Les solutions des patrons romands pour les retraites

PrévoyancePourtant d’accord sur l’urgence de réforme, patronat et syndicats peinent à trouver un compromis. Compte à rebours

Image: Keystone

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Retraites, attention danger. «Cela fait bientôt deux ans que les partenaires sociaux discutent et que rien ne sort, s’impatiente Christophe Reymond, directeur général du Centre patronal vaudois. On avance peu et mal, alors que les experts du deuxième pilier indiquent qu’il est urgent de pérenniser le système.» De quoi parle-t-on? Avec l’allongement de l’espérance de vie, les rentes futures sont menacées. Swisscanto Prévoyance parle de prestations en baisse de plus de 15% aujour­d’hui par rapport à un plan en vigueur il y a dix ans. Inquiétant.

La récente votation sur l’AVS n’y changera rien. Certes, les 2 milliards versés annuellement pour colmater les fuites vont donner un peu d’air au premier pilier. Mais rien n’a encore été fait pour le second pilier, dont les rentes, cumulées à celles de l’AVS, doivent offrir aux retraités des revenus représentant 60% du dernier salaire. La règle d’or pour jouir d’une retraite paisible.

Retour en arrière. En septembre 2017, le peuple rejette la réforme Prévoyance vieillesse 2020, dont les mesures devaient permettre de stabiliser le système. Chargé du dossier, le conseiller fédéral Alain Berset demande alors aux syndicats et aux organisations patronales de lui faire des propositions en matière de prévoyance professionnelle (lui se chargera de l’AVS).

Monter l’âge de la retraite ou baisser le taux de conversion?

D’un côté de la table, on trouve l’Union patronale suisse (UPS) et l’Union suisse des arts et métiers (USAM), de l’autre les forces syndicales regroupées sous la bannière de l’Union syndicale suisse (USS). Relèvement ou non de l’âge de la retraite, possible hausse des cotisations, réduction du taux de conversion sur lequel le montant des retraites est calculé, passage à un système davantage fondé sur la solidarité entre les assurés en matière de rentes et de cotisations que le modèle actuel? Rien n’a filtré sur les négociations depuis.

Plus grave, rien ne semble bouger. Aux dernières nouvelles, le conseiller fédéral aurait fixé un énième délai pour la fin de l’été aux partenaires sociaux pour venir avec un compromis. Est-on à bout touchant? «Dans le cadre des discussions en cours avec les partenaires sociaux, l’Union patronale suisse se concentre sur une réforme globale et stable de la prévoyance professionnelle. Elle ne commente pas l’état d’avancement des discussions», indique par e-mail l’association faîtière. Les syndicats ne sont guère plus loquaces. «Je ne peux donner aucun détail sur nos propositions et sur l’état des négociations», indique Daniel Lampart, premier secrétaire de l’USS.

Pas d’alternatives à avancer

Il n’empêche, les choses devront avancer. «Même si les négociations entre les partenaires sociaux échouent cet été, le sujet va rester à l’ordre du jour», souligne Jean-Rémy Roulet, président de l’Association suisse des institutions de prévoyance (Asip). Lui appelle de ses vœux une réduction du taux de conversion utilisé pour le calcul des rentes, pour pérenniser le système, mais «avec des mesures compensatoires, afin que le deuxième pilier reste crédible aux yeux de la population».

Mesures compensatoires? «Selon nos calculs, les caisses devraient verser 2 milliards sur le compte des cotisants pour limiter l’impact de la baisse du taux de conversion, augmentant ainsi le capital à disposition à l’âge de la retraite, ce qui est tout à fait envisageable.» Cet argent serait ponctionné dans les réserves constituées par les caisses de retraite suisses.

David Pittet, directeur général du cabinet de conseil Pittet Associés à Genève, va dans le même sens. «Le peuple a montré au travers de plusieurs votations sa volonté de maintenir la valeur nominale des prestations, il faudra donc trouver des mesures de compensation pour limiter la baisse des rentes.» Il faudra jongler entre les différentes options: hausse des cotisations; allongement de la durée de cotisation; réduction de la durée de prestation, soit le relèvement de l’âge de la retraite; tout est envisageable. De son côté, Alberto Aliprandi, responsable commercial chez Tellco pkPRO à Lausanne, estime que «le moyen le plus efficace pour stabiliser le système de prévoyance est d’augmenter l’âge de la retraite à 67 ans pour les hommes et les femmes». Un point également préconisé par les patrons alémaniques.

La solution vaudoise passe mal outre-Sarine

Le Centre patronal vaudois plaide, lui, en faveur d’une autre solution. Christophe Reymond détaille: «Nous avions anticipé les blocages et sommes venus, après le rejet de la réforme Prévoyance vieillesse 2020, avec des propositions originales et durables, prônant l’instauration d’un système où l’âge légal de la retraite serait remplacé par une durée de cotisation de 44 ans.»

Mais cette proposition n’a pour l’instant pas convaincu à droite. Elle ne fait pas partie des propositions retenues par les patrons alémaniques pour les négociations en cours. «Ils se cramponnent à l’idée dogmatique d’augmenter l’âge de la retraite à 67 ans, observe-t-il. Nous les regardons faire, mais nous sommes persuadés qu’il faut une idée forte et moderne pour passer l’épaule.»

Cette solution pour rendre l’AVS et le deuxième pilier pérennes a l’avantage de tenir compte de l’évolution du monde du travail, à l’heure où les études ont tendance à se prolonger. «Un étudiant commençant à pratiquer comme médecin à 28 ans s’activerait potentiellement jusqu’à l’âge plafond de 70 ans, alors qu’un jeune maçon ayant débuté à 18 ans pourrait prendre une retraite pleine à 62 ans, ce qui tiendrait compte de la pénibilité du travail.»

L’atout à dégainer

Christophe Reymond garde son atout dans sa manche. Il est prêt à dégainer après les élections fédérales de cet automne. «Nous sommes en train d’affiner notre proposition, qui est aussi à l’étude chez un professeur alémanique.» La solution finale sera technique et prendra la forme d’un paquet au parlement. «Il inclura certainement un petit bout de TVA pour l’AVS, qui nécessitera une modification constitutionnelle.»

Il est probable que la solution vaudoise pour stabiliser le système de prévoyance fasse parler d’elle… à moins que les partenaires sociaux n’aient trouvé une solution d’ici là. Le compte à rebours a commencé.

Créé: 23.06.2019, 20h58

Il faut avancer sur la prévoyance, et vite

Le système de la prévoyance professionnelle devra être revu. «Il doit être périodiquement adapté, car les paramètres sur lesquels il repose évoluent, avec notamment la hausse de l’espérance de vie et le fait que les habitudes de travail changent», rappelle David Pittet, patron de Pittet Associés. Les gens privilégient de plus en plus le temps partiel ou des carrières pas forcément linéaires.

La situation est assez simple. Comme les gens vivent de plus en plus longtemps et que les rendements financiers tendent à diminuer, le système doit être recalibré pour s’adapter à cette évolution. Mais les réformes nécessaires, notamment le rehaussement de l’âge de la retraite, ne sont pas faciles à faire passer auprès de la population.

Sollicités par Berne pour trouver un modus vivendi, les partenaires sociaux peinent à s’entendre. Malgré l’urgence, il est probable que rien n’avance d’ici aux élections fédérales de cet automne. «Une fois les élections passées, les parlementaires devront reprendre la barre», assure Jean-Rémy Roulet, président de l’Asip. Il est probable que le peuple se prononce in fine sur le sujet. Vraisemblablement à l’horizon 2021-2022. N.P.

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