Passer au contenu principal

Perdue dans l’ombre de la Chine, Taïwan veut briller

Longtemps forte dans la production de matériel informatique, l’île compte aujourd’hui sur le software pour se relancer.

Horace Luke, co-fondateur de la start-up taïwanaise Gogoro, pose sur la «Tesla des scooters».
Horace Luke, co-fondateur de la start-up taïwanaise Gogoro, pose sur la «Tesla des scooters».
Bloomberg

La semaine passée, au moment où la Floride était ravagée par l’ouragan Irma devant les caméras du monde entier, Taïwan se préparait à affronter le typhon Talim. Si ce dernier s’est finalement dirigé vers le Japon (où il a fait au moins deux morts), la discrétion médiatique entourant la menace qui planait sur l’île de 23,5 millions d’habitants illustre un problème majeur pour Taïwan: son manque de visibilité à l’échelle internationale, perdue dans l’ombre de sa puissante voisine la Chine.

Cet Etat a pourtant su se forger une solide réputation dans le hardware, soit la production de matériel informatique. Asus, Acer, la marque de smartphones HTC ou encore Foxconn, à la réputation ténébreuse, y ont leur berceau. Ces géants de renommée mondiale ont fait de la «province rebelle» aux yeux de Pékin l’un des cœurs technologiques asiatiques du début du XXIe siècle. Sans nier leur rôle toujours conséquent – Apple, par exemple, dépend énormément des composants électroniques de Foxconn – ces grands groupes ont perdu peu à peu en notoriété, masqués par le succès croissant de Google, Facebook, Amazon, voire Alibaba en Chine.

Ces dernières années, les services, plus grossièrement appelés software, ont détrôné le hardware, mais aussi Taïwan dans la foulée. «La production de matériel informatique, qui reste notre principale source d’activité, est de moins en moins rentable», explique Meili Hsiao. Cette Taïwanaise dirige une ONG créée dans le cadre d’efforts publics et privés pour soutenir le développement de l’industrie de l’information à Taïwan. Elle estime que les marges dans le hardware y ont sombré à moins de 3% aujourd’hui. Celles de Facebook étaient de 47,2% au dernier trimestre. De quoi faire briller les mirettes d’une économie qui a dû se contenter d’une croissance annuelle moyenne de 3,9% au cours de la dernière décennie. Celle de sa puissante voisine était de 7 à 10%.

Tournée vers le digital

Pour redonner du souffle à son économie, Taïwan se rêve en nation digitale. Cela se ressent dans la plupart des ministères du gouvernement. «Taïwan souhaite rompre avec son passé. Au lieu de poursuivre le développement de nos infrastructures dans le hardware, notre but est de bâtir un écosystème digital solide apte à assurer le développement de notre croissance sur le long terme.» Voilà, dans les grandes lignes, le message répété en boucle par la présidente et ses ministres, dont Audrey Tang, nommée la semaine passée à la tête d’un département consacré au développement des services numériques de l’Etat. Le plan 2017-2025 qui vient d’être mis en place insiste sur cette transformation, comme l’illustre la création en septembre 2016 d’un «Asia Silicon Valley Plan».

Le nom de ce programme qui promet de booster la croissance de l’île jusqu’à 5% dès 2025 et déboucher sur la création de nouvelles start-up – notamment dans le domaine des objets connectés, de l’intelligence artificielle, du big data ou de la cleantech – apparaît à double tranchant. Prometteur certes, il met en exergue une réalité qui pourrait mettre à mal l’émergence de cette «Taïwan digitalisée»: son réveil tardif. Sans même parler de ce qui se passe à San Francisco, la concurrence internationale dans ce domaine est effectivement déjà bien installée.

Elle se renforce même de jour en jour, comme l’a démontré l’affluence au 21e Congrès mondial sur les technologies de l’information (WCIT). En marge de la manifestation, à l’aide d’une vaste exposition, le gouvernement a toutefois cherché à mettre en avant ses forces dans les nouvelles technologies. Son message se voulait clair: «Taïwan est plus grande que ce que vous pouvez croire.»

Berceau de start-up

Dans certains secteurs, force est d’admettre que l’affirmation se tient. Certaines start-up taïwanaises n’ont pas attendu que le gouvernement lance son plan «Silicon Valley» pour percer dans le software. Lancée en 2011, la start-up Gogoro, parfois décrite comme la «Tesla des scooters» ou l’«Uber à deux roues», a par exemple levé plus de 180 millions de dollars et s’est transformée en une société de quelque 300 employés. Les scooters électriques développés par la marque taïwanaise et ses stations de recharge géolocalisables sont même depuis le printemps à disposition des Berlinois et devraient arriver tout prochainement à Paris.

Même succès pour Brogent Technology, une intéressante entreprise créée en 2001 par cinq Taïwanais. Comptant désormais quelque 200 salariés, le groupe, dont la valorisation boursière dépasserait les 400 millions de dollars, développe, fabrique et installe ses simulateurs dans des parcs d’attractions dispersés aux quatre coins du monde.

Inspiration venue de Suisse

Actives dans des branches très distinctes, les deux jeunes sociétés ont en commun leur orientation internationale. «Ce n’est pas suffisant de se contenter d’un marché de 23 millions d’habitants, il faut penser global et aller voir ce qui se fait ailleurs», estime Horace Luke, patron et cofondateur de Gogoro. Les similarités avec la Suisse sont très fortes, puisque les sociétés et start-up helvétiques doivent également très vite sortir de leurs frontières pour se développer.

Elles semblent même servir d’exemple dans l’île asiatique. «Nespresso, Swatch et beaucoup d’autres marques suisses ont été contraintes de penser global dès leur premier jour», expliquait lors d’un panel de discussions au WCIT John Yeh, fondateur et patron de Hiiir, une société taïwanaise spécialisée dans les télécoms. Il suffit d’ailleurs de se balader dans les grands centres commerciaux de la capitale pour voir à quel point la Suisse y est omniprésente par l’entremise de ses nombreuses marques horlogères.

Les liens entre Taïwan et la Suisse ont également une certaine assise historique, à l’exemple de ceux unissant la société vaudoise Logitech et l’île asiatique. «Notre société a été l’une des premières entreprises technologiques à reconnaître les opportunités que l’Asie pourrait apporter, tant en termes de diversité des talents que de sa capacité de production», rappelle Ben Starkie, le porte-parole du groupe. Depuis 1986, Logitech est présente à Hinschu, une ville proche de la capitale de Taïwan, Taipei.

L’exemple de Logitech remet bien en perspective la nécessité pour l’île rebelle de réussir sa transition du hardware au software. Si Logitech a préféré déplacer sa production à Suzhou, en Chine, Hinschu est resté l’un de ses plus grands sites de recherche et développement.

*Sur invitation du Ministère taïwanais des affaires étrangères

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.