Une peste en Chine fait exploser le prix de la viande

AlimentationLa plus grande épidémie animale jamais vue décime les élevages de porcs asiatiques. Et la crise s'aggrave.

Selon un rapport, quelque 350 millions de porcs ont dû être abattus en 2019, soit un quart de la totalité des cochons de la planète.

Selon un rapport, quelque 350 millions de porcs ont dû être abattus en 2019, soit un quart de la totalité des cochons de la planète. Image: AP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le Nouvel-An chinois approche. C’est ce qui a poussé le gouvernement de la République populaire à puiser dans les réserves nationales pour balancer plus de 100 tonnes de porc congelé sur le marché. Pékin cherche ainsi à faire baisser les prix de cette viande très prisée dans les semaines qui précèdent la plus grande fête du calendrier, qui tombe cette année le 25 janvier.

Pour le Nouvel-An, les Chinois sont en effet friands de raviolis au porc, qu’ils consomment en quantités astronomiques, encore plus que le reste de l’année. À titre de comparaison, quand un Suisse mange quelque 23 kilos de viande de porc chaque année, charcuterie comprise, un Chinois en avale 39,5 kilos dans d’innombrables déclinaisons, du croustillant à l’aigre-doux.

Pourtant, si l’Asie fera bientôt ses adieux à l’année du Cochon (notre 2019), pour entrer dans la nouvelle année du Rat, le porc va continuer à monopoliser les esprits, à cause de la terrible épidémie de peste qui ravage les élevages asiatiques. Depuis mai 2018, la Chine a dû se résoudre à liquider son cheptel infecté. Selon un rapport de la banque néerlandaise Rabobank, ce seraient 350 millions de porcs qui ont dû être abattus en 2019, soit un quart de la totalité des cochons de la planète.

Si l’on en croit les scénarios réalisés par la Commission européenne, la production porcine chinoise atteindra un bas historique cette année, avec seulement 3,5 millions de tonnes, alors qu’elle se situait à une hauteur de 54 millions de tonnes avant l’épidémie.

Comme la Chine est à la fois le plus gros producteur et le plus gros consommateur mondial de viande de porc, l’épidémie provoque des effets spectaculaires. Le prix du kilo a explosé à Pékin, où l’on frise les 100% d’augmentation en un an. Et les mauvaises nouvelles ne s’arrêtent pas là.

Effets planétaires

«La plus grande épidémie animale jamais vue sur Terre», selon les termes de Dirk Pfeiffer, un vétérinaire épidémiologiste de Hong Kong, ne peut qu’engendrer des effets planétaires à l’ère de la mondialisation. Notamment parce que, désormais, les Chinois achètent tout ce qui est proposé sur le marché. Cela vaut pour la viande de porc, dont les importations ont bondi de 63% l’an dernier, mais pas seulement. Le bœuf et le poulet sont également très recherchés. Et leurs prix prennent également l’ascenseur.

En guerre économique avec l’Amérique du président Trump, la Chine a même augmenté ses importations de porc congelé en provenance des États-Unis. Elle se ravitaille encore au Brésil, l’un des principaux fournisseurs de Pékin, comme dans d’autres pays européens tels que la Grande-Bretagne, l’Espagne, l’Allemagne, les Pays-Bas et le Danemark.

La forte tension qu’on observe entre l’offre et la demande en Chine annonce enfin une hausse des prix sur les marchés européens, et «les distributeurs préviennent déjà les consommateurs de leur région que le prix des saucisses et des Schnitzel va augmenter», sourit le «Financial Times».

Faible influence en Suisse

Et en Suisse? Regula Kennel, de Proviande, l’interprofession suisse de la filière viande, ne s’attend pas à ce que la crise chinoise exerce une forte influence dans nos contrées, vu que notre marché est actuellement à un degré d’autosuffisance de 93%. «La Suisse n’importe que de petites quantités de viande de porc, qui nous arrivent presque exclusivement des pays voisins. Ici, les facteurs décisifs pour fixer les prix intérieurs sont l’offre et la demande dans le pays, et non le prix de revient à l'étranger.»

Plus largement, les connaisseurs du chinois savent que, dans cette langue, le mot «crise» est formé de deux idéogrammes. L’un représente le «danger» et l’autre signifie «opportunité». Les éleveurs de porcs suisses profiteront-ils de la pénurie qui s’annonce en Asie pour augmenter leurs échanges avec l’ogre asiatique? Si l’accord de libre-échange signé avec Pékin laisse imaginer un tel scénario, dans les faits rien n’est réglé.

«À ce stade,nous n’avons pas encore vendu un seul kilo de viande aux Chinois»

«La branche est très intéressée à trouver un accord permettant de vendre du porc suisse aux Chinois, explique Regula Kennel. Mais à ce stade, nous ne leur en avons pas encore vendu un seul kilo. Des Chinois sont venus plusieurs fois en Suisse pour observer la manière dont se fait la fabrication. Ils semblent prêts à accepter que de la viande suisse soit vendue en Chine. Donc la porte est apparemment ouverte, mais personne ne l’a encore franchie.»

À ce stade, rien n’indique que le problème sanitaire sera bientôt résolu en Chine. Justin Sherrard, un stratège du marché des protéines animales chez Rabobank, s’attend donc à ce que «la compétition pour acheter du porc devienne encore plus intense en 2020. Car si le marché améliore sa compréhension du problème et de ses implications, l’incertitude fait toujours partie du tableau.» Voilà qui donne un goût définitivement aigre-piquant aux raviolis de ce triste Nouvel-An chinois.


Le chien revient au menu

Les malheurs des porcs chinois ne font pas le bonheur des autres animaux. Car l’épidémie qui décime les élevages de cochons a provoqué «un net regain d’intérêt pour la viande de chien et celle de lapin», assure le «South China Morning Post». Ce journal de langue anglaise publié à Hong Kong décrit des gargottes dans des zones rurales, où on ne trouve plus de viande de porc dans les restaurants à cause de la flambée des prix provoquée par l’épidémie, ce qui pousse les Chinois à se tourner vers d’autres animaux quand ils ne veulent pas manger végétarien.

Si le chien n’est plus consommé dans l’ensemble de cet immense pays, il semble qu’environ 10 millions de ces animaux y seraient encore mangés chaque année, surtout dans le Sud, selon l’association de protection animale HSI. De son côté, l’association hongkongaise Animals Asia Foundation, qui recense les restaurants servant de la viande de chien en Chine, a récolté pas moins de 1300 signalements dans 153 villes du pays.

Créé: 12.01.2020, 17h49

Cliquer sur l'image pour l'afficher dans un nouvel onglet.

L’Ebola du cochon se répand

Virus

Le nom de la maladie prête à confusion, car c’est une peste porcine africaine qui décime actuellement les élevages chinois. Cela s’explique par l’origine du virus, qui vient d’Afrique subsaharienne, et qui est différent de la peste porcine classique, mieux connue sous nos latitudes.

La peste porcine africaine est une maladie très contagieuse qui tue 85 à 95% des porcs infectés en deux semaines. Elle a notamment été surnommée «Ebola du cochon» parce que, après quelques jours, les animaux malades souffrent d’une fièvre hémorragique avec des saignements s’étendant à tous les organes.

Malgré sa virulence, ce virus n’est pas transmissible à l’homme, mais il peut contaminer d’autres animaux comme les phacochères et les potamochères en Afrique, ou encore les sangliers en Europe. Le virus survit particulièrement longtemps, en particulier dans le sang, les produits carnés et les cadavres. À ce stade, il n’existe aucun traitement ni vaccin.

Sortie d’Afrique à la fin des années 50, cette fièvre s’étend comme une traînée de poudre dans le monde. Le virus est notamment apparu dès 2007 sur le continent européen, en Géorgie, avant de contaminer progressivement plusieurs pays, comme la Roumanie, la Bulgarie et la Hongrie. Le dernier pays touché est la Pologne, où l’on a découvert récemment un foyer dans une région située à 40 kilomètres de la frontière allemande.

La Chine n’a été contaminée qu’en 2018, mais les effets y ont été dévastateurs dans ce pays qui élève et consomme plus de 600 millions de porcs chaque
année.

En Suisse, «la situation reste préoccupante» et «le risque d’introduction de la maladie est élevé», rappelle le dernier bulletin de l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires. La Suisse a d’ailleurs introduit le 2 septembre 2019 de nouvelles mesures qui permettront, en temps voulu, de se coordonner rapidement.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Genève: les communes les plus riches ont le plus de chiens
Plus...