Des placements polluants ternissent l’image de la BNS

FinanceLa Banque nationale ne se soucierait pas assez de la planète, selon une association. La finance durable est pourtant en verve.

Près d’un dixième de la fortune de la Banque nationale suisse est placé dans des entreprises américaines qui, ensemble, émettent autant de gaz à effet de serre que la Suisse.

Près d’un dixième de la fortune de la Banque nationale suisse est placé dans des entreprises américaines qui, ensemble, émettent autant de gaz à effet de serre que la Suisse. Image: AP

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La place financière suisse ferait-elle fi de la question environnementale? Deux rapports – l’un publié aujourd’hui, l’autre l’an dernier – montrent que les principales banques et autres caisses de pension du pays n’hésitent pas à massivement investir dans des sociétés polluantes à l’étranger.

Près d’un dixième de la fortune de la Banque nationale suisse (BNS) – 61,5 milliards de dollars – est ainsi placé dans des entreprises américaines qui, ensemble, émettent autant de gaz à effet de serre que la Suisse dans sa totalité, dénonce Artisans de la transition. Selon cette association fribourgeoise, ces investissements contribueraient à placer le monde sur une trajectoire de +4 °C à +6 °C de hausse de la température, loin de l’objectif de l’accord de Paris, visant à limiter cette hausse à moins de 2 °C et que la Confédération doit ratifier.

Rendements négatifs

En outre, ces placements engendrent des rendements négatifs, selon l’association. De 2013 à 2015, la BNS aurait perdu 4 milliards de dollars à cause de ses placements dans le «Carbon Underground 200» (les 200 entreprises cotées en Bourse détenant les plus grandes réserves de charbon, de gaz et de pétrole) et les groupes actifs dans l’extraction de gaz de schiste ou de charbon.

En octobre 2015, l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) a abouti à des conclusions similaires dans une enquête sur la place financière suisse. L’institution soulignait que le marché helvétique des fonds en actions finançait des émissions de 52,2 millions de tonnes d’équivalents-CO2 à l’étranger, soit les émissions générées par la Suisse tout entière en 2013. L’OFEV attirait l’attention sur le fait que de tels placements n’étaient financièrement pas judicieux.

Dans sa politique de placement, la BNS dit pourtant renoncer à investir dans des entreprises «qui causent de manière systématique de graves dommages à l’environnement». Depuis le printemps 2014, une vingtaine d’interpellations au parlement, dans des cantons et des communes, ont réclamé le désinvestissement des énergies fossiles ou la transparence sur les placements d’argent public dans des firmes polluantes. En septembre, la conseillère fédérale Doris Leuthard a demandé aux investisseurs de connaître «combien de CO2 leurs placements génèrent», à l’occasion de la révision de la Loi sur le CO2.

«La BNS se considère comme un investisseur purement financier, ses placements ne poursuivent aucun but stratégique. Selon ces principes, la BNS mène une politique limitée d’exclusion, indique une porte-parole de la BNS. Nous déterminons les entreprises à exclure en nous appuyant sur l’analyse de spécialistes externes. Nous vérifions régulièrement la pertinence des exclusions.»

Lois souples en Suisse

«L’investissement écologique est de plus en plus important mais la décision où une banque fait un investissement incombe à elle-même. L’ASB ne donne pas de directives à ce sujet mais les banques doivent respecter les dispositions légales», indique une porte-parole de l’Association suisse des banquiers (ASB).

En Suisse, les lois donnent carte blanche aux institutions financières dans leur placement, alors que dans les pays voisins, c’est souvent plus encadré. Le fait que le risque carbone soit désormais une réalité chiffrable tend à peser sur les rendements des sociétés exposées aux énergies fossiles et incite à les délaisser, estime Fabio Sofia, président de l’association Sustainable Finance Geneva.

Ce n’est pas un hasard, selon lui, si la finance durable est en forte hausse à travers le monde. Le Fonds souverain norvégien – le plus important au monde – a annoncé par exemple l’an dernier se désengager des entreprises pour lesquelles le charbon représente plus de 30% de ses ventes.

En Suisse, la finance durable pesait l’an dernier près de 200 milliards de francs, deux fois plus qu’en 2014, selon l’organisation Swiss Sustainable Finance. (TDG)

Créé: 14.12.2016, 22h05

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