clientèle se compteraient sur «les doigts d’une main». «À mon avis, le problème est qu’il n’est pas possible de percevoir les start-up comme de simples parts d’un marché à prendre, mais plutôt comme une création de valeur nouvelle à laquelle il faut contribuer», estime Thomas Steinmann.

L’arrivée de nouvelles ouvrières, proposant des services juridiques répondant aux besoins réels des futures abeilles semble donc espérée et bienvenue afin de permettre à la ruche de prospérer encore longtemps en Suisse.

(TDG)

Créé: 14.04.2019, 18h06

De la seule inquiétude des taux horaires

Pour une start-up, faire appel aux services d’un avocat est une étape aussi importante que sensible. Trop souvent elle serait repoussée à cause de la cherté des prestations pratiquées par cette profession. «Lorsque vos moyens sont limités, c’est une source d’inquiétude», confirme Déborah Heintze, cofondatrice de la start-up à succès Lunaphore avec Diego Dupouy et Ata Tuna Ciftlik.

Présente depuis plusieurs années dans cet écosystème, cette dernière constate que beaucoup de start-up ont tendance à attendre le plus longtemps possible avant de passer par la case «avocat». Un choix qui n’est pas toujours judicieux, selon la jeune femme, qui mentionne son expérience. «Au moment de constituer Lunaphore et de répartir nos parts, nous avions décidé de faire tout de suite appel à un avocat. Pour une start-up, je pense qu’il est important d’être vite bien conseillé. Par la suite, cela peut éviter des soucis supplémentaires», explique l’entrepreneure.

À en croire l’avocat Michel Jaccard, les fondateurs de start-up ne se posent en fait souvent pas les bonnes questions. «Ils sont en général trop axés sur cet aspect coût, qu’ils résument trop souvent au «taux horaire», sans s’inquiéter de l’expérience de la personne qui va s’occuper de leur mandat, de l’organisation et la réactivité de l’étude ou encore du nombre de personnes qui vont être impliquées sur leur dossier», regrette ce dernier. O.W.

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