«La parole de Birkenfeld a un poids énorme»

Evasion fiscaleLe témoignage de l’ex-banquier dans l’enquête française contre UBS démontrerait que la stratégie était mondiale. En France et aux Etats-Unis, les mêmes procédures illicites étaient utilisées. Il a été entendu vendredi à Paris.

Bradley Birkenfeld, condamné en 2009 à 40 mois de prison pour avoir contribué activement à des opérations d'évasion fiscale au profit de contribuables américains, est à Paris pour aider les enquêteurs sur les agissements d’UBS France.

Bradley Birkenfeld, condamné en 2009 à 40 mois de prison pour avoir contribué activement à des opérations d'évasion fiscale au profit de contribuables américains, est à Paris pour aider les enquêteurs sur les agissements d’UBS France. Image: Keystone

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«Mon client ne communiquera pas sur l’affaire UBS en France. M. Birkenfeld est à Paris pour aider les enquêteurs dans leurs travaux sur les agissements d’UBS France. Entendu par le juge Guillaume Daïeff, Brad (ndlr.: Bradley Birkenfeld) est très soucieux de ne pas entraver la justice française. Mais il n’exclut pas d’évoquer UBS aux Etats-Unis, dont le rôle joué par Raoul Weil prochainement.» Au cabinet parisien Jean Reinhart, qui défend les intérêts de celui par qui l’affaire UBS a éclaté aux Etats-Unis, on gère sa venue dans la Ville Lumière avec zèle mais fermeté. Bradley Birkenfeld a reçu l’autorisation de la justice américaine de venir à Paris cinq jours pour être entendu «en qualité de témoin» par le juge Guillaume Daïeff, qui instruit l’affaire UBS France.

Et c’était, vendredi, le jour J dans les bureaux du juge au prestigieux pôle financier du Tribunal de grande instance de Paris. Au 5, 7 rue des Italiens, le magnifique immeuble posthaussmannien, qui abrita pendant près d’un demi-siècle la rédaction du Monde, est surmonté d’une monumentale horloge. Le temps ici, dans cette rue très calme en léger retrait des grands boulevards, semble suspendu. Aussi l’audition de Bradley Birkenfeld a été longue.

En effet, la maison mère UBS est mise en examen pour «blanchiment aggravé de fraude fiscale» et «démarchage bancaire ou financier illicite». Des faits commis entre 2004 et 2012. Sa filiale française est soupçonnée de complicité. Trois anciens gestionnaires de fortune suisses sont sous le coup de mandats d’arrêt. La banque suisse a dû verser en juillet 2014 une caution record de 1,1 milliard d’euros et risque une amende de 5 milliards d’euros.

UBS France fermée!

Mais ce n’est pas tout! Selon l’enquêteur Antoine Peillon, auteur du livre Ces 600 milliards qui manquent à la France, lui-même entendu dans cette affaire, «c’est plus de 10 milliards d’euros qui ont été soustraits au fisc. Et UBS risque la fermeture de sa filiale en France, tant la direction française que suisse font preuve de mauvaise volonté et s’échinent à empêcher la réunion des preuves», avance Antoine Peillon.

De toute évidence, le juge français a passablement d’éléments à faire quittancer par Bradley Birkenfeld. Cela tombe bien, les mécanismes de la prospection et de l’évasion fiscale étaient les spécialités de l’ancien chargé d’affaires d’UBS qui, après avoir purgé une peine de prison de 30 mois – il vit sous le régime de la liberté conditionnelle – a reçu 104 millions de dollars de la part du fisc américain en tant que lanceur d’alerte. Pour mémoire, UBS a payé en 2009 une amende de 780 millions de dollars et livré les noms de 4450 clients américains. Cet épisode marque le début de la fin du secret bancaire suisse avec les Etats-Unis.

«La parole de Bradley Birkenfeld a un poids énorme. Son apport a été déterminant pour faire plier UBS aux Etats-Unis, dont les autorités lui ont donné raison», estime Stéphanie Gibaud. Ex-directrice de la communication d’UBS France jusqu’en 2012, responsable de l’événementiel qui servait selon elle notamment à recenser et approcher les fortunes françaises candidates à l’évasion fiscale, Stéphanie Gibaud a publié un livre – La femme qui en savait trop (Cherche midi) – qui témoigne du caractère illégal de l’activité d’UBS en France.

«Le témoignage de Bradley Birkenfeld, avec lequel je suis en contact régulier, aidera à corroborer et vérifier tout ce que je dis aux enquêteurs depuis 2008», poursuit Stéphanie Gibaud. «Brad apportera par sa compétence de chargé d’affaires des éléments qui mettront en évidence comment UBS a mis en place une stratégie globale appliquée aux Etats-Unis, en France, en Espagne, en Allemagne, bref partout. Les cas illicites n’étaient pas dus à des initiatives personnelles, comme la banque entend le faire croire quand elle se fait rattraper par une affaire», explique l’ex-employée d’UBS. «Bradley Birkenfeld, c’est important, mais ce n’est que de l’ordre de la confirmation! Les juges ont tout ce qu’il faut en leur possession pour prouver que la stratégie était mondiale», avance aussi Antoine Peillon.

Le rôle de Raoul Weil…

C’est d’ailleurs l’un des enjeux de l’enquête française que de faire le lien (ou non) entre les pratiques reprochées par le passé à UBS aux Etats-Unis comme peut-être en France. Le rôle de Raoul Weil pourrait donc aussi être à nouveau examiné. L’ex-numéro 3 de la banque suisse a été acquitté en Floride au mois de novembre 2014 par la justice américaine. Cette dernière lui reprochait d’avoir aidé 17 000 Américains à soustraire 20 milliards de dollars au fisc. Plaidant non coupable, il s’est présenté en victime de ses collaborateurs aux intentions frauduleuses. C’est aussi la ligne de défense d’UBS France. Or, Raoul Weil avait également été le directeur de la gestion de fortune pour l’Europe.

«Il faut se poser la question du pourquoi Bradley Birkenfeld et moi-même n’avons pas été entendus par la justice américaine? Alors que nous avions proposé notre aide», souligne Stéphanie Gibaud. En effet, selon des sources américaines (lire ci-contre), Bradley Birkenfeld était frustré de n’avoir pas été appelé à témoigner dans le procès de Raoul Weil. (TDG)

Créé: 28.02.2015, 10h39

L’homme qui a fait tomber UBS en Amérique

Bradley Birkenfeld attendait ce moment depuis longtemps. Quinquagénaire depuis jeudi, l’ancien banquier d’UBS, qui s’est présenté hier matin dans le bureau du juge Daïeff à Paris, a beaucoup de choses à dire sur les pratiques de son ancien employeur. Cette convocation lui a permis de sortir quelques jours des Etats-Unis, où il est en liberté surveillée après avoir purgé 30 mois de prison pour son rôle dans l’affaire UBS outre-Atlantique.

Car même s’il a touché 104 millions de dollars à sa sortie de prison pour ses informations sur la banque helvétique, le détonateur de l’affaire UBS aux Etats-Unis en 2007 a attendu en vain l’année dernière une convocation du procureur Mark Daly pour témoigner au procès de Raoul Weil, son ancien patron. Une source proche du dossier affirmait à l’époque que l’ancien banquier d’UBS aurait «probablement» permis au Département américain de la justice (DOJ) de gagner son procès contre un Raoul Weil qui a finalement été déclaré non coupable par un jury du Tribunal fédéral de Fort Lauderdale. «Malheureusement, le DOJ se soucie beaucoup trop de son ego», affirmait cette source. «Il a dû se baser sur le témoignage de gens qui ne s’étaient jamais présentés volontairement pour dire ce qui se passait à UBS. Bradley Birkenfeld n’aurait jamais pu être attaqué par les avocats de Raoul Weil comme l’ont été les autres témoins (ndlr:dont Hansruedi Schumacher et Martin Liechti, les anciens banquiers d’UBS). Il n’aurait pas pu être accusé d’avoir inventé une histoire pour éviter des poursuites judiciaires.»

Bradley Birkenfeld avait finalement dû ronger son frein et suivre le procès de Raoul Weil à distance, depuis son domicile du New Hampshire où il est soumis à une surveillance stricte jusqu’à la fin de sa période de liberté conditionnelle, à la fin de cette année. Il n’a aussi jamais accepté que Martin Liechti, son supérieur à UBS à l’époque, ne soit pas poursuivi pénalement aux Etats-Unis.

Dans ce contexte, la convocation du juge Daïeff offre à un Bradley Birkenfeld, qui rêve d’entamer une nouvelle vie en Europe, une reconnaissance de son rôle clé dans l’affaire UBS. Elle couronne ses efforts pour être entendu dans l’enquête française. L’avocat de Bradley Birkenfeld avait envoyé une lettre au procureur Mark Daly au DOJ le 9 février pour le prier de soutenir l’ancien banquier d’UBS dans sa volonté de témoigner à Paris.


Jean-Cosme Delaloye - New York

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