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Le monde est sous intubation monétaire

L’initiative «Monnaie pleine», refusée en votation populaire le 10 juin 2018, se solde par la tentative maladroite de soulever un débat urgent: la place de la finance depuis la crise de 2008. Dès qu’il s’agit de finance, d’argent, de liquidités bancaires, l’excuse de la technicité l’emporte sur la responsabilité citoyenne. Depuis 2008 se répand en effet le cocktail explosif de haute technologie, des sciences comportementales et communicationnelles, et de la finance au plan mondial et quotidien. Un cocktail aux effets lytiques sur l’économie, la société, le politique.

Depuis 2008 se répand en effet le cocktail explosif dans l’économie et la finance

La monnaie, traditionnellement, joue le rôle d’unité de compte, de réserve de valeur, d’intermédiaire des échanges; elle est promesse d’un acte futur. La banque centrale détient le pouvoir régalien de la créer en fonction des politiques de soutien à l’économie. Les banques relaient cette capacité en créant de la monnaie selon les besoins économiques. Les marchés financiers placent les acteurs en situation d’échange. Cette finance est au service d’une économie qui s’articule sur nos principes identitaires: liberté, égalité, subsidiarité, réciprocité, bien commun, confiance. Cette finance avait fait ses preuves, puisque «le bien-être économique mondial s’est indubitablement accru au cours de la seconde moitié du XXe, avec une mesure et une rapidité jamais perçues auparavant. (1)» Depuis la crise de 2008, qui a évincé la confiance du système, les banques centrales états-unienne et européenne ont pratiqué la politique dite de la facilitation financière. Celle-ci produit des masses quasi illimitées de monnaie pour irriguer le système et pour financer la dette, en bref pour se substituer à la confiance disparue, comme à intuber un organisme inconscient. Les conséquences sont doubles:

- la monnaie, mondialisée et déréglementée, devenue liquidités financières, échappe de plus en plus massivement aux contraintes d’intérêt public, se concentre sur son propre développement, enrichissant à court terme l’oligarchie financière et creusant l’écart des richesses. Ce phénomène est au détriment de l’économie, de ses acteurs et des principes ci-dessus.

- le dollar, devenu vecteur obligé du système financier, véhicule la souveraineté états-unienne, en premier lieu financière, partout dans le monde. Ce phénomène est au détriment de la coopération et de la réciprocité.

La financiarisation de notre monde au quotidien implique un débat de fond sur la pertinence des principes qui fondent la doctrine sociale de l’Église et le bien commun de l’éthique universelle. L’élan œcuménique renouvelé par la visite du pape François le 21 juin à Genève, à la demande du Conseil œcuménique des Églises, peut y contribuer.

* www.pleiade.ch

(1) Voir «Œconomicae et pecuniariae quaestiones», Congrégation [vaticane] pour la doctrine de la foi et du Dicastère pour le service du développement intégral, 6 janvier 2018, No 5.

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