Luxottica, cet empire secret qui règne sur les lunettes de soleil de marques

OptiqueLe groupe italien fabrique et détient pas moins de trente labels de luxe, dont Ray Ban, Oakley, Armani ou Gucci.

L'ex-PDG de Bulgari Francesco Trapani (à gauche) et Leonardo Del Vecchio, ici en 1997.

L'ex-PDG de Bulgari Francesco Trapani (à gauche) et Leonardo Del Vecchio, ici en 1997. Image: Keystone

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C’est sans doute l’un des plus grands empires monopolistiques de la planète. Et très certainement l’un des plus secrets. Même les grands journaux européens comme le «Guardian» ou la «Neue Zürcher Zeitung» n'ont pas eu la permission de visiter son siège ou de rencontrer le seigneur absolu des lieux, Leonardo Del Vecchio, 84 ans. Ce groupe s’appelle Luxottica, il est italien, basé à Agordo, en Vénétie, au pied des Dolomites. Luxottica est le plus grand propriétaire et fabricant de lunettes de soleil du monde. Vous voulez des noms? Ray Ban, Armani, Oackley, Dolce & Gabbana, Chanel, Ralph Lauren, Gucci, Prada, Oliver Peoples, Miu Miu, Alain Mikli, Bulgari, Burberry, Valentino, Versace, Michael Kors ou Persol, toutes ces marques sont non seulement designées et produites par cet empire méconnu, mais sont le plus souvent vendues directement dans ses 9100 magasins partout dans le monde.

Des marges hallucinantes

Enfin, Luxottica, longtemps cotée à la Bourse de New York et toujours cotée à la Bourse de Milan a réalisé un chiffre d’affaires de 9 milliards d’euros (10 milliards de francs suisses) en 2018, emploie 82 000 personnes dans douze sites dans le monde et produit chaque année 87 millions de paires de lunettes de soleil. «Cette position dominante permet au groupe, un modèle d’intégration verticale, d’imposer ses prix et de réaliser des marges hallucinantes», confie ainsi un connaisseur de la branche à la «NZZ», sous couvert d’anonymat. Rien que pour les Ray Ban, vendues en moyenne 150 francs, les coûts de production n’excéderaient pas les… 15 francs, soit 10% seulement du prix de vente!

Comme souvent, dans l’Italie d’après-guerre, tout a commencé par le génie d’un homme, en l’occurrence Leonardo Del Vecchio, dont la fortune est estimée par le magazine «Forbes» à 20 milliards d’euros, ce qui fait de lui la deuxième plus grande fortune d’Italie, juste après la famille Ferrero.

Fils d'un vendeur de légumes

Surnommé, comme le fondateur de Fiat Giovanni Agnelli, le «Cavaliere», ce patriarche du capitalisme transalpin est parti de rien. Son père, originaire du sud profond et pauvre de la péninsule, s’est installé à Milan comme vendeur de fruits et légumes. Il décédera très jeune et la mère de Leonardo dut le placer dans un orphelinat pour qu’il y soit éduqué. Il y fera ainsi un apprentissage de graveur sur médailles. Ce fut sans doute sa chance. À 23 ans, il répond à une annonce de la commune d’Agordo, en ruine après la fermeture des mines, et qui offrait gratuitement des terrains à qui voulait s’y installer. En 1961, le jeune Italien déménage avec femme et enfants, devient très vite fournisseur de pièces détachées pour les multiples usines d’optiques de la Vénétie et, en 1971, crée sa propre marque, Luxottica. En 1988, il s’associe avec le groupe de luxe Armani qui lui confie la fabrication de ses lunettes de soleil.

Le coup de maître de Ray Ban

Mais son réel coup de maître, il le réalisera en 1999, lorsqu’il rachète la chaîne américaine Ray Ban en pleine déconfiture, pour 645 millions de dollars seulement. Le groupe d’outre-Atlantique en était réduit à brader ses iconiques «Aviator» ou «Wayfarer» dans les stations-service au prix de 19 dollars. Leonardo Del Vecchio transfère alors la production en Italie, rehausse la qualité, diversifie les modèles et, en dix ans, décuple le chiffre d’affaires de Ray Ban. Il va, en 2007, réitérer l’opération avec la plus célèbre marque de lunettes de sport, l’Américain Oakley. Cette fois-ci, l’OPA pour 1,2 milliard de francs sera franchement hostile. Grâce à son immense réseau de distribution, le «Cavaliere» va tout d’abord exclure les Oakley de la vente, mettant les propriétaires à terre, et avalera in fine le lunettier américain.

Avec plus de trente labels de luxe aujourd’hui dans son portefeuille, Luxottica est désormais incontournable. «Malgré les marges demandées, les opticiens indépendants suisses mettent leur poing dans leur poche, confie encore ce connaisseur du secteur, car ils ne peuvent pas se passer de ces marques». À 82 ans, Leonardo Del Vecchio effectue en 2017 son dernier coup d’éclat, en fusionnant Luxottica avec le leader mondial français des verres optiques, Essilor. Si ce mariage ne se déroule pas en eau calme, il a tout de même donné naissance à un titan. En 2018, le nouvel empire a réalisé un chiffre d’affaires de 16 milliards d’euros et emploie plus de 150 000 personnes.

Créé: 10.07.2019, 16h40

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