Patrick Drahi surprend à nouveau tout le monde

PortraitResté discret ces derniers mois, le milliardaire revient sur le devant de la scène en s’offrant Sotheby’s pour 3,7 milliards.

Via des fonds émanant de sa holding personnelle, le milliardaire franco-israélien a racheté Sotheby’s.

Via des fonds émanant de sa holding personnelle, le milliardaire franco-israélien a racheté Sotheby’s. Image: VQH

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À en croire plusieurs témoins, sa collection serait impressionnante, composée de Chagall, de Vasarely et autres pièces prestigieuses. Après avoir longtemps tenu secret son amour pour l’art, Patrick Drahi, l’empereur du câble et des médias en France, a fait tomber le masque en début de semaine.

Via des fonds émanant de sa holding personnelle, le milliardaire franco-israélien a racheté Sotheby’s. Grâce à des cessions d’actions de son groupe Altice et à un emprunt auprès de la BNP Paribas, il est parvenu à réunir les quelque 3,7 milliards de dollars nécessaires pour s’offrir la prestigieuse maison de vente aux enchères américaine.

Par cette acquisition aussi surprenante que retentissante, Patrick Drahi revient sur le devant de la scène après une longue période de silence radio. Il faut dire que son groupe a vécu de fortes turbulences à tel point que sa fortune s’est fortement réduite au cours des deux dernières années, passant de 14 à 6,8 milliards d’euros (selon «Forbes»). L’occasion apparaît donc idéale pour dresser le portrait de cet homme d’affaires autant admiré que craint.

Monter sa propre entreprise

C’est à Casablanca, au Maroc, que Patrick Drahi voit le jour le 20 août 1963. Brillant élève, grâce notamment à une excellente mémoire, il se met très jeune à ne rêver que d’une seule chose: monter sa propre entreprise. Cette envie se confirme au moment où il fait ses premières armes professionnelles. Ingénieur de formation (Polytechnique, puis Telecom Paric Tech), il part aux Pays-Bas pour travailler deux ans au service marketing du groupe Philips. «Trop grande, trop hiérarchisée, cette boîte a en plus l’immense inconvénient d’appartenir à quelqu’un d’autre», relatent les journalistes Léna Mauger et Mathieu Palain dans un portrait croisé sur l’homme et son compère Xavier Niel (propriétaire de Free et de Salt en Suisse) paru dans la revue «XXI».

Dans les années 90, alors que le marché du câble se fractionne en de nombreux opérateurs (EDF, UPC, TDF Câble, France Télécom Câble, etc.) et que les pertes s’accumulent dans les bilans, Patrick Drahi y perçoit une réelle opportunité d’affaires. «Je n’avais aucun financement à part les 50 000 francs (français) de mon prêt étudiant, et à l’époque personne n’avait tiré de bénéfice dans le câble, pas même des entreprises qui avaient investi 30 milliards. Moi je n’avais pas peur, je n’avais rien à perdre», raconte-t-il dans une allocution tenue devant ses salariés le 23 mai 2017.

Naissance du groupe Altice

Ses premiers millions, Patrick Drahi les réalise en revendant, en 1999, les quelques petits réseaux locaux acquis au cours des années précédentes. L’acheteur n’est alors pas anodin, puisqu’il s’agit d’UPC, l’entreprise de son idole de toujours: le puissant et richissime Américain John Malone.

Grâce aux 40 millions d’euros encaissés suite à la vente de ses actions dans UPC (reçues en 1999), il peut entamer sa conquête en rachetant deux premiers opérateurs (l’un en Belgique et l’autre à Strasbourg). Leur réunion donne naissance à Altice, alors 24e opérateur de câble en France (il sera numéro 1 dès 2007).

Par la suite, le patron n’aura de cesse de racheter ces concurrents. Mais comment absorber des acteurs plus grands que soi? Tout bêtement en créant de la dette! «Le concept est simple: les banques vous prêtent des sommes faramineuses à des taux élevés sur la promesse de redresser une entreprise en réduisant les coûts et en allant chercher de nouveaux marchés. Une fois les comptes rétablis, vous ponctionnez une partie des bénéfices pour rembourser votre dette», expliquent les deux journalistes de la revue «XXI». Naturellement, tout cela ne se fait pas sans sacrifices sociaux. Depuis 2015, les 15 000 salariés de SFR l’ont bien compris. Suite au rachat par Drahi de leur groupe pour 14 milliards d’euros, un tiers d’entre eux ont perdu leur emploi.

Au cours des dernières années, le milliardaire a surtout su tirer profit des politiques monétaires ultra-accommodantes des banques centrales pour multiplier, à coups de milliards, les rachats d’opérateurs. Et cela tant en Europe qu’aux États-Unis. Sur le marché du câble américain par exemple, suite à la reprise de Suddenlink en 2015 pour 6,7 milliards de dollars et Cablevision deux ans plus tard pour 17,7 milliards, Altice y devient le numéro 4.

Depuis 2015 et le rachat du quotidien «Libération», son règne ne se limite plus seulement aux télécoms. En quelques années, la neuvième fortune de France s’est également façonné un vaste empire médiatique. Car contrairement à certains de ses concurrents, Patrick Drahi est convaincu de la nécessité d’établir des convergences entre les deux mondes pour ferrer et conserver ses abonnés.

«L’Express», «L’Expansion», BFM TV ou encore RMC tombent ainsi dans son escarcelle en France. À cela s’ajoute encore i24 News en Israël, pays de cœur du milliardaire depuis de nombreuses années. Après avoir acheté un luxueux appartement à Tel-Aviv, il finit par faire les démarches pour accéder, en 2012, à la nationalité israélienne.

Son statut fiscal reste toutefois basé en Suisse, à Zermatt plus précisément. Selon «Bilan», l’entrepreneur qui s’est installé à l’âge de 35 ans à Genève aurait investi entre «100 à 150 millions d’euros dans des biens immobiliers en Suisse» (toujours sur Genève et Zermatt). À noter que la Cité de Calvin accueille également un siège du groupe Altice.

Turbulences dans l’Empire

Après des années de prospérité et de confiance quasi aveugle des banques, ce que les Goldman Sachs, JP Morgan ou BNP Paribas craignaient le plus finit par arriver: le modèle Drahi se grippe. Chez SFR notamment, c’est la crise. En trois ans, l’opérateur français perd 3 millions de clients.

Vers la fin de 2017, les marchés entrouvrent donc les yeux et finissent par s’alarmer des dettes colossales accumulées par le Franco Israélien. «Je dors beaucoup plus facilement avec 50 milliards de dettes qu’avec les premiers 50 000 francs français que j’avais contractés en 1991», assurait-il pourtant un an plus tôt devant une commission du Sénat.

Alors que l’action d’Altice s’effondre, l’homme d’affaires de 55 ans remonte au front. En plus de faire le ménage au sein de son équipe dirigeante, il cède certains actifs non stratégiques et cherche par tous les moyens à accélérer le désendettement de son groupe. À cela s’ajoute une réorganisation complète d’Altice, dont la holding est domiciliée à Amsterdam.

Pour faire simple, depuis le 8 janvier 2018, Patrick Drahi a coupé la poire en deux afin de protéger la partie la plus saine des risques planant sur l’autre. Plus concrètement, il a séparé ses activités américaines extrêmement prospères et rentables, de celles beaucoup plus risquées en Europe.

Créé: 20.06.2019, 19h30

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