Le plan CO2 de Socar ne convainc pas les défenseurs du climat

ÉconomieLe groupe pétrolier a annoncé vouloir compenser ses émissions. Un projet qui laisse de marbre le WWF et Greenpeace.

«Il est de notre devoir de faire notre possible pour 
une mobilité plus durable», assure Socar sur son site.

«Il est de notre devoir de faire notre possible pour une mobilité plus durable», assure Socar sur son site. Image: Keystone

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En cette période d’alerte climatique et de pression publique croissante à l’encontre des pollueurs, les entreprises sont de plus en plus enclines à vouloir réduire – ou du moins compenser – la pollution qu’elles génèrent. Les annonces de «programmes verts» s’enchaînent à grande vitesse et cela même au sein des sociétés les plus polluantes de la planète.

Il y a quelques semaines, Easyjet assurait par exemple qu’elle serait la première compagnie aérienne à atteindre la neutralité carbone. Mais puisque les avions solaires, électriques, voire hybrides ne sont pas pour tout de suite, le transporteur britannique va dans l’intervalle compenser ses émissions.

«Donner l’exemple»

La semaine dernière, Socar Energy Switzerland sortait à son tour du bois en annonçant le démarrage d’un programme de compensation comprenant sa propre flotte de camions-citernes et les véhicules de ses salariés en Suisse. L’entité helvétique du géant pétrolier d’Azerbaïdjan explique vouloir, à travers cette démarche, «assumer ses responsabilités» et «donner l’exemple».

«En tant que fournisseur de carburants ayant des effets sur le climat, nous pensons qu’il est de notre devoir de faire notre possible pour une mobilité plus durable», assure Socar sur le site consacré à cette nouvelle tâche.

Le producteur et fournisseur d’essence espère également entraîner dans son sillage ses clients en leur proposant de verser 10 centimes par litre acheté à l’aide notamment d’une Socar CO2 Card. Pour un conducteur moyen, l’entreprise a calculé que cela s’élèverait à environ 90 francs de dépenses supplémentaires par automobiliste et par an.

Proposition contestée

«Ensemble, on peut accomplir de grandes choses», pouvait-on lire dans le communiqué de Socar Energy Switzerland. La filiale suisse joue sa carte «émotion». Un coup dans l’eau au vu de la réaction des défenseurs de l’environnement, peu enclins à se laisser bluffer par le projet du groupe pétrolier.

«Pour protéger le climat de manière sérieuse et efficace, une seule règle s’applique: éviter avant de compenser», explique Elmar Grosse Ruse, chef de projet Climat et Énergie au WWF Suisse. Ce dernier s’inquiète que cette solution donne «aux automobilistes l’illusion que, tout en protégeant le climat, ils peuvent continuer à conduire comme avant et renoncer à effectuer d’autres efforts et changements de comportement certes plus difficiles». En pensant qu’il suffit de «payer pour se racheter une conscience», les conducteurs risquent en plus de contribuer à maintenir sur le circuit des véhicules qui empêcheront la Suisse de se positionner, dans la décennie à venir, sur la voie d’une société à zéro émission nette.

Marais et forêts

«Il s’agit d’un pur exercice alibi pour une industrie qui a raté, il y a vingt ans, l’opportunité de se remettre en question et de tourner la page des énergies fossiles en se transformant en pourvoyeuse de solutions énergétiques», estime Mathias Schlegel, porte-parole de Greenpeace.

Aux yeux du responsable de la communication de l’ONG, plusieurs problèmes se posent concernant les deux projets qui seront soutenus par la filiale suisse de Socar, à savoir la remise en état des marais asséchés en Suisse, ainsi qu’une contribution à la reforestation au Laos. «Il sera difficile de prouver que ces projets enlèveront de l’atmosphère une quantité vraiment équivalente de CO2. Et puis, il faudrait s’assurer qu’ils n’auraient pas vu le jour sans l’intervention de Socar et ont été imaginés pour compenser les émissions du groupe pétrolier», ajoute-t-il.

Or, dans les deux cas, l’entreprise répond qu’il s’agit de «projets existants et dûment certifiés». Socar a effectivement puisé dans le portefeuille de propositions élaborées par South Pole, une société suisse de conseil en finance carbone. Fondée en 2006 à Zurich, cette entreprise bénéficie d’une expertise internationale avec ses 300 spécialistes dispersés aux quatre coins du monde à travers ses 18 succursales.

Vers une autre mobilité

Tant au WWF qu’à Greenpeace, on s’accorde à dire que la réelle solution se situe au niveau d’un changement profond d’état d’esprit par rapport à la manière dont l’être humain envisage sa manière de se déplacer. «Notre société devra se tourner vers une mobilité douce favorisant les transports en commun, le vélo ou encore la marche», affirme Mathias Schlegel. «Et si l’utilisation de la voiture devait s’avérer inévitable, il faudrait opter dans ce cas pour une petite voiture dotée d’une propulsion électrique», conclut Elmar Grosse Ruse.

Créé: 09.02.2020, 17h23

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