Les drones sauvent la vie aux confins du Rwanda

AéronautiqueDepuis deux ans, les drones américains de Zipline livrent les dispensaires isolés du pays en se jouant des aléas du réseau routier. Reportage.

Un technicien charge un colis dans un drone qui décollera bientôt en direction de la campagne rwandaise.

Un technicien charge un colis dans un drone qui décollera bientôt en direction de la campagne rwandaise. Image: DR

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«Attention, passage de Zip, regardez des deux côtés avant de traverser.» Au sommet d’une colline rwandaise verdoyante, un imposant panneau de signalisation affiche un drone qui ressemble à un petit avion. C’est ici que l’entreprise américaine Zipline a installé le tout premier «droneport» du monde, il y a un peu plus de deux ans.

Depuis, le bourdonnement des aéronefs électriques se fait entendre tous les jours, de 7 à 18 heures. «Nous travaillons avec les autorités pour obtenir l’autorisation d’opérer de nuit, ce sera bientôt possible», indique le chef opérateur, Leandre Twizeyimana. Depuis le site de Muhanga, Zipline procède aux lancements de 25 drones par jour en moyenne et couvre un rayon de 85 km.

Vers un hôpital du lac Kivu

Talkie-walkie en main, Leandre contrôle le déroulé des opérations, de la mise en soute du colis au décollage. Placé sur une rampe de lancement, l’appareil en fibre de carbone est chargé d’un paquet contenant deux poches de sang AB+. Les techniciens procèdent aux dernières vérifications techniques, la tour de contrôle donne son accord final avant chaque départ.

«Espace aérien libre, mise en marche des moteurs, parez au décollage… Go!» En moins de trois secondes, l’aérodyne passe de 0 à 100 km/h, une vitesse de croisière qu’il maintiendra tout au long de son voyage au-dessus des plantations de thé de la campagne rwandaise. Vingt-sept minutes plus tard, le drone largue son paquetage aux abords d’un hôpital situé à 45 km de là, sur les rives du lac Kivu.

Lorsqu’une mère donne la vie, il y a parfois des problèmes, il y a des risques d’hémorragie»

Par la route, il aurait fallu trois ou quatre heures à un véhicule classique pour atteindre le centre de santé. Trop long en cas d’urgence. «Lorsqu’une mère donne la vie, il y a parfois des problèmes, il y a des risques d’hémorragie», explique Leandre Twizeyimana. Si elle ne reçoit pas rapidement une transfusion, «elle est en danger de mort, mais notre technologie permet de sauver beaucoup de vies. Ça a vraiment des conséquences importantes sur la vie des Rwandais», poursuit le chef opérateur.

Commandes via WhatsApp

Dans le laboratoire accolé au site de décollage, Marie Christelle Igihozo, pharmacienne, passe en revue les produits stockés dans d’imposants réfrigérateurs – hémoglobine, insuline, vaccins, Ventoline, 150 produits médicaux en tout – et prépare les commandes qui s’enchaînent. «Il y a différentes façons de recevoir les demandes des hôpitaux, par téléphone, par SMS ou par Whats­App, détaille-t-elle. Ils nous informent des produits dont ils ont besoin, et notre système valide en fonction de ce que nous avons en stock.» En moyenne, il faut compter cinq à six minutes entre la commande et le départ du drone.

Après son vol, l’engin est hameçonné dans les airs: un câble placé à 15 mètres du sol se tend pour crocheter l’appareil lors de son passage en rase-mottes au-dessus du droneport, avant d’être récupéré par les équipes au sol.

L’efficacité de ce service de haute technologie a su convaincre le Ministère rwandais de la santé. «Nous sommes très satisfaits, assure son porte-parole, Malick Kayumba. Pour preuve, nous avons inauguré un deuxième centre de distribution au début de l’année.» Le contrat entre Zipline et l’État rwandais – dont le montant demeure inconnu – court jusqu’en 2021 et devrait être renouvelé pour quatre ans.

Avec un produit intérieur brut (PIB) de 776 dollars par habitant, le Rwanda reste l’un des pays les plus pauvres du monde, où la grande majorité de la population n’a pas accès à l’eau courante et où l’insécurité alimentaire est encore très forte. Le pays de 12 millions d’âmes a toutefois réalisé des progrès spectaculaires en termes de développement et connaît une croissance de 7% par an. Le président rwandais Paul Kagame, qui gère le pays d’une main de fer, veut hisser Kigali au rang de capitale africaine de l’innovation technologique. En mars dernier, il a inauguré le premier centre de recherche en informatique quantique du continent, ainsi qu’un incubateur de start-up.

Réseau similaire au Ghana

Si le Rwanda a été un pays précurseur dans le domaine de la livraison de produits de santé par drones, le Ghana lui a emboîté le pas au mois d’avril en achevant la construction de quatre centres de distribution similaires capables d’atteindre 20 millions de patients. Peu après, la valorisation de la jeune pousse Zipline a atteint 1,2 milliard de dollars. En poursuivant son développement, elle espère offrir ses services à 700 millions de personnes dans les trois ou quatre prochaines années.

Créé: 14.07.2019, 17h27

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