La panne chinoise menace la conjoncture mondiale

InvestirLes indices actions montrent d’inquiétants signes de fébrilité face à la menace du coronavirus.

Avec 11 provinces se retrouvant sous restrictions, c’est 70% du PIB chinois qui est touché.

Avec 11 provinces se retrouvant sous restrictions, c’est 70% du PIB chinois qui est touché. Image: AFP

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La douche est froide, très froide même. Les marchés actions tanguent dangereusement avec l’épidémie de coronavirus qui s’amplifie. Fermées depuis une dizaine de séances en raison des vacances du Nouvel-An lunaire, les bourses chinoises ont plongé lundi de près de 8%.

En Europe et aux États-Unis, l’ensemble des gains engrangés depuis le début de l’année a été effacé ces derniers jours. Les performances des indices se sont même parfois teintées de rouge. Se retrouvant en première ligne, les compagnies aériennes, les groupes de construction ou encore le luxe sévissent. En clair, les valeurs sensibles au cycle économique plongent.

En parallèle, les investisseurs cherchent à se protéger. Valeur refuge par excellence, le franc suisse s’est raffermi, flirtant avec le niveau de 1,07 contre l’euro. À l’inverse, le cuivre utilisé aussi bien en électronique que dans le bâtiment ou l’automobile plonge durement. Ce métal vient d’enchaîner 12 sessions de baisse, abandonnant plus de 11%, la plus longue phase de baisse des trente dernières années.

20 à 30% de baisse?

Faut-il craindre un arrêt brutal de l’économie mondiale avec des Bourses qui chutent de 20 à 30%, en raison de l’épidémie de pneumonie virale? «Notre sentiment est que c’est inquiétant et que cela aura des ramifications économiques considérables, répond Samy Chaar, chef économiste de Lombard Odier. Mais je n’anticipe pas de récession mondiale.» Car la réponse chinoise serait la bonne pour contenir le virus. Le pic de propagation ne devrait plus être loin.

En Chine, les transports sont restreints. Revers de la médaille, la fermeture des usines, des restaurants ou encore des magasins pour juguler le fléau va faire sentir ses effets. À l’heure actuelle, l’économie est arrêtée et la consommation va plonger. «C’est près de 70% du PIB chinois qui est touché avec 11 provinces se retrouvant sous restrictions», précise-t-il.

Pékin a aussi réagi lundi pour soutenir son économie. «Les taux ont été réduits à 2,4% lundi et les autorités monétaires ont injecté massivement de la liquidité (ndlr: environ 170 milliards de francs)», détaille le chef économiste. Pour lui, le scénario est écrit: «Si le premier trimestre va s’avérer très difficile pour l’économie chinoise, cela restera transitoire. Il y aura un effet de rattrapage plus tard dans l’année lorsque les usines redémarreront.» Dès lors, l’économie mondiale arrivera à faire avec. Pas de krach boursier en vue, donc.

D’autres sont même positifs pour la suite. «Toute nouvelle baisse des actions mondiales rendrait les perspectives de rendement plus attractives», souligne Robert Buckland, stratège actions de Citi. Les secousses actuelles devraient être mises à profit pour acheter des titres. Le recul actuel serait même une aubaine pour les investisseurs ayant raté la hausse de 25% des marchés boursiers survenue l’année. «Lorsque la crainte domine les acteurs du marché, la reprise n’est généralement pas loin», observe Burkhard Varnholt, chef de l’investissement du Credit Suisse, dans une note.

Le poids de la Chine

Cela étant, la place prise par Pékin alerte les professionnels. Car le poids de la Chine dans le monde est beaucoup plus important que lors de la dernière épidémie de coronavirus, celle du SRAS en 2003. «L’économie chinoise représente maintenant 18% du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat, presque trois fois plus qu’en 2003», écrit Jean-Baptiste Pethe, coresponsable de la recherche économique d’Exane BNP Paribas.

Les dommages collatéraux de la fermeture des frontières et usines pourraient se révéler sanglants. «L’impact mondial pourrait ainsi atteindre plusieurs dizaines de points de PIB pendant au moins un semestre», estime-t-il. Avec plus de 360 décès, le nombre de victimes du virus recensées en Chine dépasse déjà celles du SRAS. Cette épidémie survient au plus mauvais moment. L’économie mondiale commençait à retrouver des couleurs. «Après une année 2019 catastrophique pour le secteur manufacturier, des signes de rebond étaient en train d’émerger», relève Jean-Baptiste Pethe. La croissance devait se nourrir de l’appétit retrouvé des firmes à investir, suite à l’accord commercial entre la Chine et les États-Unis.

Les deux prochaines semaines seront décisives. «Le consensus semble être que la vitesse de contagion du virus connaîtra une inflexion d’ici le milieu du mois», avance-t-il. Mais il faudra vraiment que le coronavirus lève le pied. «Si ce n’est pas le cas, les chaînes de production pourraient rester perturbées en mars, avec des effets sur la croissance mondiale qui pourraient s’étendre au second trimestre.» À coup sûr négatif en termes boursier.

Créé: 03.02.2020, 17h19

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