Le Kremlin avance avec sa route glacée de la soie

Route du Grand NordGrâce à la fonte des glaces, les navires pourront davantage naviguer dans les eaux polaires russes. Reportage à Arkhangelsk.

Cette nouvelle voie maritime ouvre de prometteuses possibilités de transport entre l’Europe et l’Asie.

Cette nouvelle voie maritime ouvre de prometteuses possibilités de transport entre l’Europe et l’Asie. Image: KEYSTONE/TASS/LEV FEDOSEYEV

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Loin du conflit en Ukraine, des tensions en Syrie ou du bras de fer au Venezuela, le Kremlin de Vladimir Poutine veut construire «un territoire de dialogues» en… Arctique. Avec pour principal projet la route du Nord, cette nouvelle voie maritime le long des côtes polaires russes, de plus en plus navigable grâce au réchauffement climatique et à la fonte des glaces. Ce raccourci stratégique de quelque 5000 kilomètres ouvre de prometteuses possibilités de transport entre l’Europe et l’Asie, capable de concurrencer la voie surchargée du canal de Suez. Vaste ambition du Kremlin, ce projet attise les intérêts, occidentaux comme asiatiques. Et mobilise les villes portuaires du Grand-Nord russe.

Un nouveau port

«C’est notre grand chantier du moment!» s’enthousiasme ainsi Sergeï Kokine, directeur de la société organisant la construction d’un nouveau port à Arkhangelsk. Dans cette capitale régionale au bord de la mer Blanche, autorités politiques et acteurs économiques se mobilisent pour développer le commerce, des minerais jusqu’aux poissons, et faire passer le volume portuaire de 4 à près de 40 millions de tonnes: nouvelles infrastructures, nouveaux bateaux et… nouveaux trains.

Une ligne ferroviaire a en effet été construite entre Arkhangelsk et l’une des branches de la route de la soie chinoise. «À Pékin, ils appellent notre voie maritime la route glacée de la soie. Les Chinois veulent en profiter pour intensifier leurs importations, exportations et commerce, raconte Sergeï Kokine. Ce n’est pas un hasard s’ils investissent dans l’Arctique.» Notamment dans les chantiers ferroviaire et portuaire d’Arkhangelsk.

«Les Chinois veulent profiter de notre voie maritime pour intensifier leurs importations, exportations et commerce!» Sergeï Kokine

Les autorités locales se disent ouvertes à tous, Chinois et Européens. «Comme tout grand projet de transport, c’est un moteur de développement local pour nos entreprises, notre administration, nos scientifiques», confie Igor Orlov, le gouverneur d’Arkhangelsk, discret sur les négociations d’investissement en cours, prudent sur les objectifs chiffrés. «Arkhangelsk est au premier poste pour jouer un rôle clé dans les infrastructures de commerce mais aussi dans les services de navigation, de sécurité ou d’aide médicale.» Un chantier à long terme. Une fois les investisseurs trouvés, la construction du nouveau port, vieux projet désormais relancé, prendra au moins trois ans et doit booster le tissu industriel local. «Tout comme la conquête de l’espace, les Russes sauront mener à bien le chantier de la voie du Nord!» s’enthousiasme déjà Igor Orlov.

C’est que l’oukase vient d’en haut. Du Kremlin. Vladimir Poutine a donné un coup d’accélérateur et fixé un ambitieux objectif: un volume de 80 millions de tonnes transporté d’ici à 2025 par cette nouvelle voie. «Il y a dix ans, ce chiffre semblait inaccessible. Il s’agit maintenant d’une tâche réaliste, calculée et substantielle. À la fin de l’an passé, le volume a déjà atteint 20 millions de tonnes. Trois fois plus que le record soviétique en 1987», s’est félicité le chef du Kremlin la semaine dernière lors d’un grand forum sur l’Arctique à Saint-Pétersbourg. Dans la capitale de la marine russe et de ses futurs énormes brise-glace, il n’a cessé de parler de «coopération» internationale pour non seulement intensifier le commerce mais aussi exploiter les énormes réserves arctiques en hydrocarbures.

L’enjeu de Yamal

Arkhangelsk et ses actuels six terminaux portuaires, équipés de nouvelles grues, modernisés et digitalisés, ont déjà senti les effets du premier chantier phare de cette «coopération»: la méga-usine de gaz naturel liquéfié à Yamal, l’un des cœurs de cette nouvelle route. Elle a été construite par le groupe russe Novatek avec le français Total et des… financements chinois. Pour des livraisons en Europe comme en Asie.

«Pendant toute la construction de l’usine, nous avons fonctionné à plein régime pour fournir le chantier en matériaux», raconte Yakov Antonov, directeur de NSC, grande compagnie de navigation à Arkhangelsk avec 25 navires et une capacité de 500 000 tonnes. «Une goutte d’eau dans les 80 millions de tonnes voulues par le Kremlin pour la voie du Nord. Mais nous sommes prêts: minerais, grains, poissons, métaux, charbon… le potentiel est énorme!» espère Yakov Antonov.

«Toutes les entreprises ici se préparent. On sent que Moscou a remis Arkhangelsk sur sa carte des priorités», renchérit Pavel Orlov, l’un des directeurs de Zvyozdochka, entreprise locale de réparation de navires. Avec pour spécialité les hélices géantes de plus de huit mètres. «La voie du Nord nous ouvre de nouvelles perspectives!»

(TDG)

Créé: 19.04.2019, 21h41

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