Pékin veut surveiller de près les sociétés étrangères

Big BrotherComme elle le fait déjà pour les individus, la Chine va mettre en place un système de crédit social pour les entreprises.

Dans le quartier de Kwun Tong, des manifestants sectionnent à la scie à métaux un lampadaire «intelligent». Du matériel fabriqué en Chine et pouvant être connecté au réseau de télécommunication chinois, accusent-ils.

Dans le quartier de Kwun Tong, des manifestants sectionnent à la scie à métaux un lampadaire «intelligent». Du matériel fabriqué en Chine et pouvant être connecté au réseau de télécommunication chinois, accusent-ils. Image: Keystone

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C’est la Chambre de commerce de l’Union européenne en Chine qui a lancé l’alerte mercredi: Pékin a mis au point un système de surveillance des entreprises qu’elle qualifie d’outil «le plus complet créé par un gouvernement», rapporte l’agence Bloomberg. «Il pourrait même entraîner la faillite de certaines entreprises», ajoute-t-elle notamment les plus petites.

Bons et mauvais points

Ce système est plus ou moins calqué sur le «certificat de bonne conduite»» qui suit désormais les citoyens chinois, qui se voient attribuer bons ou mauvais points. Le Big data permet désormais de surveiller les fréquentations et comportements des citoyens, en premier lieu sur Internet, tandis que Skynet, via la reconnaissance faciale, contrôle l’espace public. Pour les entreprises, ce «corporate social credit system» imposera le suivi et le traitement des entreprises afin d’évaluer leur comportement, sur la base de 300 critères tels que la fiscalité, la protection de l’environnement, la qualité des produits, la sécurité au travail, le commerce électronique ou la cybersécurité. Des inspections régulières seront mises en place, susceptibles de déboucher sur des notations. L’entreprise pourrait ainsi voir sa note baisser dès lors que le système aura détecté un manquement à l’une ou l’autre des 3000 recommandations.

«Droit de vie et de mort»

«Il n’est pas exagéré de dire que ce système sera le plus complet jamais créé par un gouvernement afin d’imposer une économie régulée, ni qu’il pourrait être synonyme de vie ou de mort pour les entreprises», souligne dans son rapport président de la Chambre de commerce, Jörg Wuttke. Le rapport s’inquiète en outre de la charge de travail supplémentaire que représenterait pour les sociétés, surtout les plus petites, l’obligation de se conformer en permanence aux exigences du catalogue édicté par Pékin.

Récompenses

Le rapport reconnaît que ces notations peuvent aussi déboucher sur des récompenses, toutefois, «rien ne garantit que ces renseignements ne seront pas utilisés à un moment donné pour cibler des sociétés précises». Cette surveillance est vue par certains observateurs comme le contrepoids à l’assouplissement des restrictions à l’investissement dans certaines industries.

Plus de transfert obligatoire de technologies

Pour John Plassard, analyste chez Mirabaud, «le gouvernement chinois cherche ainsi, dans un souci d’accueil, à garder un contrôle étroit de ce qui pourrait se développer, notamment en matière technologique, dans le pays». Ce crédit social ne représente pas, à ses yeux, un frein pour les entreprises, mais plutôt, «paradoxalement, la confirmation de l’arrivée d’entreprises» dans l’Empire du Milieu. Il rappelle enfin que Pékin a édicté une nouvelle loi fin 2018, bientôt en vigueur, qui «interdira aux gouvernements locaux de restreindre l’accès au marché des entreprises étrangères et de les forcer à transférer des technologies». Les investisseurs étrangers «bénéficieraient ainsi des mêmes prérogatives que les entreprises chinoises dans la plupart des secteurs, à l’exception de ceux figurant sur une liste négative».

Créé: 29.08.2019, 18h31

Avis d’experte: «Ce n’est pas impensable en Suisse…»

«Les Chinois ont une autre culture et philosophie politique que la nôtre, explique Solange Ghernaouti, directrice du Swiss Cybersecurity Advisory and Research Group à l’UNIL. Ce qui nous rapproche, c’est une certaine posture et action de sécurité, basée sur la surveillance technologique, qui s’est mise en place depuis 2001 dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.»

Pour la chercheuse, «avec la globalisation de l’économie, on assiste à un déploiement d’une pensée technologique unique en passe de devenir «universelle» pour un marché mondial. Les usages se propagent dans une logique de fuite en avant technologique et de toujours plus de contrôle.»

Selon Solange Ghernaouti, le principe du «crédit social» (surveiller et noter les individus selon leur comportement) testé en Chine peut également être exporté dans différents pays et être décliné en fonction des circonstances et des objectifs. «Sans vision politique et sans régulation, il n’est pas impensable qu’un tel système puisse être adapté en Suisse, pour diverses finalités comme la sécurité ou la santé.

Un des problèmes est que les données ont déjà été collectées par des agences gouvernementales. Par exemple, en 2009 quand les Suisses ont voté pour le passeport biométrique, ils ont aussi accepté le stockage de leurs données dans des systèmes informatiques. Aujourd’hui ce n’est plus uniquement notre pays qui les possède, mais aussi les différents pays qui les exigent, entre autres pour entrer sur leur territoire.»
Sandra Miura

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