Des montres marquées au fer rouge de la Blockchain

Lutte contre la contrefaçon L’authentification en réseau pourrait protéger le secteur du luxe des imitations. La maison genevoise Gvchiani dévoile une montre certifiée par ce biais.

Alec Avedisyan (à g.) et Vicken Bayramian, co-fondateurs de Cryptolex, avec Shant Ghouchian (à dr.), fondateur de la marque genevoise Gvchiani, arborent leur MasterBlock. DR

Alec Avedisyan (à g.) et Vicken Bayramian, co-fondateurs de Cryptolex, avec Shant Ghouchian (à dr.), fondateur de la marque genevoise Gvchiani, arborent leur MasterBlock. DR

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Un soir de juin, au centre de Genève, entre coupes de champagne et décolletés. Un événement promotionnel comme les affectionnent les marques de luxe. La petite maison horlogère locale Gvchiani lance sa MasterBlock, qu’elle présente comme la première montre mécanique «protégée par un certificat enregistré sur la Blockchain, ce qui la rend infalsifiable». Rimant avec Bitcoin, cette particularité a bien des chances de parler aux quadras férus de «tech» et de coups de poker financiers.

Au-delà du «coup» marketing, l’initiative lancée par Gvchiani et la société de conseil informatique genevoise Cryptolex anticipe surtout les efforts actuels de toutes les grandes marques de luxe pour utiliser ce que certains comparent à une «deuxième révolution Internet». Et ce, afin de certifier l’origine de leurs pièces. Et d’enrayer la contrefaçon.

Certifier chaque pièce

Rendu possible grâce à l’interconnexion en temps réel de milliers d’ordinateurs, le système informatique de certification de données par les membres d’un réseau – une «chaîne de blocs» en français – a été imaginé il y a dix ans par un mystérieux inventeur afin de certifier une monnaie parallèle, le Bitcoin.

«Le luxe est clairement un bon secteur d’application, beaucoup de gens en discutent», confirme Yves Bennaïm, fondateur de 2B4CH, un laboratoire à idées suisse focalisé sur les applications de la Blockchain. Ce dernier évoque également l’industrie pharmaceutique, en lutte contre les copies de médicaments.

«L’idée est d’horodater de façon irréversible une version d’un certificat»

«L’idée est d’horodater de façon irréversible une version d’un certificat, afin de la rendre publiquement vérifiable par le plus grand nombre de personnes possible, poursuit l’un des meilleurs vulgarisateurs du sujet. «Un peu à la manière de ces kidnappeurs qui demandaient à leur victime de poser avec, en mains, un journal daté du jour», sourit-il.

Début juin, l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle a organisé une compétition de programmeurs, afin de susciter la création d’un système de repérage des contrefaçons. L’un des projets récompensés, la Goodchain de l’équipe Fides, visait à inciter les consommateurs eux-mêmes à identifier les copies. Le groupe Cryptomice a, lui, imaginé un système de «jumeau virtuel» infalsifiable de chaque pièce d’un objet, enregistré sur une «chaîne de blocs».

Du «trading» à l’horlogerie

Oui, mais une montre – mécanique de surcroît, donc totalement déconnectée? «Nous avons commencé, dès 2013, par plancher sur la certification des lettres de crédit utilisées dans le négoce de matières premières. Une démo a été présentée à plusieurs banques», relate Alec Avedisyan, cofondateur, avec le juriste Vicken Bayramian, de la société spécialisée dans la certification blockchain Cryptolex. Une rencontre avec Shant Ghouchian, fondateur de la marque Gvchiani – un ancien de Patek Philippe – le convaincra d’adapter sa solution à l’horlogerie.

Prévue pour être produite à 2010 exemplaires – les numéros de série vont de 0000 à 2009, clin d’œil à l’année de création du Bitcoin – la MasterBlock est dotée d’un cadran en titane sur lequel est gravé un QR Code. Une fois lu à l’aide d’un téléphone, il mène à l’adresse unique – l’équivalent d’un IBAN bancaire – de la montre sur la «blockchain» du Bitcoin, où est enregistrée chaque étape de sa fabrication. Le tout sera de surcroît sécurisé par un code personnel chiffré.

Quel standard pour le luxe?

«Blockchain est le mot à la mode, mais ce qui compte réellement est de savoir quelle chaîne de blocs est utilisée par tous ces projets», prévient l’expert Yves Bennaïm. Ce choix de celle à la base du Bitcoin – la plus utilisée, la plus décentralisée et donc sûre – «est judicieux; contrairement à une chaîne de blocs maison, il permet d’éviter que tout ne s’écroule si la société fait faillite ou si ses serveurs s’arrêtent», explique celui qui se présente parfois comme un crypto-évangéliste.

«L’objectif est de convaincre d’autres marques de luxe de mettre en place cette technique de certification»

Les instigateurs du projet MasterBlock assurent de leur côté se tenir à l’écart des sulfureuses levées de fonds – appelées «ICO» dans le jargon – auxquelles recourent nombre de start-up du secteur avant toute activité commerciale… et qui attisent tous les soupçons de blanchiment ou d’escroquerie. «Nous avons un produit fini, commercialisé, des montres que nous certifions; point final», résume Alec Avedisyan.

L’objectif de ce dernier est de convaincre d’autres marques de luxe de mettre en place leur propre certification avec la technique Cryptolex, moyennant l’achat de paquets de licences. Afin d’authentifier une montre, une sculpture ou une bouteille de grand cru.

Un créneau sur lequel est déjà lancée la société française Arianee, qui annonce pour 2019 le premier registre numérique mondial destiné à remplacer les certificats papier jusque-là confiés lors de l’achat d’un bien de valeur. Lancé il y a deux ans, le projet bénéficie de l’appui de conseillers issus de Vacheron Constantin, Kering, Axa Art ou Balenciaga. (TDG)

Créé: 12.08.2018, 19h07

Le QR code est gravé quatre fois sur le cadran en titane. DR

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