Passer au contenu principal

Naftgaz: «Méfiez-vous de la fiabilité de Gazprom»

Le patron de la société ukrainienne explique que les Européens jouent un jeu dangereux avec la Russie.

Le système de transit de gaz (STG) ukrainien assure aujourd’hui plus de 45% de l’approvisionnement de gaz vers l’UE.
Le système de transit de gaz (STG) ukrainien assure aujourd’hui plus de 45% de l’approvisionnement de gaz vers l’UE.
MARTIN SCHUTT/Keystone

«Nous comprenons l’intérêt qu’ont certains pays européens à approfondir la relation avec Gazprom. Mais ce que nous leur demandons présentement, c’est de faire un choix cohérent et de l’assumer avec clarté.» Iouriy Vitrenko est bien connu dans les capitales du Vieux-Continent. Le directeur commercial de Naftogaz, le géant gazier ukrainien, s’efforce sans cesse d’attirer l’attention de ses partenaires sur le manque de fiabilité du colosse russe Gazprom.

«On peut considérer Gazprom comme un partenaire commercial normal. Dans ce cas-là, il convient de lui faire respecter l’État de droit», poursuit Iouriy Vitrenko depuis son bureau de Kiev. Bénéficiaire d’un verdict de la Cour d’arbitrage de Stockholm, Naftogaz devrait recevoir 2,56 milliards de dollars de la part du russe. Mais ce dernier a refusé de se plier à l’arrêt de justice et a fait appel de la décision. Dans le même temps, il a annulé au dernier moment la livraison de gaz due à l’Ukraine en mars, soit 5 millions de mètres cubes. La querelle s’inscrit dans le contexte de conflit militaire entre Moscou et Kiev.

Mais pour Iouriy Vitrenko, elle est aussi une preuve flagrante du risque que l’imprévisibilité de Gazprom fait peser sur l’ensemble du continent. «On peut aussi considérer que Gazprom est un objet de la politique du Kremlin. Dans ce cas-là, il faut chercher à diversifier le mix énergétique européen et à réduire sa dépendance vis-à-vis de Gazprom.» Étant donné qu’en 2017, celui-ci a exporté un volume record de gaz naturel vers l’Europe, soit 194,4 milliards de mètres cubes, à des prix historiquement bas, les arguments de Iouriy Vitrenko peuvent avoir du mal à trouver des oreilles attentives.

Loin de cette dialectique très politisée, la dispute ukraino-russe pourrait avoir un impact sur les prix pour les consommateurs européens de Gazprom. Le transit du gaz vers l’ouest n’a pas été affecté par l’arrêt des approvisionnements en mars. Les avocats de la compagnie russe ont néanmoins amorcé la rupture des contrats existants avec Naftogaz. Une décision rationnelle pour Alexeï Miller, directeur général de Gazprom, pour qui ces contrats sont devenus «désavantageux économiquement et non viables». De son côté, Naftogaz entend «contester cette décision, ce qui veut dire que nous nous dirigeons vers une nouvelle procédure d’arbitrage, qui prendra au moins deux ans», explique Iouriy Vitrenko.

Au titre des engagements ukrainiens dans le cadre du 3e paquet énergétique européen, un éventuel nouveau contrat de transit devra être signé avec une succursale de Naftogaz, UkrTransGaz, à des conditions bien moins avantageuses. «Gazprom devrait payer trois fois plus cher pour le transit de gaz à travers l’Ukraine que ce qui est stipulé dans le contrat actuel», précise-t-il. Une augmentation qui se répercutera sur les prix à la consommation dans les pays européens.

Une décision de Gazprom de ne pas renégocier un nouveau contrat de transit à travers l’Ukraine présenterait aussi un risque certain pour ses clients. Le système de transit de gaz (STG) ukrainien assure aujourd’hui plus de 45% de l’approvisionnement de gaz vers l’UE. Ni les gazoducs biélorusses ni le Nord Stream sous la mer Baltique ne pourraient compenser un arrêt du transit à travers l’Ukraine. Si l’une des alternatives étudiées par Gazprom, la construction de Nord Stream II, vient d’être avalisée par le gouvernement allemand, le gazoduc ne devrait néanmoins pas absorber le volume de gaz qui transite actuellement par l’Ukraine. Une interruption du transit pourrait donc forcer Gazprom à diminuer le volume des exportations de gaz russe et conduire à une hausse des prix de vente.

Une décision d’autant plus injustifiée, selon Iouriy Vitrenko, que «l’opérateur ukrainien a assuré la fiabilité de l’Ukraine en tant que pays de transit au cours des dernières années. Encore une fois, c’est la partie russe qui joue avec la sécurité énergétique des Européens.»

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.