Nespresso: Unia dénonce les conditions de travail

Suisse romandeLa réorganisation du temps de travail en équipe pour les salariés des sites d'Avenches, Orbe et Romont a crée des «conditions délétères».

Unia avait déjà alerté sur les conditions de travail chez Nespresso au printemps 2018.

Unia avait déjà alerté sur les conditions de travail chez Nespresso au printemps 2018. Image: Keystone

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Les conditions de travail sur les trois sites de production de Nespresso en Suisse romande se sont «gravement dégradées» au cours de la dernière année, a dénoncé mardi devant la presse le syndicat Unia. Il critique aussi l'absence d'un dialogue social constructif.

«Le stress et la fatigue» rapportés par le personnel des sites de production du fabricant de dosettes à café, filiale de Nestlé, «atteignent des niveaux extrêmes», ont critiqué les responsables du syndicat. «Les conditions de travail sont délétères», a résumé Abdeslam Landry, secrétaire syndical à Unia Vaud, parlant même de «maltraitance».

C'est la deuxième fois qu'Unia Vaud dénonce publiquement les conditions de travail chez Nespresso, qui n'a pas de Convention collective du travail (CCT). Le syndicat avait alerté les médias au printemps 2018 déjà, lorsque la direction du leader mondial du café en capsules avait annoncé une réorganisation du temps de travail en équipe pour les salariés des sites d'Avenches, Orbe et Romont. L'entreprise est passée au système de 5 à 4 équipes par jour.

Ce changement a entraîné une augmentation du temps de travail de 41 à 43 heures par semaine en moyenne. Pour assurer une production en continu, 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, les employés effectuent jusqu'à 58 heures par semaine une fois par mois, et deux week-ends par mois pendant 12 heures d'affilée, sans jamais avoir plus de deux jours de congé à la suite, relève Unia.

Sondage «alarmant»

Le syndicat a voulu faire le point une année après l'entrée en vigueur de ces nouveaux horaires et a organisé en novembre dernier un sondage auprès des travailleurs en production. Sur les quelque 600 salariés dans ce secteur, 240 ont répondu au sondage, a précisé Nicole Vassalli, secrétaire syndicale à Unia Vaud. «Le résultat est alarmant», a affirmé de son côté M. Landry.

Aux côtés d'un sous-effectif chronique et d'un turn-over important, les salariés expliquent la cause de la détérioration des conditions de travail et de vie par l'introduction de l'horaire 4 x 8. Le sondage montre que 90% d'entre eux estiment que les conditions de travail se sont clairement dégradées au cours de l'année 2019.

Cette nouvelle organisation du travail «engendre de la fatigue et du stress, rendant impossible la conciliation entre vie professionnelle et privée», selon les sondés. Ils sont quasi unanimes à se dire «très fatigués» en raison des horaires de travail. Environ 70% des salariés ayant répondu estiment que les effectifs par équipe ont été réduits, provoquant une augmentation de la pression. Et 60% d'entre eux pensent «chercher un nouvel emploi prochainement».

Plainte en préparation

Alors que la direction de Nespresso fait «la sourde oreille», selon le syndicat, Unia a décidé de porter plainte «d'ici à deux semaines» auprès des inspections de travail cantonales respectives. Le syndicat demande un changement des horaires de travail, une enquête externe sur les conditions de travail, le respect des libertés syndicales, ainsi que la reconnaissance des délégués syndicaux.

Sollicitée à de nombreuses reprises, la direction n'a pas donné suite, «de manière constructive et avec l'urgence requise», aux revendications formulées, regrettent les deux secrétaires syndicaux. Une séance a eu lieu le 13 janvier dernier. En vain. Les responsables de Nespresso ont proposé une séance en mai prochain pour en discuter. «Ce n'est pas un vrai dialogue social mais un simple échange d'informations», regrette Mme Vassalli.

Unia a par ailleurs annoncé une série d'actions sur le terrain. La première a eu lieu en fin de matinée devant la boutique Nespresso de la place St-François, à Lausanne, avec une distribution de tracts.

Nespresso se défend

Dans une réaction écrite à Keystone-ATS, Nespresso rappelle que le projet de réaménagement des horaires de travail avait été mis en consultation auprès des employés des trois usines et leurs représentants le 23 avril 2018. Elle s'était terminée par «un accord entre Nespresso et les représentants des employés sur un projet socialement et économiquement viable prenant en compte les attentes des deux parties», écrit la filiale de Nestlé.

Elle indique par ailleurs avoir mis en place fin janvier 2020 «un ensemble d'initiatives concrètes et internes autour de l'équilibre travail et vie personnelle des employés» qui ont été «bien reçues et appréciées» par le personnel. Ces mesures ont «augmenté la flexibilité de prendre plus de temps de repos le soir et le week-end». (ats/nxp)

Créé: 11.02.2020, 13h00

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