Nyon, une croissance à maîtriser

BILANLa proximité avec Genève a toujours favorisé la croissance de Nyon, Gland, ou Rolle, sans en faire des communes dortoirs.

Gare de Nyon. Le district héberge 55 000 personnes actives pour 43000 places de travail.

Gare de Nyon. Le district héberge 55 000 personnes actives pour 43000 places de travail. Image: Crédit: DR /Jo Simoes

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À LA FOIS SYNDIC de Nyon (VD) et vice-président du Conseil régional du district de Nyon (sans parler du festival Paléo), Daniel Rossellat confirme qu’il n’ est pas facile de faire face à l’attractivité de Genève. «Nous nous coordonnons avec les communes du district et le Canton de Vaud. A l’heure actuelle, le district dispose de 43 000 places de travail alors que nous hébergeons 55 000 personnes actives. L’idéal serait bien entendu de combler ce déficit de 12 000 places, mais nous visons plutôt à réduire ce déficit.»

Pragmatique, ce dernier est un adepte de la durabilité, aussi en matière économique. «Il est important d’avoir un tissu économique diversifié. Aujourd’hui, nous avons 88% d’emplois dans le tertiaire, c’est davantage que les moyennes cantonale et nationale. Une réflexion doit se faire à l’échelle régionale, par exemple en envisageant des regroupements entre plusieurs communes», plaide le syndic de Nyon.

Le prix des surfaces à Gland est plus accessible qu’à Nyon. Pas étonnant dès lors de constater un développement intensif de cette ville de plus de 13 000 habitants. «Nous allons voir surgir un quartier mixte dans la région Gare-Sud, une fois le feu vert cantonal obtenu. On parle de 500 à 600 futurs nouveaux habitants, entre autres», indique Thierry Genoud, municipal de Gland chargé de l’urbanisme. La commune souhaite créer une vraie place, au cœur de la ville, sur des parcelles dont elle a la maîtrise.

«Quant aux places de travail, nous sommes en discussion avec Swissquote qui a acheté deux parcelles afin de réaliser la construction d’un troisième bâtiment. La société souhaite faire quelque chose qui n’ est pas autorisé par notre règlement communal, mais la Municipalité est néanmoins entrée en matière», nous confie-t-il. Il faut dire que de nombreux emplois sont en jeu: de près de 500 à l’heure actuelle, ceux-ci pourraient à terme atteindre les 1500! Marc Bürki, CEO de Swissquote, confirme: «Nous avons acquis ces parcelles en prévision de notre croissance continue car nous avons envie de nous développer ici, à Gland. Malgré le succès des vidéoconférences, il reste nécessaire de se rencontrer physiquement.» Le CEO précise: «Chaque fois que nous avons construit un bâtiment, au fur et à mesure de l’avancement du chantier, nous nous rendions compte que nous allions être très rapidement à l’étroit. Et cela n’a pas manqué. Aujourd’hui, nous manquons déjà de surfaces et les salles de conférences ont été transformées en bureaux.» Un concours d’architecture sera lancé «très prochainement» pour le troisième bâtiment. Avec la révolution digitale qui n’épargne pas le secteur bancaire, Swissquote a le vent en poupe. «Nous avons confiance dans l’avenir», confirme Marc Bürki, pour la plus grande satisfaction de la Municipalité.

Gros investissements

Comme le rappelle Daniel Rossellat, «nous ne pouvons pas nous contenter de juste accueillir de nouveaux habitants. Nous devons éviter de devenir une ville-dortoir, d’où une offre de prestations culturelles et sportives importantes. Nyon dépense 315 francs parhabitant pourla culture, c’est beaucoup plus que de nombreuses villes. Nous avons aussi investi dans le social: l’accueil de la petite enfance, les activités pour les personnes âgées et les personnes étrangères, mais aussi les infrastructures sportives. Ce sont beaucoup d’investissements à la charge des communes alors que les deux tiers des recettes vont au canton», souligne le magistrat. Relevons que cette répartition est encore plus défavorable aux communes sur Genève. Le syndic de Nyon précise que sa ville a prévu pour 130 millions de francs d’investissements sur quatre ans pour les nouveaux bâtiments: environ 80 classes, une piscine, trois nouvelles salles de gymnastique, etc. «Nous sommes la ville vaudoise avec le taux fiscal le plus bas (61%), avec Pully (ndlr: Lausanne est à 79%, Yverdon-les-Bains à 76,5%, Montreux à 65% et Morges à 68,5%), d’où un budget régulièrement déficitaire.» Une chose est sûre, avec 16 000 emplois pour une population active de 11 000 personnes, Nyon n’est résolument pas une cité-dortoir.

Projets à long terme

Pour l’avenir, celui qui est responsable de l’Économie au Comité de direction du Conseil régional du district de Nyon entend donner la priorité aux acteurs de la région qui souhaitent s’agrandir. «D’autant que je constate une grande volatilité de certaines grandes sociétés étrangères qui partent aussi vite qu’elles se sont installées. Ce qui n’est pas le cas d’une Hublot qui investit massivement dans son outil de production, ce qui prouve bien qu’elle souhaite rester à long terme. Voilà pourquoi nous leur avons octroyé un droit de superficie après avoir adopté un plan de quartier, cela dans un laps de temps très court.»

Et de constater que cette politique volontariste a permis à Ruag de s’agrandir, tout comme Ouvrages Métalliques. Un projet à long terme pourrait surgir du côté de l’Agroscope de Changins (à mi-chemin entre Nyon et Prangins) puisque la Confédération a annoncé son intention de réorganiser les différents sites consacrés à la recherche agronomique pour centraliser ceux-ci à Posieux (FR). Le site nyonnais, bien que rénové entre 2012 et 2015 pour 70 millions de francs, pourrait abriter un éventuel pôle cleantech. «Ce serait la région idéale pour une pépinière d’entreprises», se prend à rêver le nouveau délégué à l’Économie de la Ville de Nyon, David Pernet. Pour l’heure, les startups sont davantage concentrées du côté de Gland, où le foncier est plus abordable. On y trouve notamment Sensima et Marquise Technologies.

À côté de cela, deux sites ont réussi à attirer un maximum de sièges internationaux de grandes entreprises: A-One Business Center à Rolle et Terre Bonne Park à Eysins. Ce dernier site a été développé par la société Nemaco, administrée par Rembert Berg. «Nous avons commencé ce mois avec la réalisation du dernier bâtiment (5600 m2) pour Merck qui s’y installera dès l’été 2019. En plus, en septembre prochain, la société Fresenius emménagera sur 4100 m2.» Le site entièrement achevé avec 23 sociétés implantées occupera près de 1800 personnes.

Terre Bonne Park étant complétée, Nemaco a commencé l’édification d’un second site, Signy-Parc, juste au-dessus du centre commercial à la sortie de l’autoroute. «Un premier bâtiment de 5300 m2 qui abritera un hôtel, un bowling et un restaurant sera achevé fin 2018. Le chantier principal ouvrira en 2019: il s’agira d’une nouvelle école internationale (24 000 m2). Le reste, plusieurs bâtiments, représentera environ 30 000 m2.» Autant dire que la région, bien desservie par l’autoroute et proche de l’aéroport, ne risque pas de perdre son attractivité.

Terre Bonne Park, à Eysins: le site achevé accueillera 23 sociétés et près de 1800 employés.

QUATRE ACTEURS ÉCONOMIQUES QUI COMPTENT POUR LE DISTRICT

MARC BÜRKI
Cofondateur et CEO de la plateforme financière Swissquote, à Gland.
En 1990, trois étudiants diplômés de l'EPFL (Marc Bürki, Paolo Buzzi et Iller Rizzo) décident de se lancer dans le développement de plateformes financières et s'installent dans un dépôt de peinture à Gland. Ils fondent Marvel Communications et font parler d'eux dès 1997 en offrant un accès gratuit à tout un chacun aux cours de la Bourse suisse via la plateforme Swissquote.
En parallèle, un autre secteur est développé: la création et le développement de sites web (pour Vaudoise Assurances, CIO, Nespresso, Crédit Lyonnais, etc.). Le succès ne va jamais se démentir.
Forte de 550 personnes, dont 450 à Gland, Swissquote possède désormais des bureaux à Zurich, Berne, Dubaï, Malte, Londres et Hongkong. Pour faire face à sa croissance, la construction d'un troisième bâtiment est prévue à Gland.

HENRY NIDECKER
Directeur général éponyme de l'entreprise familiale, fabricant de snowboards, à Rolle.
Fondée en 1887 à Etoy, Nidecker s'est ensuite installée à Rolle dès 1897 pour y fabriquer des échelles et des brouettes. «Nous avons toujours su évoluer pour assurer la pérennité de la société familiale», déclare Henry Nidecker, cinquième du nom.
Même si la dernière diversification, dans le paddle, ne représente pour l'heure que 1% du chiffre d'affaires, cela ne reflète pas la forte croissance rencontrée ces dernières années: 30% de croissance organique annuelle depuis six ans.
Nidecker réalise désormais 95% de ses ventes à l'exportation, notamment aux Etats-Unis. Plus globalement, le chiffre d'affaires (non communiqué) a doublé l'an dernier pour atteindre des records. Deux frères d'Henry sont aussi actifs dans l'entreprise: Xavier gère les différentes marques (Jones Snowboards, YES, Flow, Now, etc.) et Cédric, les ventes.

BERNARD REVAZ
Serial entrepreneur, fondateur notamment de Sensima, MMOS, Ayaru, quasiment toutes à Gland.
Ce Valaisan, qui travaille depuis Gland tout en vivant sur Genève, est un serial entrepreneur.
Les recherches de ce physicien sur la détection de fissures ont permis la naissance de Sensima, spin-off de l'EPFL qui a développé des solutions électromagnétiques pour robot d'inspection industrielle. Cela lui a valu en 2014 de décrocher le fonds régional d'aide à l'innovation. Contacté par Genève-Aéroport, Bernard Revaz a développé (via Sedect) un outil pour aider les passagers à franchir le contrôle de sûreté qui conduit aux portes d'embarquement. Un produit de Sensima permettant de suivre à distance l'évolution d'une fissure (sur un pont, un barrage, etc.) a séduit la SGS, d'où la création d'AIMsight, active dans l'internet des objets. Bernard Revaz a aussi cofondé MMOS (analyse de données via un jeu en ligne multijoueur) et Ayaru (solutions pour l'enseignement et la recherche académique).

REMBERT BERG
CEO de Nemaco, entre autres à l'origine de Terre Bonne Park à Eysins et du futur Signy Park.
Le district de Nyon bénéficie grandement des suites de l'acquisition effectuée en 2006 d'un site industriel de 50 000 m2 alors occupé par Swiss Pipe, fabricant de tubes en PVC. Agé de 44 ans, le Néerlandais Rembert Berg œuvre au sein de la société familiale fondée par son père voilà vingt-cinq ans aux Pays-Bas. Spécialisée dans le développement de bureaux et de business parcs, Nemaco a reconverti le site situé à l'entrée nord de Nyon pour le remplir avec des multinationales.
Jusqu'à présent, son équipe à Eysins a toujours réussi à remplacer les sociétés partantes (telle Shire, victime d'une restructuration).
Forte de ce succès, sa société a acquis une vaste parcelle de 73 000 m2 située juste de l'autre côté de la sortie autoroutière, côté Jura, sur Signy. Ce chantier s'est déjà ouvert.

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Créé: 04.05.2018, 13h39

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