Les investisseurs ne sont pas effrayés par les frappes

BoursesLes marchés boursiers ne prennent pas en compte une possible confrontation russo-américaine.

À New York comme sur les autres places boursières, on respire, entre deux incertitudes.

À New York comme sur les autres places boursières, on respire, entre deux incertitudes. Image: REUTERS/LUCAS JACKSON

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Presque un soulagement. Les bombardements de samedi n’ont guère effrayé les investisseurs. La semaine dernière, les marchés financiers étaient suspendus aux éventuelles frappes occidentales contre le régime de Damas, accusé d’avoir utilisé des armes chimiques lors d’une attaque contre la ville rebelle de Douma. Car les investisseurs n’aiment pas les incertitudes. Déjà que les bourses ne sont pas en grande forme depuis le mois de janvier avec la montée en puissance du protectionnisme cher à Donald Trump. L’indice suisse SMI a reculé de 7,5% depuis janvier, alors que le S&P états-unien abandonne, lui, 6%. La suite?

La volatilité va augmenter

«Il faut garder la tête froide, souligne Samy Chaar, chef économiste de Lombard Odier. Cette situation amène de la volatilité, oui, mais je ne m’attends pas à ce qu’elle provoque un krach.» Le son de cloche est similaire chez ses concurrents. «Trump a déjà tiré des missiles sur la Syrie par le passé, relève Jérôme Schupp, analyste financier chez Prime Partners à Genève. Il faudrait vraiment que la situation s’emballe pour qu’il y ait un fort impact sur les bourses.» Une confrontation armée directe entre les États-Unis et la Russie en Syrie n’est aujourd’hui pas incluse dans les scénarios.

La situation reste tendue: après les frappes de samedi, les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne n’excluent pas de mener une nouvelle attaque contre le régime de Bachar el-Assad, dans l’hypothèse où des armes chimiques venaient à nouveau à être utilisées. Allié de Damas, la Russie avait prévenu qu’elle pourrait intercepter les missiles occidentaux et détruire leurs sites de lancement. Il n’en a heureusement rien été. Cela étant, la probabilité qu’une confrontation russo-américaine survienne augmente.

Les récents précédents poussent à un certain optimisme. «La situation était un peu similaire en Ukraine en 2014, rappelle Samy Chaar. Vous auriez perdu de l’argent si vous aviez fait un pari très prudent à l’époque.» Les marchés actions ont effectivement beaucoup mieux performé que l’or, valeur refuge par excellence, depuis cet épisode. Un phénomène à mettre en relation avec les politiques très accommodantes menées par les banques centrales, synonymes de taux à zéro pourcent. Par capillarité, une partie de cette création monétaire prend le chemin en bourse.

En 2017, l’extrême tension entre Washington et le régime nord-coréen, doté de l’arme atomique, n’avait pas non plus eu d’impact sur les bourses (+25% sur le Dow Jones américain, +19% sur le Nikkei japonais). Ces dernières ont même flirté avec des sommets. «En 2017, la croissance était en hausse, sans pression inflationniste et avec des taux bas, une situation idéale baptisée Goldilocks», confie Fabrizio Quirighetti, responsable des investissements du groupe Syz à Genève. Bref, rien n’aurait pu faire dérailler les bourses l’année dernière.

La situation est plus délicate cette année. La croissance est un peu moins vive, l’inflation revient gentiment et les taux d’intérêt commencent à remonter. «Les fondamentaux sont un peu moins solides qu’en 2017», estime-t-il. Si elles perdurent, les incertitudes géopolitiques et les menaces de guerre commerciale pourraient fragiliser les marchés actions.

Possible pression sur les marchés émergents

Dans ce cas, de la Chine au Brésil, les marchés émergents pourraient particulièrement souffrir. «Il y aura clairement encore des secousses, mais je ne m’attends pas à une baisse de 10% sur une seule séance», prédit David Grimaud, stratégiste chez Symbiotics à Genève, qui précise que les pays émergents seraient les premiers à pâtir d’une escalade des tensions protectionnistes entre la Chine et les États-Unis «en raison de leur forte sensibilité aux exportations». Mais ces menaces vont-elles perdurer? L’instabilité géopolitique pourrait avoir un impact sur l’économie au travers du prix de l’énergie. «Le prix du baril est la seule courroie de transmission susceptible de peser», affirme Fabrizio Quirighetti. Le cours du pétrole est d’ailleurs passé de 42 à plus de 65 dollars depuis juin 2017. «Un doublement du prix du brut dans un espace d’une année génère systématiquement une récession», prévient-il. On n’y est pas encore, heureusement.

En vérité, l’environnement économique reste globalement porteur. Est-ce que de nouvelles frappes en Syrie réduiraient la capacité des entreprises à croître et à générer des profits? Pas vraiment, hors embrasement de la région. À y regarder de plus près, les voyants de l’économie mondiale restent au vert. «Le monde n’avait plus connu une croissance aussi globale depuis dix ans, avec des échanges commerciaux qui se trouvent au plus haut», détaille Samy Chaar. Il est vrai que les trois moteurs économiques de la planète – États-Unis (2,8%), Europe (2,4%) et Asie (6,2%) – sont simultanément en croissance.

La surprise viendra-t-elle alors de Bourses voguant vers de nouveaux sommets? Un tel retournement ne serait pas forcément surprenant. Le risque de guerre commerciale entre les États-Unis et le reste du monde semble s’être réduit ces derniers jours. Pour preuve, le président Trump souhaiterait que les États-Unis rejoignent le partenariat transpacifique global et progressiste (CPTPP). Un traité de libre-échange qu’il avait dénoncé en janvier 2017, la première mesure protectionniste prise par son administration. Tout un symbole. Avant que la situation ne se stabilise aussi en Syrie? Un scénario qui propulserait certainement d’une vingtaine de pour-cent à la hausse les marchés actions. (TDG)

Créé: 16.04.2018, 18h06

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