La peur du virus s’immisce au sein des multinationales

ÉpidémieDe la SGS au Credit Suisse en passant par UBS, des cordons sanitaires sont mis en place. En Chine, crainte d’un ralentissement brutal de l’activité.

À Pékin, les rues commerçantes d’habitude grouillantes de monde sont désertes.

À Pékin, les rues commerçantes d’habitude grouillantes de monde sont désertes. Image: Getty Images / Kevin Frayer

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Dans les bureaux de tous les grands groupes présents en République populaire de Chine, l’inquiétude monte depuis le début de la semaine. Non seulement en raison des conséquences que pourrait avoir l’épidémie de coronavirus sur leur activité dans la deuxième plus grande économie au monde. Mais également sur ses effets – humains – au sein de leurs propres rangs.

Les milieux financiers ont commencé à sonner l’alerte la semaine dernière, alors que les premiers porteurs du virus arrivaient dans les aéroports européens. Depuis jeudi, la Bourse bat au rythme de la phraséologie de l’Organisation mondial de la santé (OMS), comme elle le ferait avec les communiqués de la Réserve fédérale américaine. Lundi soir, la chute des cours a ainsi été amoindrie par le fait que l’organisation basée à Genève ne considère pas l’épidémie comme une «urgence de santé publique de portée internationale», même si à ses yeux la menace hors des frontières chinoises est désormais «élevée».

Usines d’iPhone affaiblies

En pleine saison des bilans annuels, les patrons de grands groupes glissent désormais une phrase sur «l’incertitude» qui entoure la croissance de leurs affaires. C’était le cas, mardi, du géant de l’électronique néerlandais Philips ou, du fabricant d’ascenseurs finlandais Kone.

Chez Apple, dont les principales usines sont situées dans les provinces voisines du Hubei – autour de laquelle un cordon sanitaire isole 56millions de personnes depuis samedi –, l’épisode prend déjà une autre tournure. Plusieurs sous-traitants locaux, qui se sont vus commander la fabrication de 80millions d’iPhones d’ici l’été, ont prévenu que le rythme serait difficile à tenir, révélait mardi le quotidien japonais «Nikkei».

«Le véritable impact est encore difficile à estimer car l’économie tourne de toute façon au ralenti en Chine depuis dix jours, en raison des congés du Nouvel-An lunaire; il ne sera véritablement ressenti qu’en février, en cas de prolongement de l’arrêt de l’activité industrielle», explique de son côté Frankie Ng, le patron du groupe SGS, en marge de la présentation de ses résultats annuels à Genève. «Nous sommes en train de décider si nous allons ralentir notre activité dans le pays, en fonction des nouvelles directives gouvernementales», poursuit le directeur général d’une multinationale qui fait travailler plus de 15'000 personnes en Chine, dont environ 200 à Wuhan, épicentre de l’épidémie.

Quatorze jours à la maison

Les courbes de ventes ne sont pas les seules à se transformer en pointillé. Des cordons sanitaires commencent également à être discrètement mis en place.

Le groupe SGS a ainsi déjà donné la consigne à ses employés chinois de ne pas voyager à travers le pays. Quant aux déplacements vers la Chine des salariés de la multinationale, ils ont été annulés, indique la direction à Genève.

Au sein du géant bancaire UBS, qui emploie 12'000 collaborateurs en Asie, les employés revenant de Chine continentale sont astreints à travailler à leur domicile durant quatorze jours, indique une porte-parole. Les voyages d’affaires vers la République populaire ont également été «restreints».

Le Credit Suisse refuse de parler du sujet mais le régime y est sévère à Hong Kong, à en croire une note interne obtenue lundi par «Bloomberg». Après deux semaines de confinement à la maison, les employés hongkongais souhaitant revenir à la banque doivent même en référer à leur supérieur direct et à la direction du personnel – avec un certificat médical pour ceux qui commenceraient à tousser un peu fort. Et pas de triche: des contrôles de température sont menés dans les étages du gratte-ciel de l’International Commerce Center, précise l’agence d’information financière.

Des mesures similaires sont prises par d’autres groupes financiers, de HSBC à Standard Chartered. Chez le concurrent Goldman Sachs, les quatorze jours de télétravail forcé concernent même les salariés ayant été en contact avec une personne revenant de Chine.


Et en Suisse

L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a donné mardi sa première conférence de presse sur le coronavirus. En résumé, le message est le suivant: pas de panique, il n’y a pas de cas de contamination en Suisse et nous sommes prêts si c’était le cas.

Faut-il avoir peur d'être contaminé par un touriste chinois dans un bus?

Selon Daniel Koch, le responsable de la division Maladies transmissibles à l’OFSP, la probabilité est extrêmement faible. «La contamination telle qu’on la connaît aujourd’hui suppose deux choses: d’une part, un contact rapproché (moins d’un mètre) avec une personne infectée; d’autre part, des contacts prolongés avec cette personne.» Donc, pas de panique si vous croisez un touriste chinois dans la rue ou dans le bus.

Où peut-on s’informer si on a des questions sur ce coronavirus?

L’OFSP ouvrira une hotline ces prochains jours pour répondre à toutes les questions spécifiques de la population. En attendant, vous pouvez vous informer sur le site internet www.bag.admin.ch de l’OFSP . Il explique quels sont les symptômes de la maladie, le risque de l’attraper en Suisse, ce qui est entrepris par la Confédération, etc.

Le coronavirus présente-t-il un danger pour la Suisse?

Pour l’instant non. Daniel Koch estime qu’on n’a pas encore affaire à une pandémie. L’OFSP promet d’informer immédiatement la population si un cas avéré de coronavirus est détecté en Suisse. Arthur Grosjean, Berne

Créé: 28.01.2020, 22h56

Masques en rupture de stock

Une touriste chinoise en riait de dépit. Rupture de stock, lui annonce-t-on mardi dans la pharmacie Benu du Closelet, à Lausanne. Comme dans la plupart des grandes pharmacies de Vaud et Genève, les masques de protection ne sont plus disponibles depuis quelques jours. Ils pourront être à nouveau livrés en février, selon Galenica (Amavita, Sun Store), qui précise que «vingt fois la quantité normale de commandes annuelles sont en attente de livraison».

«Des gens se sont créé leur propre stock et d'autres en envoient à l'étranger», constate le médecin cantonal genevois, Jacques-André Romand. Car si les masques manquent en Suisse, c’est surtout le cas en Asie. «Les touristes veulent s'équiper avant de rentrer au pays et ramener un stock», explique un collaborateur de la centrale d'achat des Pharmacies populaires.

Pourtant, la seule pharmacie que nous avons contactée qui n'était pas en rupture de stock est le Sun Store de Genève Aéroport. «Ça a été un peu la cohue, reconnaît la responsable. Les gens en achètent pour la famille, pour rentrer au pays, mais aussi pour l'épidémie de grippe qui commence. Heureusement, j'avais anticipé mes commandes depuis longtemps.»

La Confédération dispose aussi d'un stock d'urgence de masques respiratoires, mais ils approchent de leur date d'expiration. Berne examine actuellement s’ils pourraient encore être utilisés en cas d'urgence, selon Daniel Koch, de l’OFSP. Il estime qu'il n'y a pas d'utilité à porter un masque en Suisse pour le moment, ni à en faire des stocks. Fanny Giroud

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