Du «nano» dans le chocolat? Il faudra l’indiquer

La plateforme Swiss NanoAnalytics se chargera d’identifier les nanomatériaux dans l’alimentation et les cosmétiques.

Certains additifs alimentaires sont dans le collimateur des autorités sanitaires de certains pays, poussant certaines marques comme M&M’s à revoir leur recette.

Certains additifs alimentaires sont dans le collimateur des autorités sanitaires de certains pays, poussant certaines marques comme M&M’s à revoir leur recette. Image: AFP / Patrick Hertzog

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En deux décennies, les nanoparticules ont conquis la planète. Présentes dans des dentifrices, crèmes solaires, chewing-gums, chocolats, condiments, désodorisants ou textiles antitache, elles sont partout. Alors que l’association Santé environnement France a répertorié plus de 300 nano-aliments, dont les plus connus sont les dioxydes de titane (E171) ou ceux de silicium (E551), l’OCDE estime qu’elles se retrouvent dans la composition de quelque 1300 produits du quotidien.

En tout, on évalue l’ensemble du marché lié aux nanotechnologies à plusieurs centaines de milliards de dollars à l’échelle mondiale. Leur succès est tel qu’on les considère comme étant à l’origine de l’une des dernières révolutions industrielles. C’est du moins de cette manière que le président Bill Clinton en parlait au début du siècle lorsque les premiers nanomatériaux apparaissaient sur le marché.

À cette époque, ces composants 30'000 à 50'000 fois plus petits qu’un cheveu représentent alors la solution parfaite aux multiples défis du XXIe siècle ultime. Assainissement de l’eau potable, emballage de meilleure qualité (sur le plan sanitaire), agent de blanchiment des dents ajouté aux dentifrices, développement de technologies miniatures à l’exemple des semi-conducteurs, solution pour acheminer des médicaments vers les tissus cancéreux, leurs propriétés semblent sans limite.

Premières inquiétudes

Malgré la discrétion des industriels sur l’utilisation de telles substances, leur prolifération a fini par alerter certains scientifiques. «Ce qui fait peur, c’est que cela fait quinze ans qu’on en utilise et qu’il y en a partout… sans préoccupation en amont de leur impact sur l’environnement», alerte sur le site français Reporterre, une chercheuse en écotoxicologie. À quel point ces nanoparticules polluent-elles l’environnement? Pour l’instant aucune méthode d’évaluation des risques n’existe et ne permet d’en estimer la portée réelle.

Mais le plus inquiétant relève plutôt de leurs conséquences sur la santé humaine. «À ce jour, les quelques études disponibles ne permettent pas d’établir les effets à long terme de ces substances», précise Christoph Geers. Ce spécialiste en BioNanomaterials à l’Institut Adolphe Merkle de Fribourg sera en charge d’une toute nouvelle plateforme baptisée Swiss NanoAnalytics et créée pour détecter ces substances. Il est vrai que l’on ignore toujours comment le corps réagit à l’absorption de ces nanoparticules, si les divers organes du corps finissent par les éliminer.

Devant ces inconnues, l’association de défense des consommateurs et les toxicologues appellent à la prudence. Sur le site de la FRC, le professeur de toxicologie à l’Université de Zurich Hanspeter Nägeli recommande notamment d’éviter d’exposer les enfants à ces substances et cela tant qu’on ne connaît pas «la dangerosité des nanoparticules».

Les États réagissent

Sur le plan gouvernemental, vu la multiplication des alertes, les lois évoluent. En France par exemple, depuis le début de l’année, l’État a décidé d’interdire les dioxydes de titane comme additif alimentaire, poussant des marques comme M&M’s à devoir revoir leur recette et surtout leurs colorants contenant cette substance. Le groupe Mars expliquait aux «Échos» avoir dû investir «44 millions d’euros et 40000 heures de travail» pour réussir à remplacer le nanomatériau par de l’amidon de riz et conserver la même qualité de bonbons chocolatés.

Du côté de Berne, ces préoccupations circulent depuis plusieurs années. Malgré quelques interpellations parlementaires, la Suisse n’estime pas qu’une interdiction se justifie étant donné les dernières conclusions émises par l’EFSA (European Food Safety Authority). Mais d’autres études sont en cours et livreront dans l’année leur verdict, permettant au Conseil fédéral de maintenir ou de revoir sa position. À ce jour, une modification est toutefois actée. Elle relève de l’obligation qui sera prochainement imposée aux fabricants de produits alimentaires.

Dès le mois de mai 2021, si de telles substances sont rajoutées, les fabricants devront l’indiquer clairement sur les emballages en ajoutant l’indication «nano». Ce sera donc l’une des tâches de la plateforme Swiss NanoAnalytics, inaugurée jeudi dernier. «Mais il y a encore beaucoup d’incertitudes sur la manière dont sera appliquée cette nouvelle règle», indique Christoph Geers en précisant par exemple que tout dépendra de la taille des nanomatériaux utilisés. Suivant leur taille, ils pourraient effectivement échapper à la nouvelle norme et remettre en cause les velléités populaires appelant à une totale transparence de la part des milieux industriels.

Créé: 24.01.2020, 22h58

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