«On lance le e-Léman et le Lémanex ce printemps»

Finance alternativeLa monnaie Léman sera bientôt en ligne et accompagnée d’une version pour les crédits mutuels.

Sept bureaux de change proposent des Lémans. Il pourrait y en avoir cinquante dans deux ans.

Sept bureaux de change proposent des Lémans. Il pourrait y en avoir cinquante dans deux ans. Image: M. Affolter

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Seize mois après sa naissance en septembre 2015, le Léman a grandi. La monnaie complémentaire présente de Lausanne à Thonon via Genève est en passe de se développer en ligne et d’avoir un petit frère, le Lémanex. Entretien avec son porte-parole, Jean Rossiaud.

Pourquoi lancer le e-Léman?

Comme avec les autres monnaies, c’est souvent plus simple de payer de façon électronique. Pour les gros volumes, les entreprises et les individus préfèrent les transactions numériques. Le e-Léman est fondé sur le système de la blockchain, il sera un peu comme le bitcoin, mais sans la spéculation. Nous devrions le lancer ce printemps, en même temps que le Lémanex.

Le Lémanex, c’est quoi?

Il existe deux types de monnaies: les monnaies nanties, ou garanties, comme le Léman. On achète cent Lémans avec cent francs déposés à la banque, il y a parité. Si le Léman devait disparaître, ses utilisateurs pourraient les récupérer en francs. Et il y a les crédits mutuels, en général entre entreprises, comme le futur lemanex.net, pour «Léman exchange network».

Comment fonctionne le Lémanex?

Il ne s’agit pas d’une monnaie au sens strict du terme mais d’un outil d’enregistrement de transactions. Si un membre fait un crédit de cent Lémanex à un autre, il aura cent Lémanex en moins sur son compte, exactement comme le WIR en Suisse alémanique (ndlr: lire encadré ci-contre) ou le Sardex en Sardaigne. En cas de problème de liquidité notamment, une entreprise pourra travailler avec un crédit à taux zéro. Cet avantage est important: aujourd’hui, il faut emprunter auprès d’une banque – et c’est compliqué – ou obtenir un crédit cher.

Nos infographies sur les monnaies

Avez-vous des objectifs de croissance?

On s’implante par branche d’activité et par filière ainsi que par région. On a six «bureaux de change» – à Lausanne, Genève, Thonon – on vise à en avoir une cinquantaine dans les deux ans. Pour l’instant, le Léman a un succès plus grand que prévu et on peine à faire face. On fera le point dans cinq ans. En créant un réseau capable de mieux résister en cas de crise financière systémique, on renforce la résilience de l’économie locale. C’est complémentaire et non concurrentiel avec les autres monnaies. Parmi nos conseillers figure d’ailleurs Bernard Lietaer, cofondateur de l’euro qui a toujours été en faveur des monnaies complémentaires. Une économie a besoin de monnaies macro – l’euro, le franc – mais aussi de monnaies complémentaires – qui se développent depuis la crise financière.

Espérez-vous être rentable?

Notre association vise la rentabilité avec des mandats auprès des collectivités publiques pour promouvoir le Léman. Carouge nous a demandé de promouvoir le Léman pour renforcer les échanges sur sa commune, nous discutons avec un nombre grandissant d’autres communes.

Le Léman permet-il de lutter contre le tourisme d’achat?

Ce n’est pas son but. Le Léman n’a pas d’influence sur les prix – il vise à renforcer la vie économique de la région dans son ensemble, au-delà des frontières. La monnaie n’a pas d’influence sur les prix, même si on peut imaginer des soldes au sein de la communauté.

Qui émet cet argent?

L’association a un stock de coupons qu’elle fait imprimer; elle devient une monnaie quand une personne en achète. Le Léman n’existe que parce que la BNS émet des francs, comme l’argent Reka. Il n’y a pas d’argent supplémentaire, car pour chaque Léman un franc est bloqué.

Comment lutter contre les contrefaçons?

Notre imprimeur est spécialisé dans les titres et la cryptographie. Les billets ont plusieurs niveaux de sécurité, d’un hologramme à un numéro de série – on peut bloquer des Lémans par tranches de numéro – au microtexte trop petit pour être reconnu par une photocopieuse notamment.


La Suisse et ses monnaies alternatives

Les monnaies complémentaires sont en vogue depuis la crise de 2008. En France, outre-Atlantique, partout l’argent complémentaire aux monnaies établies essaime. La plupart de leurs créateurs entendent renforcer les échanges locaux et rendre le système financier plus résilient, moins systémique. En Suisse, deux exemples rappellent que ces initiatives ne sont pas nouvelles: le WIR et l’argent Reka.

Le premier, émis par une banque bâloise du même nom, a été lancé en 1934 en réaction au contexte récessif des années 1930. Ce crédit mutuel est utilisé aujourd’hui par 45 000 PME et 778 millions de WIR étaient en circulation à la fin de 2015 (ce qui représente autant en francs).

L’argent Reka, également en parité avec le franc, circule lui depuis 1940 et 4100 entreprises l’utilisent. Reka – la Caisse suisse de voyage – offre les chèques Reka mais aussi Reka Lunch et Reka Rail. Les premiers sont acceptés dans 9000 points de vente. Leur succès est dû au fait qu’on peut les obtenir à des prix soldés. Reka Lunch et Reka Rail appliquent la même logique, pour les repas et les transports publics.

Quant au Léman, on en recense 95 000 (autant à la banque en francs) auprès de plus de 350 commerces et plus de 1500 utilisateurs. RET

(TDG)

Créé: 15.01.2017, 21h47

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