La mode «rétro» s’étend aux technologies

NostalgieLa vague vintage déferle sur l’életronique de loisir. Les «nostalgeeks» se ruent sur des gadgets cultes, à l’instar du Nokia 3310 réédité en version modifiée.

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Le Nokia 3310 est de retour! Dès ce vendredi, le téléphone portable, écoulé à quelque 127 millions d’exemplaires dans le monde, est à nouveau commercialisé dans une grande partie des enseignes suisses proposant des produits liés à l’électronique ou aux nouvelles technologies. Enfin, pour celles qui en auront encore à vendre ce jour-là, car visiblement la demande semble avoir vite surpassé l’offre disponible.

«Les 50 téléphones que nous pourrons livrer le 26 mai ont déjà trouvé preneur. Il y a deux semaines, ils étaient tous vendus en quelques heures. Et depuis, des centaines de précommandes ont été passées chez nous», assure Alex Hämmerli, attaché de presse pour Digitec Galaxus AG, une boutique en ligne spécialisée dans les domaines de l’informatique, de l’électronique grand public et de la télécommunication. Chez Media Markt, la porte-parole Séverine de Rougemont confirme également que «la prévente a très bien commencé». Sans plus de précisions, cette dernière est confiante pour la suite: «Nous nous attendons à faire face à une forte demande pour le Nokia 3310.»

Les nombreuses modifications apportées à ce reboot (redémarrage en français) du légendaire portable ne semblent donc pas avoir refroidi les «nostalgeeks», ces amateurs de technologies vintage. Ni le fait, d’ailleurs, que la marque soit aujourd’hui co-exploitée par HDM Global (une start-up finlandaise) et le Taïwanais Foxconn.

Déjà présente dans beaucoup de secteurs, en particulier dans le monde de la mode, cette vague rétro s’est ainsi propagée dans l’univers des nouvelles technologies. Un objet en particulier se trouve dans une situation inédite: le disque vinyle.

Succès incontestable du vinyle
Depuis une petite dizaine d’années, malgré le succès de la musique numérique (essentiellement grâce à iTunes, la plate-forme de téléchargement d’Apple), les vinyles connaissent un succès croissant à travers le monde. Il est notamment possible de jauger le phénomène au Royaume-Uni, où plus de 3 millions d’unités se sont vendues en 2016, niveau qui n’avait plus été atteint depuis une vingtaine d’années.

En Suisse, les statistiques à disposition sont rares. L’association des labels de musique parle toutefois de quelque 150'000 disques microsillons écoulés en 2015, mais cette dernière ne tient compte ni des achats en ligne ni de ceux conclus dans les marchés aux puces ou les bourses spécialisées.

Ce retour en grâce du vinyle, les puristes l’attribueront à la qualité du son dégagé par les fameux 33 tours. Pour la sociologue française, Katharina Niemeyer, la raison est plus complexe. Dans Migros Magazine, cette dernière expliquait que contrairement au numérique, qui permet d’écouter une infinité de morceaux de musique, et cela à tout moment, le vinyle correspond à un tout autre rituel. «En l’écoutant chez soi, en ne zappant pas constamment d’un morceau à l’autre, en pouvant se le passer entre amis… Son usage correspond finalement à une quête pour plus de lenteur.»

Actuellement, le vinyle reste encore un marché de niche. Dix ans après son retour, les ventes continuent toutefois de décoller et rien ne semble pouvoir interrompre ce mouvement. Preuve de l’engouement actuel, la platine à vinyle était à nouveau présente dans les allées du CES (Consumer Electronic Show) de Las Vegas.

Entre «rétro et techno»
Depuis deux ans, la grand-messe américaine dédiée aux nouvelles technologies est touchée de plein fouet par cette «vague rétro». Plusieurs appareils à la pointe de la technologie se sont notamment parés d’une esthétique rappelant les années 1930 ou 1990. La marque Qwerkywriter a par exemple conçu un clavier rappelant celui des machines à écrire de l’époque. Légère différence: l’objet se connecte par Bluetooth à un ordinateur ou à une tablette. Globalement, cette mode rétro s’est donc totalement démocratisée. «La valeur des anciennes marques ne devrait jamais être sous-estimée», estime Alex Hämmerli. Un avis partagé par la porte-parole de Media Markt: «Nous pensons qu’il y aura toujours des objets cultes qui seront remis en vente pour un temps limité. Mais ceux-ci resteront des produits de niche.»

Du jeu vidéo à l’horlogerie
L’une des branches particulièrement concernée par cette «vague vintage» est celle du jeu vidéo. Depuis plusieurs années, en parallèle à la création de jeux de plus en plus aboutis graphiquement, le retro-gaming s’est peu à peu emparé des écrans. Super Mario Bros, Street Fighter ou encore Sonic et Legend of Zelda font parties des jeux à avoir marqué une génération et à avoir retrouvé la cote auprès des joueurs.

Les grands groupes ont d’ailleurs bien perçu le phénomène en tentant non seulement d’adapter les vieilles licences à une sauce plus moderne, comme Zelda, ou simplement en ressortant leurs consoles de jeux mythiques, comme la NES de Nintendo. Cette version plus petite de la machine originale a d’ailleurs connu un succès tel qu’elle a été constamment en rupture de stock. Après cinq mois de commercialisation, le géant japonais du jeu vidéo a toutefois annoncé l’arrêt de sa production dans le but de donner toutes ses chances à sa petite dernière: la Switch. La vague du retro-gaming ne devrait toutefois pas s’arrêter là, puisque le retour de la Megadrive, la grande concurrente de Nintendo dans les années 1990, est déjà annoncé pour l’hiver prochain.

Autre secteur, désormais assimilé aux nouvelles technologies, à la suite notamment de l’émergence des Smartwatch: l’horlogerie. Tant au dernier Salon international de la haute horlogerie (SIHH) de Genève qu’à Baselworld, les modèles vintage étaient présents sur les stands d’un grand nombre de marques. Depuis environ deux ans, Casio tente notamment de relancer la célèbre montre-bracelet à affichage numérique. Blancpain, Seiko, Tissot… beaucoup d’enseignes tentent également ce pari «rétro», en retravaillant ou en retoilettant légèrement certaines montres qui ont marqué les esprits.

Créé: 26.05.2017, 07h08

Interview

«Chaque génération aura ses propres objets identitaires»

Le phénomène vintage est loin d’être nouveau. Dans le monde du textile, par exemple, les modes sont cycliques. Elles vont et viennent au fil des générations. Pour les nouvelles technologies, la donne est différente, puisqu’elles nécessitent une rétrocompatibilité des objets parfois peu évidente à obtenir.

Prenez le vinyle, il a fallu remettre en place toute une industrie pour répondre à une demande en forte croissance. Du coup, le retour en grâce de certains appareils, comme le Nokia 3310 ou la version miniature de la première Nintendo, apparaît d’autant plus surprenant. Décryptage d’Olivier Glassey, sociologue à l’UNIL et spécialiste des nouvelles technologies.



– Dans un monde dominé par les nouvelles technologies, comment expliquer la réapparition de tous ces gadgets rétros dans les magasins?

– Il y a toute une dimension affective autour de ces objets tant ils ont fait partie du quotidien de cette «génération Y», soit celle qui s’est construite au cours des trente dernières années. A leurs yeux, ils symbolisent une époque où les valeurs liées aux technologies étaient la robustesse, la simplicité, l’autonomie (de la batterie) et la facilité d’accès. Sauf que ce passé est clairement fantasmé, frappé du syndrome du rétroviseur ou, en d’autres mots, de cette idée que «c’était mieux avant». Le temps a d’ailleurs fait son œuvre. Parmi la multitude de gadgets disponibles à l’époque, seules quelques «stars» font aujourd’hui l’objet d’un regain d’attention.

– Ce retour en arrière n’illustre-t-il pas une forme de lassitude face à la course actuelle aux nouvelles technologies?

– La sarabande artificielle de nouveautés à laquelle nous assistons actuellement agace effectivement certaines personnes. La rapidité de l’évolution technologique met surtout sur leurs épaules une pression supplémentaire en les plaçant dans une situation constante d’apprentissage. Pour certains, l’incertitude provoquée par cette innovation permanente est épuisante. Or de telles tensions disparaissent avec des objets dont la technologie apparaît mieux stabilisée. Ils peuvent ainsi servir de refuge.

– L’industrie a-t-elle un intérêt à surfer sur cette vague alors qu’elle dépense des dizaines de millions pour développer de nouveaux produits?

– Pour les entreprises, l’engouement actuel pour le passé représente une arme de marketing redoutable. Cette mode leur permet non seulement de recycler des années de travail et de capitaliser sur leur patrimoine, mais en plus de s’offrir un coup de projecteur relativement peu coûteux.

– Le phénomène va-t-il perdurer?

– C’est probable, car chaque génération aura très certainement ses propres objets identitaires.

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