Le Credit Suisse condamné aux Prud’hommes

JusticeLe Credit Suisse devra payer les frais de défense aux États-Unis de l’un de ses anciens gérants de fortune.

En 2014, lorsque les relations avec les États-Unis se sont tendues, le Credit Suisse a protégé ses intérêts en sacrifiant ceux du plaignant.

En 2014, lorsque les relations avec les États-Unis se sont tendues, le Credit Suisse a protégé ses intérêts en sacrifiant ceux du plaignant. Image: Emmanuel Dunand/AFP

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Un ex-gérant du Credit Suisse chargé de la clientèle américaine retrouve (un peu) le sourire. Le Tribunal des prud’hommes genevois considère comme abusif son licenciement en 2014, comme l’a rapporté vendredi «Le Temps».

La grande banque devra payer 4 millions de francs à son ancien employé. Le Credit Suisse devra aussi s’acquitter de tous les frais de son procès à venir aux États-Unis, estimés à plus 8 millions par les avocats du plaignant. L’ancien employé y est toujours poursuivi sur le plan pénal.

Cette condamnation aux Prud'hommes est très lourde. «Ce montant est pour le moins insolite, relève un avocat, soucieux d’anonymat. Je n’ai pas le souvenir d’une condamnation aux Prud’hommes demandant de payer une telle somme, couvrant de surcroît les frais de défense d’un plaignant aux États-Unis qui peuvent s’avérer monstrueux.»

Le Credit Suisse va faire appel. «D’expérience, les tribunaux des prud’hommes sont biaisés en faveur de l’employé, relève un autre avocat genevois, réclamant aussi l’anonymat. On ne peut pas du tout exclure que l’appel annoncé conduise à l’annulation du jugement de première instance.»

Le jugement des Prud’hommes est sans concession. Le Credit Suisse a «d’abord toléré, voire encouragé le demandeur à enfreindre les règles, dans le but de développer sa clientèle et ses profits sur le marché nord-américain, explique le tribunal. Lorsque les relations avec les États-Unis se sont tendues, la banque n’a pas hésité à protéger ses propres intérêts et à sacrifier ceux du plaignant.» Le gérant a ainsi été «lâchement abandonné» lorsque ça a senti le roussi.

Démarchage illégal

En 2014, le Credit Suisse s’était séparé de son gérant, arguant qu’il n’avait pas respecté les directives internes sur le démarchage de la clientèle transfrontalière. Ce licenciement était survenu dans la foulée de l’accord conclu avec l’autorité américaine de contrôle des marchés financiers, par lequel l’établissement reconnaissait avoir violé la législation américaine. «Ce contentieux est l’un des nombreux effets secondaires de l’enquête conduite par les autorités américaines contre le Credit Suisse dans le cadre du contentieux fiscal», analyse le second avocat interrogé. Ceci a conduit au plaider coupable du 29 mai 2014, dans le cadre duquel la banque a payé une amende de 2,6 milliards de dollars.

De quoi les Prud'hommes ont-ils tenu compte? Les objectifs élevés fixés au plaignant ont pesé dans la décision. À la tête d’une équipe de cinq gestionnaires, il devait faire en sorte que les revenus et la masse sous gestion grimpent de respectivement 14% et 6% par an. Employé par la grande banque depuis 1988, il a dirigé depuis Genève les activités de gestion de fortune pour l’Amérique du Nord à partir de 2002.

Créé: 10.05.2019, 22h11

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