Les bluffs de Trump n’amusent plus les marchés

Guerre douanièreDès vendredi, les droits de douane américains sur de nouveaux produits chinois devraient passer de 10 à 25%. Très peu y croient.

En un tweet de menace à la Chine, le président américain a secoué les bourses asiatiques, puis européennes.

En un tweet de menace à la Chine, le président américain a secoué les bourses asiatiques, puis européennes. Image: Reuters

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La Chine et les États-Unis semblaient, vendredi soir encore, à deux doigts d’un accord de paix dans la guerre commerciale qui les opposent depuis plus de deux ans. Et patatras. Un tweet du président américain dans la nuit de dimanche a fait tout exploser: «Le Trade Deal avec la Chine se poursuit, écrit-il, mais trop lentement, comme si Pékin tentait une nouvelle négociation. C’est non!» Alors, Donald Trump a décidé que, dès vendredi, la surtaxe sur les importations de produits chinois allait passer de 10 à 25% non plus sur une valeur de 50 milliards de dollars comme aujourd’hui, mais de 200 milliards de dollars.

Lundi matin, le monde a eu des sueurs froides et les Bourses asiatiques ont réalisé un joli plongeon, entre 5,5% à Shanghai, 7,4% à Shenzhen ou 2,9% à Hongkong. Les places boursières européennes ont suivi à l’ouverture, reculant de 2% en moyenne. Mais, très vite, les esprits se sont calmés. L’un des gourous de Wall Street, Andrew Ross Sorkin, a convaincu son monde, en affirmant qu’il s’agissait là «d’une des tactiques habituelles de Donald Trump», rappelant que le président américain avait déjà formulé de telles menaces envers le Canada, le Mexique, le Japon et l’Union européenne, afin «d’accélérer les négociations (commerciales) et obtenir des concessions.

«Il faut jouer les demi-fous»

Dans son sillage, les analystes des grandes banques Goldman Sachs, Credit Suisse et Commerzbank ont renchéri, la première affirmant même que les risques d’une hausse brutale des droits de douane sur un nombre quadruplé de produits n’avaient «que 40% de probabilité de se produire». Enfin, l’incontournable investisseur Warren Buffet a (presque) clos l’affaire, en déclarant: «Parfois, les négociateurs sont obligés de se comporter comme des demi-fous pour obtenir des résultats».

Le gouvernement de Pékin lui-même ne s’est pas laissé impressionner, affirmant même, par la voix du ministre des Affaires étrangères Geng Shuang que «l’équipe de négociations se préparait à sa venue aux États-Unis (prévue dès mercredi prochain), pour poursuivre les discussions. Nous espérons toujours – et c’est d’une importance vitale – que les États-Unis sont capables de travailler dur avec la Chine, afin que chacun fasse la moitié du chemin et que nous parviendrons à un accord gagnant-gagnant». À la clôture de lundi, tout ou presque était redevenu normal. À force de crier au loup, Donald Trump ne parvient plus vraiment à surprendre les marchés.

Sauf que, dans les faits, rien n’est vraiment réglé. Car, selon le «South China Morning» de Hongkong, il se pourrait que le vice-premier ministre chinois Liu He écourte son voyage à Washington, voire ne s’y rende pas du tout, ce qui aurait pour conséquence de durcir à nouveau la guerre commerciale entre les deux États. Pire. Et, dans cet affrontement de titans, l’Union européenne, et partant la Suisse, vont très bientôt sentir le vent du boulet. À la mi-mai, en effet, l’ultimatum de Donald Trump envers l’Union européenne en matière de droits de douane arrive à son terme. D’ici dix jours, les États-Unis pourront donc appliquer une surtaxe de 25% sur les importations de voitures européennes.

Or, cette mesure, si Washington la met en œuvre, va directement atteindre la Suisse, grande exportatrice de pièces détachées ou de machines-robots à l’industrie automobile avant tout allemande. «Ces tensions à nouveau en hausse avec l’Union européenne sont un signal inquiétant pour une économie exportatrice suisse fortement interconnectée tant avec les États-Unis qu’avec l’UE», affirme Carmelo Laganà, directeur suppléant romand d’EconomieSuisse dans une newsletter.

La Suisse est impactée

La preuve a d’ailleurs été immédiate lundi. L’action du groupe industriel ABB a été la plus touchée par une éventuelle relance de la guerre États-Unis-Chine et le durcissement en vue du conflit États-Unis-UE, avec un recul à la clôture de 3,7%, loin au-dessus du SMI, a finalement conclu avec un léger recul de 0,8%. L’horlogerie, les banques et, dans une moindre mesure, la pharma helvétique ont également souffert de ce mini-tremblement de terre. Consciente d’être totalement impliquée dans cette guerre commerciale mondiale, la Suisse, après la Chine, l’Union européenne ou la Russie, a ainsi porté plainte contre les États-Unis auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), basée à Genève. Selon nos dernières informations, son organe de règlements des différends devrait commencer à enquêter en juin prochain sur la plainte de la Chine. Mais le tout devrait durer, faute de moyens, des années.

Créé: 06.05.2019, 20h30

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